Boualem Sansal. “Gloire à Allah, le vainqueur” !

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Boualem Sansal
Boualem Sansal

OPINION (TAMURT) – L’avez-vous entendue à Paris, cette clameur de joie qui monte dans le ciel pour remercier Allah d’avoir aidé à l’application de la sainte fatwa contre l’immonde Salman Rushdie ? Avez-vous entendu le bémol qui dit que la joie ne sera pleine et entière que lorsque le chien Rushdie aura rendu son âme pourrie au diable.

« Allah, achève-le dans la souffrance ! »

L’entendez-vous cette prière qui monte des quatre coins de l’horizon ? Allah ne manquera certes pas de l’entendre et de précipiter sa fin dans la plus douloureuse des souffrances.

J’ai téléphoné à un islamiste très modéré de ma connaissance, riche commerçant et bon père de famille, qui m’a dit sa joie et annoncé qu’il allait honorer Allah pour sa victoire en jeûnant quarante jours et en faisant l’aumône à quarante mendiantes et mendiants musulmans. Il m’a conseillé de faire de même en me disant : “Il est encore temps pour toi de te faire pardonner, n’oublie pas qu’Allah te regarde et qu’il n’oublie jamais rien”.

Je lui ai répondu que Allah est miséricordieux et compatissant, comme précisé dans le saint coran, et qu’il comprendra parfaitement que je le prie de sauver le pauvre Salman Rushdie, lâchement agressé par un agent du mal, ordonné il y a trente années par feu l’ayatollah khomeyni, qui n’est pas un musulman mais un chiite, un hérétique donc, et de châtier lourdement le ou les coupable(s).

Mais au-delà, quelles leçons tirer de cet évènement tragique ? J’en vois deux, essentielles :

La première, que l’on ferait bien de comprendre, qu’en islam le temps n’existe pas. Il est le temps éternel de la Mecque et de Médine, du vivant du prophète, lorsqu’il apprenait aux bédouins émerveillés et aux chrétiens et juifs de la rgion la parole d’Allah, la soumission absolue à son autorité, le coran, la prière, le ramadhan, le djihad et le hadj. Depuis, il ne s’est rien passé sur terre sinon la geste folle de certains qui ont cru pouvoir désobéir à Allah le Grand, le tout-puissant, et s’en sortir. Puisqu’il n’y a ni passé avant Mahomet, ni futur après lui, on ne peut rien invoquer pour soutenir une autre vérité que la vérité islamique. Hors ce Temps, tout est ténèbres et djahiliyya (ignorance fatale). Amis de là-bas, comprenez une fois pour toutes que vous êtes des égarés hors du temps béni. Comprenez que résister est pure folie. Reprenez-vous, repentez-vous et soumettez-vous !

L’autre leçon à méditer est que l’islam n’a pas de frontières, il est la seule et véritable ONU sur terre, il n’y a pas d’autre humanité que la communauté des croyants, la oumma. Une résolution prise à Téhéran, à Alger, Mossoul, Paris ou Londres, en l’an 620, 1100, 1989, 2022, 3100 ou en 68530, par un imam ou un mufti, est éternellement vivante et oblige tous les musulmans, collectivement et individuellement, à s’appliquer à l’exécuter. Espérer démanteler cette ONU est pure folie. Par où commencerez-vous ? Elle est éternelle comme Allah, son prophète et son coran.

Petit détail passé inaperçu : l’imam Iquioussen a autorité pour émettre des fatwas contre X en bonne et due forme. Il maîtrise l’arabe, connaît ses humanités islamiques sur le bout des doigts et sait comme pas un la taqiyya. La succursale de l’ONU islamique qu’est la France ne manquera certes pas de bras pour les exécuter.

Tout cela est à méditer. C’est fou parce que nous avons tant à faire, l’Ukraine brûle, la terre brûle, les prix brûlent, les synagogues brûlent, les églises aussi, et des mosquées sont méchamment taguées. Bref il nous est imposé d’oublier les réalités de notre époque et de regarder ailleurs.

Boualem Sansal

En ce jour de tristesse du 12 aout 2022

1 COMMENT

  1. On n’est plus dans la romance ni dans l’exotisme vendu sur les étales pour plaire aux bourgeois. L’islamisme comme culture et identité de rechange veut dire vivre sur les lignes de combat de la « oumma ». Le peuple Amazigh doit impérativement faire le choix de société. Un choix, c’est aussi esclusion de valeurs. C’est ce que font les intégristes et les arabisés par l’islam, lesquels, avant vous diraient que nous « chérissons notre passé Amazigh, mais désormais notre boussole est islamique ». Ce sont les Amazighs au passé, qui pour favoriser leur choix proposent notre mort au présent, comme sacrifice nécessaire. Votre dialogue avec votre ami est à l’image des intellectuels arabes, interchangeables, qui assument le contexte arabislamique et cherchent une certaine harmonie dans un arabislamisme mi-figue mi-raisin, où les « laïcs » pourraient vivre librement. Ces intellectuels ne choisiront jamais un Etat Amazigh ni le revendiqueront même s’il contient la vraie démocratie et des institutions modernes, quitte à subir l’Etat islamique.

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