La situation sécuritaire est plus que jamais inquiétante en Kabylie

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l'armée algerienne en terre kabyle
l'armée algerienne en terre kabyle

KABYLIE (Tamurt) – Cet aveu n’est pas celui du désespoir, mais tout simplement un constat. La situation est si dramatique que même certains flics commencent à extérioriser leur ras-le-bol. Quand une personne est juridiquement munie d’une autorité publique et corporellement renforcée par le port d’une arme à feu arrive à un si terrible constat, c’est que l’État algérien a atteint un tel degré de déliquescence qu’il lui est impossible de s’en relever.

Aujourd’hui le citoyen kabyle ne jouit d’aucune couverture sécuritaire ni chez lui à la tombée de la nuit, ni dehors durant la journée. Au cours de la semaine passée, une jeune femme qui se trouvait dans la localité de Tamda, devant l’université, et qui désirait se rendre à la ville de Tizi-Ouzou a connu le calvaire. La malheureuse qui se trouvait à l’arrêt de fourgons a cru bon d’en arrêter un qui prenait justement la direction de Tizi-Ouzou. En voyant trois passagers à bord, dont le conducteur, elle pensait qu’il s’agissait d’un transporteur professionnel de voyageurs. Elle était loin de douter que les trois occupants ne tarderaient pas à faire basculer sa vie dans le cauchemar. En effet, une fois montée à bord du véhicule, celui-ci prit une destination inconnue. Ce n’est que plus tard que le corps sans vie de la jeune femme a été retrouvé dans l’oued Sébaou à proximité de Oued Aïssi. Cette nouvelle a bouleversé l’ensemble des citoyens kabyles.

Dans la commune rurale de Boudjima, ce sont les commerçants qui ont fait les frais de la témérité des bandits. Ces criminels, munis d’un armement de guerre, ont obligé leurs victimes à leur remettre le contenu de leur caisse. Une fois qu’ils ont jugé que le butin était assez « satisfaisant », les hors-la-loi se sont volatilisés dans la nature. À Tizi-Ouzou ville et notamment à la Nouvelle-Ville, presque chaque soir depuis une semaine, des raids policiers sont effectués contre les milieux de petits voyous. Ces raids sont appelés communément « opérations coup de poing ». Nos lecteurs ne doivent pas croire qu’il s’agit là d’un début de lutte contre le banditisme et le crime, car il s’agit en vérité tout simplement d’opérations initiées par le nouveau commissaire divisionnaire, histoire de remplacer la signature de son prédécesseur par la sienne. Cette méthode est connue des milieux. À chaque fois qu’arrive un nouveau patron de la police ou de la gendarmerie, des opérations de ce genre sont menées dans le Milieu.

Naturellement, rien ne nous autorise à douter de l’honnêteté de ce nouveau commissaire divisionnaire de la police, mais l’expérience nous a appris à nous méfier. En effet, même le patron de la police partant a, à son arrivée à Tizi-Ouzou, porté quelques coups contre le milieu du crime pour faire oublier son prédécesseur.

Hélas, à peine s’était-il fait connaître que les choses ont repris comme il les avait trouvées. Il faut comprendre par là que les proxénètes ont repris leurs activités, les barons de la drogue leur commerce juteux, etc. Même l’opération d’identification et de mise à l’écart de flics véreux a été abandonnée. À noter que la thèse selon laquelle le patron de la police, une fois qu’il a réussi à asseoir son autorité, reçoit l’ordre d’en haut de laisser « pourrir les choses » n’est pas du tout à écarter. À parier même que depuis l’avènement du terrorisme, une telle politique est de rigueur en Kabylie. Croire que les auteurs de l’insécurité en Kabylie ne sont pas connus est un leurre. Même les personnes activant comme « terroristes » sont fichées comme telles. N’importe quelle personne motivée par « le djihad » est signalée sur une fiche d’identification et de renseignement dès les premières heures où elle atterrit au maquis ou rejoint un groupe de soutien au terrorisme. En somme, ce n’est ni le renseignement ni les moyens techniques et humains qui manquent aux services de sécurité pour anéantir les groupes « terroristes » et de bandits qui écument la Kabylie.

Ces « terroristes » et bandits trouvent leur compte dans la seule et unique volonté de l’Administration centrale d’Alger de laisser faire les choses. Donc, la problématique qui est difficile à résoudre est de savoir et connaître les véritables motivations de cette Administration centrale d’Alger. Au cours de la décennie dite « noire », ce sont
les habitants des régions arabophones du centre du pays qui ont bu le vin jusqu’à la lie. Des mercenaires, fort entraînés aux horreurs de la guerre et du crime, ont égorgé leurs hommes, violé et enlevé leurs femmes. Souvent, les femmes se faisaient violer d’abord devant leurs maris, pères ou frères avant d’être prises comme butin et de voir leurs mâles baigner dans leur sang comme des animaux qu’on immole. Ces horreurs se passaient presque au nez et à la barbe des services de sécurité. Et parallèlement à ces horreurs, les familles richissimes se faisaient racketter par certains responsables des services de
sécurité. Si elles refusaient de payer le montant demandé, elles voyaient un des leurs les accuser « appartenance à un groupe terroriste ».

Bon nombre agriculteurs et autres latifundistes de la région de Baghlia et ses alentours dans la wilaya de Boumerdès ont des choses à dire sur ce point. Certains responsables de l’ANP et de la gendarmerie véreux ayant été en exercice au niveau de cette région pendant cette période noire ont ramassé des fortunes. D’ailleurs, certains citoyens de cette région ont fui leur foyer pour s’installer ailleurs non pas à cause des terroristes, mais pour fuir ces agents de sécurité jugés plus dangereux que ceux qu’ils sont chargés par la loi de la république de combattre.

Depuis les événements tragiques de 2001 jusqu’à ce jour, la Kabylie est soumise presque au même régime. « Presque » est le mot, puisque les hommes kabyles ne se font pas égorger devant leur famille comme des moutons et leurs femmes ne se font pas violées
devant eux avant d’être prises comme butin. Cependant, les kidnappings et autres agressions, la destruction par le feu des vergers par les militaires, et ce, au nom de la lutte contre le terrorisme, la paupérisation de la majorité de la population et l’enrichissement illégal d’une poignée de gens ayant fait le serment d’être les hommes liges de l’Administration centrale d’Alger, l’introduction de mauvaises mœurs dans les villes de Kabylie et tant d’autres phénomènes néfastes inconnus de nos grands-parents font que la situation a atteint aujourd’hui son paroxysme.

Le peuple kabyle ne peut plus supporter une dose supplémentaire de l’intolérable. Et on n’est mieux servi que par soi-même, dit le vieux dicton. S’il est vrai que parmi les
éléments des services de sécurité, tous corps confondus, il y a des Kabyles qui ont mal de voir leur patrie agressée sans cesse, il n’en demeure pas moins qu’ils demeurent « prisonniers » des lois et règlements régissant leur fonction d’où leur impuissance à venir en aide à leurs frères et sœurs. Donc, la solution idoine pour faire retrouver à la Kabylie sa quiétude d’autrefois, réside dans la mobilisation citoyenne.

Said Tissegouine

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