Interview avec Nadia Matoub: "Je me battrai pour empêcher le bradage de la mémoire du Rebelle"

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Nadia Matoub
Nadia Matoub

KABYLIE (Tamurt) – Dans cette interview que Nadia Matoub a accordé à Tamurt, il est question de l’évolution des différents chantiers qu’elle a mis sur pied pour empêcher la récupération de la mémoire de son défunt mari, Lounes Matoub, par le pouvoir algérien. Elle revient aussi sur sa tentative de relancer l’enquêrte sur l’assassinat du rebelle.

Tamurt.info : Ou en êtes-vous dans le bras de fer qui vous oppose à l’administration algérienne et une partie de la famille qui tente de classer la demeure de votre mari au patrimoine de l’Etat algérien ?

Nadia Matoub : A l’heure actuelle toutes les démarches que j’ai entreprises restent au stade de chantiers pour différentes raisons qui ne dépendent pas de ma volonté. Pour cette interview j’aimerais si vous le permettez mettre l’accent sur le danger de l’entreprise de classement de la maison de mon défunt mari en patrimoine culturel national algérien. C’est l’objet de ma récente déclaration relative à ce problème.

Je rappelle que dans cette affaire j’ai été mise devant le fait presque accompli par les initiateurs de ce projet de récupération. J’avais découvert ce projet sur internet en mars 2016 comme tout un chacun. J’avais fait connaître ma position publiquement et je me suis rendue sur place pour engager une procédure officielle d’opposition à ce projet au niveau des services administratifs de la wilaya de Tizi-Ouzou. La Direction de la culture de Tizi-Ouzou fait traîner l’affaire, en espérant peut-être que j’abandonne. J’ai suivi une démarche conforme au code des procédures administratives. Mes conseillers juridiques ont été mis à la disposition de l’administration pour leur fournir toutes les pièces demandées. Malgré ma totale coopération, aucune décision ne m’a été communiquée à ce jour.

Mais ne pensez-vous pas que ce classement est une aubaine pour préserver la maison de Lounés qui selon certains est en proie au délabrement ?

Le fait de dire ceci est pour moi une offense aux héritiers du combat de Lounès qui laisse supposer que la demeure de Lounès tombe en ruine dans l’indifférence générale. Sans m’étaler sur les articles de loi qui régissent cette procédure de classement, j’aimerais apporter les précisions suivantes : une fois ce classement acté, l’Etat algérien s’arroge le doit de préemption sur ce bien et tout ce qu’il y  contient. Est-ce que  les prix et les distinctions reçues par Lounès pour son combat contre le pouvoir algérien et pour les valeurs qu’il défendait se retrouveraient sous l’emprise totale ce même pouvoir ?

Dans le futur et je cite les articles de loi en vigueur « Toute organisation de spectacles dans et sur les biens culturels immobiliers proposés au classement […]  est soumise à autorisation préalable des services du ministère de la culture. Plus grave encore : « cette autorisation est également requise pour toutes prises photographiques ou cinématographiques… » Ainsi l’œuvre de Lounès sera censurée dans sa propre maison. Est-ce que les fans de Lounès devraient demander une autorisation pour y prendre une photo ?  Si une personne entreprend de faire un documentaire sur la vie de Lounes, devrait-elle aussi demander une autorisation au ministère de la Culture pour y tourner ? Il est de mon devoir de me battre pour empêcher ce bradage et  pour préserver la mémoire de Lounès de tout contrôle et de toute récupération tendancieuse.

Pour clore ce chapitre sur quel plan situeriez-vous ce combat ? 

Pour ma part ce projet de classement n’est nullement un conflit familial, ce qui de surcroît arrangerait les affaires des pouvoirs publics. Mon combat est exclusivement animé par une volonté farouche de soustraire sa mémoire des griffes de ses anciens détracteurs. Pour ce faire je paraphrase ici notre poète « Anda yella waqvayli at neqsad at nessahdar. ur qablan tigi». Pour conclure j’aimerais que chacun de nous se pose cette question : « Le pouvoir algérien est-il digne ou légitime pour prétendre à l’héritage moral ou matériel de Lounès Matoub » ?

Concernant l’enquête sur l’assassinat, l’implication du commanditaire présumé H. Hattab a-t-elle permis de relancer l’enquête ?

A ce stade je ne connais pas l’issue réservée à ma plainte. Je profite de cette occasion pour clarifier ma démarche dans ce volet. Le dépôt de plainte contre Hassan Hattab n’est en aucun cas un parti pris dans l’enquête. Cette plainte constitue tout simplement un élément juridiquement exploitable pour relancer l’affaire. Il s’agit pour moi et mes sœurs d’une voie nouvelle pour réouvrir l’instruction. Il ne s’agit pas de conviction personnelle mais d’un élément judiciaire dans une affaire d’assassinat.

Deux décennies plus tard, avez-vous toujours espoir de mener à terme votre combat pour la vérité sur l’assassinat de Lounès ?

Je mesure pleinement la complexité de cette affaire, qui des aveux mêmes des autorités concernées est une affaire hautement sensible. Mais je garde espoir qu’une mobilisation populaire pourrait changer la configuration des choses. Malgré cet état de fait, de mon côté en tant que victime et veuve de Lounès Matoub, je ne cesserai jamais de rechercher la vérité tout en préservant sa mémoire de toute récupération.

Lyès pour Tamurt

7 COMMENTS

  1. Vous avez totalement raison ma chère nadia, sachez que tout kabyle digne vous soutient.
    Nous ne laisserons jamais ces fossoyeurs piétiner la mémoire et le combat de vôtre dufunt et illustre poète et combattant de mari.

  2. par principe la maison de LOUNES ne devrais pas être un patrimoine de l Algérie qui la assassine plus quand il est mort il était marie donc le droit reviens a sa femme et non a sa sœur.

  3. Tenez bon Nadia, personne ne peut vous enlever la maison que vous avez partagé avec votre mari (que Dieu ai son âme), c’est cela le droit.
    Tôt ou tard, vous récupérerez votre bien.
    Quant à Malika, soyez digne de ne point vous battre contre elle, elle ne le mérite pas, par la faiblesse de son esprit, par son manque d’instruction, de savoir et de culture, sa situation de manipulée, sa jalousie primaire, elle fais n’importe quoi.
    Battez vous contre l’administration qui fait semblant d’ignorer vos droits.

  4. Malika avait tenté vendre la maison construite par son frére pour le régime colonial sous l´ètiquette de l´unisco, peut-etre elle voulait faire cea par orgueil comme aussi elle a fait l´objet de manipulation de la part des intréssés pour cette maisons, certainement à des fins purement politique et de démagogué qui consiste de consolidé les positions du régime colonial en pays kabyle en déficit de légitimité, Si on jetes un coup d´oeil sur cette situation dans la vrais vie, cette histoire n´a rien d´autre chose qu´ simple héritage, la maison laissé par Maatub ne peut pas avoir autre usage qu´un lieux pour etre habité(occupé) comme cea été le cas avant son assassina, d´alleur construite pour cette objectif pas pour l´unisco, la célébrité heroique du propriétaire ne changera rien des tout de la donne. Dans aucun cas la maman et la soeur du defunt ont le droit d´exclure Tadjelt Nadia dans la décision sur le devenir de cette maison malgré son jeune age, traumatisée par l´attentat et forcé de devenir veuve par les terroristes de l´radp !

  5. Tous les kabyles sont avec toi.il se dit que feu Lounes avait dit à un de ses amis qu il va chasser sa soeur malika de la maison et de lui interdire d y revenir.ceci explique cela. Du courage NADIA

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