Crime commis à LNI : Les renseignements généraux, la police et les vrais commanditaires disculpés

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Police coloniale algérienne en terre kabyle
Police coloniale algérienne en terre kabyle

ALGER (TAMURT) – Le directeur de la police judiciaire algérienne a annoncé, ce dimanche 15 août, lors d’un point de presse, organisé à Alger, l’arrestation de 36 présumés coupables, dont trois femmes, dans l’assassinat abject de Djamel Bensmaïl, mercredi dernier, à Larbaâ Nat Irathen (LNI). Bien que l’enquête soit en cours, des témoignages de six mis en cause dans cette affaire, qui a défrayé la chronique locale, ont été diffusés devant les caméras. Et comme il fallait s’y attendre, la police, qui devait assurer la protection de la victime, mais qui l’a livrée à la foule, a été innocentée. Les vrais commanditaires du crime, ceux qui ont planifié toute cette œuvre diabolique et qui tiraient les ficelles, sont sciemment ignorés.

Le DG de la PJ a justifié les défaillances de la police, qui n’a pas procédé aux tirs de sommation pour protéger la victime et le sauver du lynchage par la crainte que la situation dégénère. « Ce sont les hauts responsables de la sécurité qui ont donné des instructions à la police pour ne pas recourir aux tirs de sommation », a précisé le conférencier. Aucune information n’a été communiquée sur les lanceurs des rumeurs qui faisaient état de la présence de pyromanes à Tizi Wezzu avec des voitures sans immatriculation. Il faut dire que le procureur général près le tribunal de Larbaâ Nat Irathen (Cour de Tizi Wezzu) avait déjà préparé le terrain pour disculper les services des renseignements généraux (RG) et la police dans un communiqué publié au lendemain de ce crime. « (…) Malgré l’intervention des policiers, le même groupe (qui aurait arrêté les supposés pyromanes, NDLR) a attaqué violemment le siège de la police. Et a pu extirper du siège de police la troisième personne qui a été conduite à l’extérieur du siège de la police en centre -ville, pour y être brûlée », a souligné le communiqué du procureur de la république. Celui-ci a ajouté dans son document que « des policiers ont été blessés, à des degrés divers, à la suite de leur intervention pour sauver les trois personnes ». Il s’agit évidemment d’une vaine tentative d’innocenter la police.

D’ailleurs, cette version a été remise en cause par beaucoup d’observateurs, notamment le RCD. En effet, le parti de Mohcine Belabbas estime que le communiqué du représentant du ministère public « pose problème ». « L’annonce de l’ouverture d’une enquête est une décision attendue. Cependant, le contenu du communiqué du procureur de la République près le tribunal de Larbaa Nat Irathen pose problème ; il entérine des faits non avérés et disculpe les services de sécurité de toute responsabilité, ce qui est une aberration à ce stade de l’enquête », a affirmé le RCD. Cette formation politique s’interroge également sur les auteurs des rumeurs qui circulaient en Kabylie, selon lesquelles les voitures non immatriculées sillonnaient Tizi Wezzu en transportant des équipes d’incendiaires. « Des jours durant et plus particulièrement la matinée du jour du drame, des rumeurs colportées à grande échelle faisaient état de la présence de voitures sans immatriculations qui sillonnent les routes transportant des équipes d’incendiaires. Le climat de tension que suscitent ces intenses rumeurs ne pouvait échapper aux services de sécurité. (…) L’ampleur des rumeurs sur la présence d’incendiaires – mises en avant dès le début des incendies par des canaux officiels – ne peuvent être l’œuvre que d’une entité organisée et préparée, laquelle ou lesquelles ? », écrit le RCD dans son communiqué.

Beaucoup d’interrogations restent en suspens et méritent d’être élucidées. « Qui a désigné Djamel et ses camarades comme suspects ? la police ou des individus non identifiés. Il n’y avait pourtant pas de flagrant délit. Pourquoi devant la foule hystérisée qui grossissait au fur et à mesure du déplacement du fourgon de police transportant les présumés coupables, la police n’a pas jugé utile de mettre à l’abri les présumés suspects et a choisi de se diriger tout droit vers l’étroite place du siège de la sûreté urbaine ? Pourquoi la police n’a pas usé de tous les moyens y compris des tirs de sommation pour disperser la foule devant l’imminence du danger? », s’est-on interrogé.

Toutes ces questions légitimes et d’autres discréditent la version officielle que le régime algérien veut imposer à l’opinion public. Dans un autre chapitre, des avocats relèvent quelques infractions à l’instruction judiciaire dans cette affaire. « Est-ce qu’il est autorisé de révéler les aveux des mis en cause en cours de l’enquête ? Et, pourquoi c’est le DG de la PJ et non le procureur de la République qui est désigné pour donner des informations sur l’affaire de l’assassinat du jeune Djamel ? », s’est-on demandé. Nous voulons surtout savoir la raison qui a poussé le commissaire de LNI à abandonner son poste et à fuir LNI avec son véhicule juste après l’assassinat de Djamel Bensmaïl ?

Arezki Massi

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