Farid Bouchama à propos des funérailles de sa mère : « Elle nous a fait jurer de mettre le drapeau kabyle sur son cercueil… »

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Cabha Nat Lmuhub
Cabha Nat Lmuhub

BRETAGNE (TAMURT) – Le militant indépendantiste Farid Bouchama a rendu un émouvant hommage à sa mère Nna Chabha At Lmuhub, décédée le 27 juin, et enterrée, hier, en Bretagne, à l’Ouest de la France. Le testament qu’elle a laissé à sa famille était de lui organiser des funérailles kabyles. Son désir était exaucé.

C’est un hommage très émouvant qu’a rendu Farid Bouchama, intellectuel et militant indépendantiste kabyle, à sa maman Nna Chabha, décédée lundi dernier. Elle a été enterrée, mardi 28 juin, selon son souhait, à savoir des funérailles typiquement kabyles et chrétiennes. En effet, Nna Chabha était de confession chrétienne. « Sa volonté était d’avoir des funérailles chrétiennes et kabyles. Durant la veillée funèbre, on a fait passer la musique classique de notre frère Ferhat, Chérif Khedam, Slimane Azem, car c’est ce qu’elle a écouté de son vivant. On a aussi fait des bénédictions en kabyle et en français, car nous sommes en France et il y avait des français présents à l’église », a raconté Farid au média kabyle TQ 5. Il a ajouté que les funérailles se sont déroulées conformément au testament de sa maman. « C’était son testament. Elle nous a fait jurer de mettre le drapeau kabyle sur son cercueil, sur sa tombe, avec l’écriture en kabyle sur le marbre. Elle m’avait dit de l’enterrer avec la musique de Ferhat qu’elle aime beaucoup, ainsi que sa famille », a-t-il souligné. Visiblement très affecté par la disparition de sa mère, Farid a livré un témoignage très touchant sur celle qui lui a « légué l’amour de la culture kabyle ».

« Nos mères et grands-parents sont des bibliothèques vivantes. Ella a accepté le Christ et elle a évolué dans l’église, mais en gardant la culture kabyle. Elle avait une double dimension : chrétienne et kabyle. Elle m’a légué l’amour de la culture kabyle », a témoigné Farid. Celui-ci a aussi évoqué son engagement, « à sa manière », pour le combat kabyle. « Elle était engagé sur le plan du patrimoine kabyle et chrétien. Elle a appris les chants de Taos Amrouche, les psaumes et les louanges chrétiens. Elle n’est pas allée à l’école, mais elle s’est formée d’elle-même. Elle aimait beaucoup la culture kabyle et les militants de la cause kabyle. Elle suivait le combat de loin, à sa manière », a-t-il affirmé.

« Nous devons préserver nos traditions »

Revenant sur le déroulement des funérailles de sa maman, Farid Bouachama a insisté sur l’importance pour les kabyles, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou païens, d’organiser des obsèques kabyles. « Nous devons préserver nos traditions, même pour les non-chrétiens », a-t-il déclaré, tout en déplorant « l’arabisation de nos funérailles ». « Autrefois, nos aïeux utilisaient au moment de l’enterrement laâdhil (un tissu kabyle), aujourd’hui on met le drapeau de l’Arabie Saoudite, c’est une honte », a-t-il déploré. Aussi, il a rappelé que, dans le passé, le rite « dhekir lakhouane » pratiqué par les musulmans kabyles lors de la veillée funèbre était en langue kabyle, avant l’arrivée du salafisme dans nos villages. « Les islamistes veulent supprimer tout ça. Ils ont transformé les funérailles en un lieu de propagande islamiste. Mais on a nos valeurs et notre piété kabyle », a-t-il soutenu.

Tout en affirmant sa foi chrétienne, il dit respecter « ses frères » kabyles musulmans, qu’il exhorte au passage à organiser des obsèques en kabyle. L’enjeu est de taille, selon Farid Bouchama, enseignant et chercheur, actuellement engagé dans un projet de traduction en kabyle de deux grandes et célèbres œuvres littéraires de Saint Augustin (354-430), l’un des éminents Pères berbères de l’Eglise. « C’est à travers les rites funéraires qu’une civilisation est détectée et rendue visible dans les études anthropologiques, ethnologiques et archéologiques. C’est à travers ces rites que l’on peut lire une civilisation, comme la civilisation égyptienne ou maya. En voulant arabiser même nos funérailles, ils veulent nous exterminer », a-t-il averti.

Lyes B.

2 COMMENTS

  1. Un grand respect à cette grande dame.
    Un exemple à suivre….
    Il est vrai que l’amour et la fierté sont fondamentaux pour exister.
    Moi qui ne croit pas aux religion(‘s) monothéiste(s), qui par ailleurs ne le sont pas, car chacune y va de ces percepts.
    J’ai bp d’admiration pour ceux qui sont authentiques. Et qui se battent pour exister entant que tel. Toutes mes sincères condoléances à sa famille dont le fils semble avoir tout compris. Repose en paix belle âme.

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