Fin de la loubia et début de la roquia

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Les islamistes algériens
Les islamistes algériens

CONTRIBUTION (Tamurt) – L’inauguration d’une clinique de la « roquia » rapportée récemment par Le Quotidien d’Oran, illustre mieux que n’importe quoi la mort de la citoyenneté dans ce cimetière des vivants qu’est l’Algérie des généraux et des barbus.

Ce pays livré en pâture aux sorciers de tous acabits, anachronismes sanglants, entrés par effraction dans ce siècle du savoir encyclopédique et de la technologie, a vécu jusqu’à donner à voir ce spectacle d’un autre âge, de médecins méprisés et réprimés pendant que l’on assiste à l’institutionnalisation du charlatanisme, par « roquia » et prétendue « médecine coranique » interposée.

Comment continuer à partager le même destin avec une horde d’hurluberlus échappée de ce film d’horreur à l’algérienne qui a fini de tuer tout espoir de progrès depuis des générations, ce faisant, produire selon nos psychiatres des millions de malades mentaux internés dans cet asile à ciel ouvert qu’est la monarchie de Bouteflika et cie?

Aux sceptiques de l’autonomie, voyez comme il n’est nulle raison, aujourd’hui, de dénigrer ou de surseoir à ce projet libérateur sous peine de perdition collective. À ces ennemis, tout ce que vous semez sur son chemin, de dénis et d’embûches y concoure déjà.

Il est dans l’ordre des choses que la cruauté du régime travaille contre lui-même. À trop vouloir imposer la sujétion et l’ignorance, le pouvoir algérien fait pousser le sens critique et le refus de la fatalité. En instaurant la bêtise et la répression permanente, il suscite de plus belle l’insoumission quotidienne et revigore la révolte séculaire des Kabyles.

Mais il va bien falloir que la visse cède dans le reste du pays.

Quel vœu pieux se surprend-on à oser, on y songeant, n’est-ce pas? Des fois que le long coma politique des arabophones algériens prenne fin autrement que dirigé contre la Kabylie. Mais cette variable d’environnement, pourrait-on dire, est si improbable qu’il est même criminel, pour les Kabyles de persister à l’espérer. Pourtant, c’est ce que font nos algerianistes invétérés, par ailleurs si bien édifiés sur le complot antikabyle mis en place par le régime d’Alger. Mais là, l’intérêt des uns et des autres n’est visiblement pas au bon endroit, tant s’en faut.

Alors peut-on espérer un jour un sursaut de la part des militants, à défaut de celui des dirigeants sur un dénominateur commun qui serait forcément l’intérêt de la kabylie? Entendra-t-on scander un jour par tous les Kabyles : « LA KABYLIE AVANT TOUT ! » et voir des millions de Kabyles s’atteler, main dans la main à l’édification de cet État dont ils toujours été privés? À quand ces poignées de main que tout le monde espère et qui mettraient fin à tant de tergiversations sur des concepts politiques plus à même de réunir que de séparer et qui pourraient contribuer à mettre un terme au drame actuel? « Atan elqqed, atan uqamum ! », voici les graines, voici le bec, dit un adage kabyle.

Il serait irresponsable pour les sceptiques de l’autonomie de continuer à naviguer à contre-courant du mouvement autonomiste, sans saboter leur propre affranchissement. À moins d’être masochiste et de se complaire dans l’indifférence sinon dans la soumission.

La Kabylie laïque et multiconfessionnelle en est là après avoir épuisé tous les recours face à un régime abominable qui cultive le déni comme un acte de foi absolu. Le long effort de partage et d’approche didactique mis en place pacifiquement par le MAK depuis 2001 pour vulgariser le concept d’autonomie a donné ses fruits, sauf chez les cancres du régime et ses supplétifs insatiables dont l’intérêt bassement personnel est dans le maintient de l’ordre établi. Rien de mieux pour illustrer ce statu quo politique en place que cet autre adage kabyle qui dit : « iga aqlez yeqqim ».

Le processus qui a mené jusqu’au GPK devrait être perçu comme une étape d’un long processus d’affranchissement dont l’aboutissement devra être la restitution au peuple kabyle de sa dignité et du POUVOIR de disposer de lui-même à travers les instruments de son propre État.

Ceux qui, comme des vierges effarouchées, font mine d’être surpris par cette annonce ont oublié que la finalité de tout mouvement ou parti politique est la prise du pouvoir. Dans le cas qui nous concerne, l’aspiration du MAK à redonner au peuple kabyle son État est naturelle et historiquement légitime.

Le mot clé est donc POUVOIR. Le Pouvoir de disposer de soi-même, de ses ressources humaines et naturelles. Le pouvoir d’orienter l’éducation de ses enfants selon ses aspirations identitaires et culturelles.

Le pouvoir de dire NON à un État cruel et inhumain. Pouvoir dire NON à une bande d’escrocs qui détourne impunément les ressources nationales et contraint à l’exil des milliers de jeunes, au péril de leur vie. Pouvoir dire NON à un commando de la mort qui torture et tire impunément sur de jeunes Kabyles aux mains nues dont le seul crime est le désir d’exercer leur citoyenneté. Et plus que tout, la possibilité de se défendre s’il y a lieu.

Enfin ! suivez donc l’hyperlien ci-dessous si le cœur vous en dit, moi j’ai un haut-le-cœur rien que d’y songer une seconde fois.

Aux Kabyles leurs aspirations et aux… autres les leurs.

Vivement le GPK, vivement l’autonomie de la kabylie.

Mohand Aksil

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5138306&archive_date=2010-05-18

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