Doublage et adaptation de films en kabyle : Un véritable phénomène culturel

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Kabylie
Kabylie

REVUE DE PRESSE (Tamurt) – Au-delà de la réussite du travail d’adaptation et du succès commercial, il y a un vrai phénomène de société de par l’engouement qu’ils ont jusque-là suscité. Par-delà, il s’agit de la naissance d’une vocation culturelle inédite dans le paysage algérien. Nous avons essayé d’en savoir un peu plus en nous rapprochant de Samir Aït Belkacem, l’un de ceux qui ont contribué à lancer ce nouveau créneau et qui fait désormais figure de pionnier du genre. Nous sommes en juin 2005, à Agouni, modeste hameau accroché aux contreforts du Djurdjura du côté de Aïn El Hammam, anciennement appelé Michelet. Dans une vieille maison de pierres, qui a subi la patine du temps, deux amis d’enfance, Saïd Hadj Abdennour et Samir Aït Belkacem, s’amusent à tromper leur ennui en doublant dans leur langue maternelle L’Age de Glace.

C’est un film d’animation qui a fait exploser le box-office mondial et que les deux compères s’emploient à revoir à la sauce kabyle. Contre toute attente, le résultat ne laisse personne indifférent. Les connaissances qui visionnent cette version kabyle qui se voulait sans prétention, sont conquises au-delà de toute espérance. Le bouche à oreille prend alors le relais pour assurer à ce premier essai hilarant, il faut bien le souligner, une audience qui ne cessera jamais de s’élargir. Encouragés par ce premier succès inattendu, Samir et sa bande d’amis délurés finissent par se prendre au sérieux au point de sortir le film en DVD et de le mettre sur le marché. Le succès est fulgurant. En quelques semaines, les personnages principaux du film deviennent très populaires à travers toute la Kabylie. Phénomène encore plus rare : toutes sortes de rumeurs farfelues prennent pour cibles les auteurs du doublage, preuve en est que nous sommes bel et bien en présence d’un phénomène de société qui ne laisse personne indifférent.

Course-poursuite avec les pirates

Pucci, toutefois, marque la naissance d’un nouveau créneau culturel et le début d’une aventure intellectuelle. Sept ans après ce démarrage en fanfare, Samir Aït Belkacem dirige un petit studio de doublage opportunément nommé Double Voice. Quelques amis, quelques membres de la famille et un bien modeste deux pièces qui abrite une chambre d’enregistrement ouverte sur une pièce où trônent deux ordinateurs, voilà tout l’univers de ces aventuriers d’un nouveau genre. A l’actif du gang : 8 films adaptés, dont certains ont connu un succès phénoménal. Shrek, le dernier-né de la saga, fait un tabac. Sorti début juillet en DVD, le film du sympathique ogre vert et du petit âne facétieux s’arrache comme des petits pains et pulvérise au passage tous les records de vente. Il nous a été très difficile d’avoir des chiffres, mais des recoupements permettent d’affirmer qu’il a dépassé les 100 000 exemplaires un mois à peine après son lancement. Un chiffre qui ferait pâlir de jalousie même les plus grandes stars de la chanson kabyle. Mieux encore, les deux opus du film Li Mucucu, adaptation de Alvin and the Chipmunks de Tim Hill, a franchi, il y a longtemps, le cap du demi-million d’exemplaires vendus depuis son lancement. Là, nous parlons bien de diffusion légale. S’il fallait évoquer les œuvres piratées, il faudrait multiplier par quatre le chiffre des ventes. C’est une véritable course-poursuite avec les pirates, avoue Samir. Quelques heures après la disponibilité du master sur le marché, les duplications piratées commencent à sortir comme des petits pains du four. Comprenez-bien qu’au-delà du phénomène culturel, il y a beaucoup d’argent. Des économistes diraient qu’il y a là un marché émergent.

Un vrai phénomène de société

Nous sommes bel et bien en face d’un phénomène de société. Evidemment, un créneau qui suscite un tel succès ne peut laisser longtemps indifférent. Les appétits s’aiguisent à mesure que le son du tiroir-caisse se fait entendre avec la régularité du métronome. D’autres se sont lancés dans l’adaptation en kabyle, comme en témoigne l’arrivée sur le marché du film Vriroch et Lufan Vou tkhidhass, par deux équipes différentes. Il est à parier que dans les mois qui viennent, d’autres équipes investiront ce créneau. Oui, mais toutes ne possèdent pas dans leur effectif un artiste du verbe de la trempe de Rachid Tighilt qui a réalisé le doublage de Shrek et Da Spilu. Peintre plasticien, traducteur, comédien et poète à ses heures perdues, cet admirateur du génial dramaturge kabyle Mohya possède plusieurs cordes à son arc et tout le monde lui reconnaît la grande qualité du travail qu’il a accompli avec l’équipe de Double Voice.

Les films adaptés en kabyle est-ce vraiment une chose inédite ? Pas vraiment, quand on sait que beaucoup de films ont été traduits avec plus ou moins de succès.

En attendant, le créneau est immense et les perspectives prometteuses. Pour le moment, seul le marché du DVD est investi, mais en cas d’ouverture médiatique et politique qui permette aux télévisions nationales de faire appel au privé, le marché risque d’exploser.

Carrefour d’artistes

Dans peu de temps, Samir et son équipe vont se délocaliser à Tizi-Ouzou dans un vrai studio de doublage. Tizi, grand carrefour culturel, d’élargir le champ de prospection des comédiens qui prêtent leurs voix aux personnages des films et renouveler les compétences. «Nous voulons faire de cette aventure un grand carrefour où vont se rencontrer tous les artistes et toutes les bonnes volontés qui peuvent apporter un plus», dit Samir. Pour le moment, l’équipe tourne autour de quatre personnes : Samir Aït Belkacem, Yousfi Hassan, Medani Md Akli et Rachid Tighilt. Autour de ces quatre piliers gravite une équipe d’une vingtaine de comédiens. Samir a déjà organisé des castings pour essayer de dénicher des voix originales et des talents d’interprètes pour doubler les dizaines de personnages que l’on retrouve dans chaque œuvre.

Qu’est-ce que l’équipe prépare comme projets de film à adapter ? Harry Potter et sa bande de sorciers de Poudlard s’apprêtent à s’abattre sur la Kabylie. Il y a d’autres belles surprises, mais chut ! La concurrence tend le bout de ses oreilles indiscrètes. Même si nous avons eu quelques primeurs, nous avons promis à Samir de ne rien dire.

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