Mon Yennayer en Suède

3
Yennayer
Yennayer

KABYLIE (Tamurt) – Lyazid m’a demandé comment je fêtais Yennayer. Au début j’ai eu surtout honte : mes parents ne m’ont pas transmis de tradition de célébration de cette date. Mais la seconde d’après j’ai fait ce que j’ai commencé à faire depuis quelques années : je me suis dit que c’est à moi de prendre la responsabilité de redonner vie aux traditions kabyles qui ne m’ont pas été transmises. J’ai répondu à Lyazid : « bien sûr que je fête Yennayer. Je t’enverrai une description ».

Et je n’ai pas menti, cette année, même si c’est la première fois, je vais célébrer Yennayer. Les années d’avant c’était par des actes politiques ou des activités associatives que je célébrerais Yennayer.

Mais cette année ce sera culturel, familial, superstitieux, traditionnel. Je ne veux plus associer « kabyle » exclusivement à « lutte politique ». Kabyle, c’est aussi et avant tout une culture qui s’articule et vit grâce a des célébrations rituelles. Yennayer en fait partie, et c’est comme ainsi que je le fêterai cette année. Et dorénavant, je veux léguer un héritage culturel et rituel à ma Dihya. Pour donner une dimension affective à sa culture kabyle. Justement parce que cela participera à forger sa conscience de combattante identitaire et consolider la mienne.

Alors, que vais-je vais faire, moi, qui n’ai jamais fêté Yennayer traditionnellement comme il se doit?
Eh bien, j’ai commencé par là ou il faut commencer quand on ne sait pas : on s’informe. J’ai cherché sur Internet et voici mon programme pour « imensi amenzu n Yennayer » :

Déjà en prévision du jour J, conformément à la tradition, nous nettoierons la maison de fond en comble et la parfumerons avec des branches de pins.

Ensuite, pour le diner, Dihya et moi allons préparer le plus délicieux des couscous, avec des légumes de saison. Il manquera « taɣeddiwt » que malheureusement je ne trouve pas ici en Suède. Pour les protéines, ce sera un gros poulet. Pas d’« acedluh », puisqu’ici pas de soleil depuis 2 mois et pas avant 3 mois!!

En guise de dessert, nous mangerons des figues sèches.
Bien sûr, nous revêtirons nos inimitables robes kabyles. Sans ceintures bien entendu! Sans quoi nous pourrions être frappées de stérilité. Moi j’ai déjà une fille, mais pour Dihya, il ne faut pas provoquer les mauvais esprits…

En parlant d’esprits, pour qu’ils puissent se servir, nous mettrons leur part sur le pas de la porte!

Et en plus de tout cela : j’essayerai de contacter mon amie kabyle Malika qui vit dans ma ville pour lui proposer de célébrer Yennayer ensemble.
C’est aussi une algéroise, mais qui sait, ses parents de Draa El Mizan lui ont peut-être transmis des coutumes de Yennayer?

Malika a trois filles adorables, intelligentes, curieuses et fières de leur origine kabyle. Il faut dire qu’en exil, ton identité est particulièrement importante. Et quand le moule où on te met (Algérien = Arabe) est le même que celui des talibans et des musulmans qui assassinent leurs filles parce qu’elles sortent avec des non-musulmans, on est d’autant plus heureux de pouvoir s’affirmer et de se définir autrement. Alors, les filles ne vont pas me rater : « qu’est-ce que Yennayer ? Pourquoi le fête-t-on ? Pourquoi l’Algérie ne le célèbre-t-elle pas ? Et puis d’abord, qui est berbère et qui ne l’est pas en Algérie? »

Que de questions en perspective! J’ai intérêt à y aller bien informée!

Et pour terminer, je regarderai de près ce qui se passera lors de la marche du MAK. Très important ! Pour qu’à l’avenir on puisse jouir d’un espace à nous. Un espace garant de notre droit a l’existence, où les générations à venir pourront pleinement restituer la mémoire collective. La leur et la nôtre. Au lieu que ce soit comme aujourd’hui, le devoir de tant d’individus isolés, tâtonnant pour recomposer les bribes de leur identité sur internet.

I yestma, i taytmatin marra: aseggwas ameggaz 2960.

Samia la Kabyle

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici