Scènes politiques d'Algérie: Pouvoir, éternel rafistolage. Kabylie : Construction de l'Etat régional

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À première vue, on serait porté à donner un satisfecit à notre wali pour l’amour déclaré à notre langue. Mais à dire vrai, il n’en est rien puisqu’il ne fait jusqu’ici que cautionner et perpétuer le mépris envers les enseignants de cette langue que l’Académie de Tizi Ouzou, une direction de son Exécutif, continue à maltraiter en les privant d’un véritable statut, en les laissant vacataires à vie et, pour certains, nommés à des postes situés à des dizaines de kilomètres de chez eux sans moyens de vie ? Ce qui, de fait, les laisse au chômage.

Le wali de Tizi Ouzou est donc non seulement un faux ami de tamazight mais un vrai hypocrite.

Au niveau du pouvoir on annonce une énième révision de la constitution. Selon certaines sources, elle sera rendue publique le 16 avril 2011 à l’occasion de l’inauguration de l’opération “Tlemcen, capitale de la culture islamique”. Culture islamique et révision constitutionnelle est une concomitance qui n’annonce rien de bon pour les Peuples Premiers d’Algérie et en particulier pour la nation kabyle.

Une constitution qui ne règle pas définitivement le problème des langues et l’interdiction de l’utilisation de la religion en politique ne sera qu’un succédané de toutes celles qui ont brimé jusqu’ici Iqvayliyen (les Kabyles), Icawiyen (les Chaouis), Imzaviyen (les Mozabites), Ichenwiyen (les Chenouis).
Pour leur part, ces peuples premiers sont déterminés à réfuter tout nouveau cadre institutionnel qui ne prend pas en charge leurs légitimes aspirations à vivre pleinement leur langue, leur culture, leur expansion économique, leur liberté de parole et leur liberté de conscience.

Un état démocratique doit satisfaire à 2 conditions essentielles que sont la participation des minorités au pouvoir politique et l’existence de contre-pouvoirs dédiés à contrecarrer les velléités de son éventuel arbitraire.

Le peuple kabyle en particulier ne pourra jamais accepter l’oppression linguistique ou religieuse. Il ne négociera ni son identité et ni son socle sociétal séculier où toute religion est libre d’exercice mais où aucune ne peut régenter la société. S’il est question de créer un conseil de fetwas pour nous gouverner à vue à l’aide de lois circonstancielles édictées selon l’humeur d’un muphti en chef, aucun kabyle ne peut l’accepter.

En Kabylie, à l’instar du FLN originel, le MAK est confronté sur le terrain à ses messalistes qui tentent par divers moyens de dévoyer le sens de son combat et entraver ses actions de proximité sur le terrain. En effet, au niveau politique, c’est une véritable coalition qui se dresse contre lui et sur le terrain, pour le moment, seuls le FLN et le RND actionnent plus ou moins leurs militants pour tenter de perturber les meetings du Mouvement dans les zones adjacentes à la Kabylie où coexistent des populations kabylophone et arabophone.

Le rêve de dissolution du peuple kabyle existe toujours chez une large population arabophone conditionnée depuis des lustres et des lustres par le discours récurrent de ses “élites” qui confortent l’existence d’un monde arabo-musulman lénifiant formé d’une seule et même communauté (oumma) qui ne parle que l’arabe et n’a que l’islam comme religion. Déjà dans les années 40, les ulémas ont demandé la suppression de la chaîne radio kabyle en énonçant que les Kabyles ne sont de vrais algériens que lorsqu’ils renonceront à leur baragouin de langage. Cette demande à la France a même été publié dans leur journal qui s’appelait El Bassaïr.

Aujourd’hui encore, au lieu de reconnaitre l’évidence des peuples premiers d’Afrique du Nord qui ne sont pas arabes, s’ajoute maintenant, des messages subliminaux qui proposent des sagas homériques entre le prophète, ses califes et les guerriers amazighs revenus d’Espagne qui, dans un irrésistible élan fusionnel se parlent et se comprennent qui en amazigh et qui en arabe. Malheureusement, un tel exemple de parthénogenèse linguistique relève plus d’un onirisme non dénué d’arrière-pensée que de la réalité

Mais l’actualité de ce début d’avril est incontestablement l’organisation par le MAK de la Convention Nationale Kabyle.
Selon le communiqué publié, d’importantes résolutions concernant la langue kabyle, le caractère séculier de la nation kabyle, l’identité et tous ses attributs ont été prises à l’unanimité des participants. Et dans la foulée de ces remarquables avancées politiques, il est aussi question de l’organisation d’un Congrès national kabyle au cours de l’été.
Je salue chaleureusement tous les participants à la Convention qui, malgré des parcours personnels différents, malgré les pesanteurs héritées de liens organiques et malgré des intérêts immédiats pas nécessairement convergents, ont su transcender et surmonter toutes les vicissitudes pour convenir de l’essentiel.

Post-scriptum :
Au deuxième jour de la Convention Kabyle, on a appris que le journal El Watan a procédé à l’inauguration de son nouveau siège à Tizi Ouzou. Nous souhaitons bon vent à ce média au sein duquel le MAK compte quelques amis. Notre propos concerne plutôt certains invités présents à la cérémonie d’inauguration. Parmi eux, il y en avait 2 que les organisateurs de la Convention Nationale Kabyle (CNK) avaient invités depuis l’idée même de son organisation. Et ainsi, tandis que les militants kabyles débattaient de l’avenir de la Kabyle et des structures pérennes de son gouvernement à même d’assurer sa propre existence, ces deux là ont choisi une figuration symbolique dans un événement qui intéresse une entreprise privée contre un bloc-notes, un stylo, un cartable et un petit sandwich.
Ça me rappelle le commentaire de Mas Saïd Laïmchi, un cadre du MAK dont le parcours militant n’est plus à présenter à propos d’un groupe de pétitionnaires anti-GPK. Il a dit : “ pendant que les matadors s’attaquent courageusement aux taureaux en les prenant par les cornes, des louveteaux inassouvis s’agrippent aux mamelles des vaches.”

Kabylie, le 3 avril 2011

Azru Loukad

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