11 policiers et 19 civils blessés, Attentat de Tizi-Ouzou : Des dégâts considérables et des questions

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Selon des avis recueillis sur les lieux mêmes du crime, la voiture ayant servi à l’attentat aurait été bourrée de plus d’un quintal d’explosif. Après l’attentat, il ne restait plus du véhicule infernal que des amas de ferrailles éparpillés à plusieurs mètres de son lieu d’explosion initial.

S’agissant du kamikaze, dont ni l’âge ni le sexe ne sont encore déterminés, il ne restait de son corps que des lambeaux de chair, lesquels ont été retrouvés également à plusieurs mètres du lieu exact de l’explosion [[On voit sur la photo ce qui reste d’un pied du kamikaze après l’explosion]]. Ces lambeaux de chair renseignent fort bien sur la manière dont a été commis le crime. S’agissant de la cible, à savoir le bâtiment abritant les services des Renseignements Généraux de la police, elle a été réduite à un état fantomatique. Les toits et les murs des salles abritant les bureaux se sont écroulés. Les outils bureautiques, c’est-à-dire les bureaux meubles, les chaises, les armoires et tant d’autres éléments ont été réduits à néant ou presque. Aussi bien au rez-de-chaussée qu’au premier étage, il ne reste plus du commissariat que son ombre. La façade donnant sur la rue Lamali (route de l’hôpital) a été fortement endommagée. Une partie du mur cachant la bâtisse policière du côté sud a été détruite par l’explosion. D’ailleurs, c’est contre ce mur que le kamikaze a dirigé son véhicule pour produire l’explosion. L’entrée principale de la bâtisse qui constituait jadis un joli frontispice a été également réduite à un amas de briques, de plâtre, de bois et de débris de verre. Seule la façade exposée au nord, laquelle a été probablement protégée par les différents murs internes, a échappé à la destruction. En ce qui concerne les habitations et commerces se trouvant à proximité du bâtiment policier ciblé par l’attentat, le désastre a été également au rendez-vous. Le premier bâtiment se trouvant à droite de la rue Lamali en allant vers l’hôpital à partir de la place des Martyrs du Printemps Noir, a été sévèrement touché par l’explosion. Même les fenêtres des appartements se trouvant au 5ème étage ont été soufflées par l’explosion.

S’agissant des commerces du rez-de-chaussée, les dommages qu’ils ont subis sont considérables. Leurs rideaux métalliques donnent l’impression d’une boite de sardine écrasée à coups de marteau. D’ailleurs, ce sont aussi les habitants de ce bâtiment qui ont subi des blessures. La baraque servant de bureau tabac et ayant appartenu autrefois à feu Nacer Babouche, laquelle se trouve juste à une vingtaine de mètres environ du bâtiment de police, a été entièrement détruite. Ce bureau tabac se trouve exactement sur la petite route en pente menant vers l’ex-siège de la caisse de retraite. Les commerces se trouvant au niveau de l’immeuble « Djurdjura », c’est-à-dire juste en face du bâtiment de police, ont subi également de terribles dégâts. Certains rideaux métalliques ont été carrément arrachés de leurs socles par le souffle de l’explosion. Les débris de verre ont été retrouvés même à plusieurs mètres sur l’avenue Abane Ramdane. Toutefois, les grands débris ont couvert le sol de la place des Martyrs du Printemps Noir et de la rue Lamali, et ce, jusqu’à la limite du 2ème bâtiment.

Notons enfin que juste après l’attentat, citoyens et autorités ont accouru sur les lieux du crime. En effet, le président de l’APW de Tizi-Ouzou, M. Mahfoud Belabbas, le président de l’APC de Tizi-Ouzou, M. Naguib Kolli, le commissaire divisionnaire de Tizi-Ouzou ainsi que plusieurs hauts personnages de la wilaya de Tizi-Ouzou, ont longuement marché sur les débris de verre, pour constater de visu les dégâts causés par l’attentat. Quant au début de l’opération de nettoyage des lieux, il a eu lieu quelque temps après le lever du soleil, soit au moment où la police scientifique dépêchée sur les lieux du crime juste après l’attentat, a terminé de relever les éléments matériels indispensables à son enquête pour déterminer avec exactitude l’origine du crime.

 Les malheureux commerçants et autres riverains ayant subi des dommages matériels ont commencé, la mort dans l’âme, à ramasser les débris de verre jonchant le parterre de leurs commerces ou appartements. Personne n’a extériorisé sa colère et sa frustration. Ils ont même donné l’air de s’être résigné à la fatalité. Il ne doit échapper à personne cependant que chacune des victimes n’a fait qu’intérioriser sa colère et sa révolte. Faute de la présence d’un ennemi visible, les hommes et les femmes ne peuvent que souffrir intérieurement.

Et la souffrance ne peut être que plus grande lorsque le premier policier algérien, en l’occurrence M. Daho Old-Kablia, n’a pas jugé utile de se rendre sur les lieux du crime. Au moment où nous rédigeons cet article (10 heures et demie, soit 06 heures et 20 minutes après l’attentat), aucun membre du gouvernement algérien n’est arrivé à Tizi-Ouzou.

Addendum :

Les blessés enregistrés lors de cet attentat ont été évacués vers le CHU de Tizi-Ouzou où ils ont été pris en charge par l’équipe médicale. Cependant, il n’est question de la prise en charge médicale que des des victimes de blessures corporelles. Qu’en est-il de celles et ceux qui ont subi des traumatismes psychiques ? Les victimes de cette seconde catégorie peuvent bien attendre. Elles peuvent même attendre jusqu’aux calendes grecques. Par ailleurs, nos lecteurs doivent savoir que l’attentat de ce matin est le second à cibler les Renseignements Généraux de la police. Le premier, aussi destructeur que le second, a été commis il y a trois ans et dix jours. A titre de rappel, l’attentat de 2008, qui a ciblé la police de renseignements généraux, a été commis six jours après que les policiers eurent rejoint l’actuel bâtiment, c’est-à-dire celui qui a été ciblé ce matin. L’ancien immeuble abritant les services des Renseignements Généraux se trouvait à une trentaine de mètres de l’actuel immeuble endommagé.

Les grandes questions sont de savoir donc pourquoi s’acharne-t-on contre les Renseignements Généraux de la Police ? Qui peut-il leur en vouloir ? Qui dérangent-ils donc ? A qui est destiné en réalité ce message et que signifie-t-il ? Si ces deux coups sont signés par des terroristes islamistes, pourquoi justement la police des renseignements généraux ? Logiquement la police des renseignements généraux ne dérange pas plus les terroristes islamistes que le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) ou les services de renseignements de la gendarmerie nationale. Serait-ce un coup de la mafia ? Dans ce cas aussi, pourquoi seulement la police des renseignements généraux ? Des services rivaux ? Qui alors ? Et surtout pourquoi ? Serait-ce l’effet direct de la guerre des clans ? Selon certains dires effectivement, le recrutement massif des policiers et notamment leur indépendance vis-à-vis des autres services de sécurité concurrents est loin d’être du goût de certains bénéficiaires privilégiés de rentes pétrolières. Dans ce cas de figure, la conclusion est simple : l’ensemble des corps de sécurité algériens ne sont pas homogènes. Naturellement, les analystes de salon et les journalistes ne vivant pas seulement de leurs salaires n’hésiteront pas une seconde à mettre cet attentat sur le dos des islamistes du fait qu’il ait été exécuté directement par un kamikaze.

Nos lecteurs doivent savoir cependant que la fabrication de kamikazes n’est pas du seul ressort de professeurs islamistes. L’émir Hassan El Sabah, le célèbre prédicateur iranien du 12ème siècle a bel et bien formé des kamikazes. La fameuse Secte des Assassins n’était rien d’autre qu’une armée de kamikazes. Dans la dure guerre du Pacifique lors de la seconde guerre mondiale, les pilotes kamikazes japonais ont été formés par leurs chefs japonais et non par les professeurs islamistes. Dans ce même conflit particulièrement sanglant, même des pilotes américains ont adopté des méthodes kamikazes. Ceux-là n’ont pas été formés non plus par des professeurs islamistes. En somme, dans l’Algérie d’aujourd’hui, même des athées peuvent former des kamikazes. Donc, des accusations portées contre une partie quelconque doivent reposer sur des preuves tangibles. Car de simples théories peuvent causer plus de dégâts que ces terribles engins explosifs. Pourquoi ne pas commencer par psychanalyser une personne candidate à un attentat suicide ? Où la trouver ? Là où les trouvent celles et ceux qui réussissent à faire d’elle une kamikaze pardi !