Veillée de Leïllat El Kadr, Ahmed Ouyahia et ses ministres en Djellaba

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Bensalah à la grande mosquée 'Alger pour la priere de Aïd el-Adha
Bensalah à la grande mosquée 'Alger pour la priere de Aïd el-Adha

ALGERIE (Tamurt) – Et comment ! Les caméras ont montré Ahmed Ouyahia et ses ministres en Djellaba. Habituellement seul Abdelaziz Belkhadem s’affichait dans cette tenue symbolisant naturellement à ses yeux l’islamisme et l’arabisme. Hier soir, c’est Ahmed Ouyahia, le brillant universitaire, Ahmed Ouyahia, l’homme qui porte le costume impeccable à l’occidentale, Ahmed Ouyahia, l’amateur de bons alcools et célèbre ‘éradicateur’, qui s’est affiché avec cet accoutrement dont le commun des mortels devine la signification et la portée politique.

N’était-ce l’inauguration de la mosquée d’Aghribs par « le chantre » de la laïcité, le Dr Saïd Sadi, et la présence de Amar Tou et El-Hadi Khaldi, respectivement ministres des transports et de la formation professionnelle, tous deux connus sur la place publique comme étant des noceurs et des jouisseurs, qui avaient troqué leurs beaux costumes contre cet habit typiquement arabe rappelant aussi bien le désert et l’époque des premiers siècles de notre ère, le premier ministre dans sa djellaba serait peut être passé inaperçu. Comme ce n’est pas le cas, les observateurs politiques se sont retrouvés forcés à décrypter ces signes vestimentaires. La conclusion tirée est simple et claire comme de l’eau de roche : l’Etat algérien est désormais islamiste.

A partir de ce constat, les algériens et les kabyles se trouvent dès lors en droit absolu de demander pourquoi alors avoir causé la mort de milliers de personnes pour arriver à ce résultat? En effet, il est tout a fait légitime de se demander pourquoi le pouvoir a confisqué la victoire au Front Islamique du Salut (FIS) en janvier 1992 en interrompant le processus électoral et aujourd’hui, 18 ans après, il applique leur programme ?

A titre de rappel, lors des élections de décembre 1991, au premier tour, le FIS a obtenu 188 sièges, le FFS 20 sièges et le FLN 15 sièges. Dans leurs discours officiels, les généraux qui ont décidé d’interrompre le processus électoral en renversant le président Chadli Bendjdid, et ce, avec la caution de certains responsables civils à l’instar du « champion » de la laïcité inaugurant maintenant des mosquées, leur geste était motivé par la nécessité de sauver la république, et, par conséquent, rester fidèles à la lettre et l’esprit du 1er Novembre 1954 et du Congrès de la Soummam. Faut-il donc comprendre qu’on se rend compte aujourd’hui que la lettre et l’esprit du 1er Novembre 1954 et le Congrès de la Soummam sont dépassés ? Faut-il comprendre qu’on se rend compte aussi que le FIS avait raison dès 1989 quant au projet de société qu’il avait présenté aux Algériens ? Si c’est le cas, la supercherie est trop grosse pour ne pas demander des comptes à ses auteurs. Une supercherie qui a coûté la vie à des milliers de personnes mérite de faire traduire ses auteurs devant le tribunal pénal international (TPI) pour crimes contre l’humanité. Mais était-ce vraiment une erreur d’avoir tenté de sauver les algériens d’un recul de plusieurs siècles ? Certainement non. Toutefois, le grand crime fut d’avoir légalisé les partis islamistes, surtout, d’avoir encouragé l’islamisme pour empêcher l’émergence de la démocratie et donc de l’identité des peuples amazighs en général et kabyle en particulier.

Il est vrai aussi que les auteurs du processus électoral n’étaient pas seulement motivés par la sauvegarde du caractère républicain de l’Etat algérien puisque la donne financière était en jeu. La violence terroriste provoquée et manipulée par le pouvoir a permis non seulement de sauver le régime qui était sur le point d’être balayé par une révolte sociale à partir de 1988 mais aussi de permettre à certains dignitaires du régime de gonfler davantage leur fortune. La gestion opaque de la SONATRACH, l’import-export, la création de sociétés de gardiennage et même le trafic d’armes sont quelques exemples de cet affairisme de temps de guerre.
Le motif de la sauvegarde de la république a longtemps occulté les desseins inavouables. C’est pourtant ce même motif qui doit être mis en avant aujourd’hui pour souligner et prouver la supercherie des dirigeants algériens.

Certains observateurs soulignent qu’Ahmed Ouyahia est le candidat de l’armée et que celle-ci le préparerait à succéder à Abdelaziz Bouteflika. Vu que celui ci est kabyle, les militaires ont besoin de le travestir en arabe, ce qui pourrait expliquer le port de la djellaba pour le faire admettre par les algériens arabophones. En somme, l’armée veut présenter Ahmed Ouyahia comme un kabyle certes, mais prêt à renier ses origines kabyles. Autrement dit un kabyle qui cessera d’être kabyle dès qu’il sera chef d’Etat. « C’est une sorte de concession », explique encore un universitaire, très au fait des méandres de la politique algérienne. Et une fois dans son palais, après avoir fini de s’exhiber dans sa djellaba d’arabe et signé les documents exigés par le protocole, Ahmed Ouyahia pourrait retrouver son statut de brillant universitaire et de moderniste ainsi que ses tendres passions, à savoir les bons alcools et les jolies femmes.

Si cette thèse est vraie, force est de reconnaître que les calculs et les prévisions des chefs militaires ne manquent pas d’intelligence. Enfin presque. Car la Kabylie ne semble pas être prise en considération comme élément de l’équation. Il est à se demander effectivement si ces stratèges militaires sont convaincus que la désignation de Ahmed Ouyahia fera la joie du peuple kabyle ou si tout simplement ils comptent le lui imposer ? Ou peut-être croient-ils encore qu’un chef d’Etat kabyle de service fera oublier à la Kabylie sa revendication d’autonomie et l’espoir qu’incarne le Gouvernement Provisoire Kabyle ? Si c’est le cas, les chefs militaires peuvent revoir leur copie. Car la Kabylie ne renoncera jamais à son autonomie, seule gage de la maîtrise de son avenir de progrès et de son ouverture vers l’universalité.

Par ailleurs, l’histoire nous a appris que ceux qui renient leurs origines se sont montrés d’une férocité et d’un mépris hors du commun envers le peuple dont ils sont originaires. Quelques exemples ? Quand l’armée de Sadam Hussein gazait le peuple kurde, elle avait à sa tête un Kurde. Gichin Funakushi, fondateur du karaté moderne, a nourri jusqu’à son dernier souffle une haine sans pareille pour le peuple chinois. Gichin Funakushi était Chinois avant de se naturaliser Japonais. Geronimo, le célèbre chef apache, avait à ses trousses des éclaireurs apaches quand l’armée américaine lui donna la chasse. Des tortionnaires de l’ex-sécurité militaire qui avaient sauvagement torturé les militants kabyles de la démocratie étaient des Kabyles. Le peuple kabyle ne peut donc pas ignorer le traitement que lui ferait subir Ahmed Ouyahia, le Kabyle de service, s’il venait à être placé par les militaires au fauteuil d’El Mouradia.

Pour prouver son arabité aux arabes, il n’hésitera pas une seconde à faire aux kabyles ce qu’avaient fait Attila et Gengis Khan à leurs ennemis. C’est pourquoi, nous jugeons urgent d’attirer non seulement l’attention des kabyles mais aussi celle des algériens sur le danger qui les guettent. L’islamisme et l’arabisme à outrance sont loin de constituer la voie du salut pour ce pays. Le régime militaire et dictatorial n’est pas non plus le seul rempart contre l’intégrisme islamiste. Le régime algérien, en place dès 1962, a montré ses limites. Ses hommes aussi. Il est temps donc de choisir un autre régime, celui défini par les résolutions du congrès de la Soummam.

Les jeunes algériens aujourd’hui, dans leur majorité, n’aiment pas leur pays. Quel meilleur désaveu peut-on adresser aux tenants du régime que cette fuite de milliers de jeunes qui bravent la mer dans des embarcations rudimentaires pour aller vers d’autres pays. Quel meilleur désaveu peut adresser le peuple au régime que de huer le chef d’Etat algérien et d’applaudir son homologue français marchant à ses côtés. « Vive Chirac… Vive Chirac… » tel est le cri poussé par des milliers de voix algéroises lors du bain de foule des présidents Bouteflika et Chirac dans les rues d’Alger. En levant le bras en guise de salut, le chef d’Etat algérien a eu en retour des sifflements et des insultes. Naturellement, ce n’est pas seulement Bouteflika qui était visé mais l’Etat algérien qu’il représentait. En dépit de toutes ces leçons, les choses ont continué à aller de mal en pis. Les décideurs poussent encore aujourd’hui l’outrecuidance à tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ils veulent faire passer Ahmed Ouyahia le kabyle de service pour « un arabe » aux yeux des algériens et montrer aux kabyles que l’islamisme et l’arabisme sont une fatalité et qu’il n’y a pas d’autres choix que de les accepter.

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