Création tous azimut de partis politiques pour « casser » le MAK et « chasser » les islamistes du Parlement Algérien

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KABYLIE (Tamurt) – Menacé de mise à mort, d’un côté, par le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) et, de l’autre, par l’islamisme, le régime Algérien a décidé, dans un ultime geste de désespoir, de jouer la « carte » des législatives en décidant à cet effet la création tout azimut de partis politiques pour appuyer « les organisations de masse » déjà existantes comme le Front de Libération Nationale (FLN), le Rassemblement National Démocratique (RND), le Parti National pour la Solidarité et le Développement (PNSD) etc.…

Jusqu’à présent, environ dix-sept partis politiques existent légalement et environ une dizaine d’autres auront leurs agréments d’ici fin avril de l’année en cours. Même les dossiers de demandes d’agréments, mis sous les boisseaux depuis plus de cinq ans, le régime dictatorial d’Alger a décidé subitement de les remettre à la surface.

Pour la journée de ce jeudi, c’est le parti dénommé Hizb El Moustakbel A Dimokraâti (Parti de l’avenir et Démocratique) qui a fait parler à Tizi-Ouzou. En effet, dans le cadre de la préparation des assises nationales prévues pour la fin du mois en cours à Alger – qui se tiendront probablement, le 28 février – sous la présidence de M. El Hachemi Lahlali, s’est tenu à la maison de la culture Mouloud Mammeri une réunion des adhérents et militants de ce nouveau parti à l’effet de choisir les participants à cette future rencontre constitutive. Et par cette même occasion, M. Lahlali et ses camarades de la tribune ont essayé de convaincre l’assistance sur les raisons de la création de leur parti et ses objectifs. C’est dans ce sens que l’orateur a critiqué directement le régime en place et indirectement les partis politiques démocrates déjà existants depuis longtemps pour « leur échec » ainsi que l’islamisme. A propos de celui-ci, M. Lahlali a déclaré que « dès lors que l’islam est la religion de l’Etat et la langue arabe est officielle, il y a pas lieu de continuer à seriner là-dessus ».

M. El Hachemi Lahlali est très jeune. Aussi, son inexpérience politique est flagrante. Sans vouloir le frustrer ou le dénigrer, le chef de file de la wilaya de Tizi-Ouzou pour le compte de Hizb El Moustakbel A Dimokrati, a commis des bourdes dans son discours.

Tout d’abord, il a commencé par énoncer que son parti veillera à l’unité nationale et l’intégrité territoriale et, au même temps, il a versé carrément dans l’insulte à l’endroit des Américains. Ceux-ci, l’orateur les qualifiés tout bonnement de « terroristes ». Pour appuyer « sa thèse », le représentant de Hizb El Moustakbel à Tizi-Ouzou a cité candidement l’intervention militaire américaine en Afghanistan et certaines pénétrations dans l’espace aérien du Pakistan.

Pour l’unité nationale et l’intégrité nationale « menacées », M. Lahlali a voulu désigner du doigt la famille militante et patriotique du MAK. Etant un néophyte de la politique, le jeune orateur a tout simplement révélé l’ordre de mission et la feuille de route que le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) a remis aux hauts responsables de Hizb El Moustakbal A Dimokrati dont El You El Badri le fondateur.

Ceci noté, nous devons relever que toujours dans le cadre de la création de ces partis à la dimension d’association de « petits maris battus par leurs épouses devant leurs amants », dimanche prochain, la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou regroupera dans son espace les adhérents de Djabhat El Moustakbal (Front de l’Avenir). C’est la course effrénée de ces petites gens en quête d’un sandwich gratuit.

Les simples citoyens, quant à eux, n’ont manifesté jusqu’à présent guère de surprise devant toute cette agitation. Mais en revanche, ils sont désagréablement surpris par l’attitude du Front des Forces Socialistes (FFS). Selon la rumeur, le président « incontesté » de ce parti, M. Hocine Aït-Ahmed, a négocié son quota de sièges pour le futur Parlement. Bien des avis compétents notent que non seulement le nombre de sièges exigés par Hocine Aït-Ahmed est d’au moins une soixantaine mais aussi exigé à ce que le FFS représente les 48 wilayas du pays au niveau de l’hémicycle Zirout Youcef ainsi que la présidence d’un certain nombre de commissions parlementaires. La grande énigme pour les observateurs de la scène politique algérienne est ce soudain changement d’attitude et de conduite de l’« indomptable » Hocine Aït-Ahmed. « Comment est-ce possible pour un homme qui, durant 70 ans de lutte et de combat politiques a jeté d’une simple chiquenaude toutes les propositions de sa corruption, a, au couchant de sa vie, décidé d’effectuer une manœuvre à 180° ? Bien sûr, les observateurs politiques écartent tout élément corruptif concernant ce choix de Hocine Aït-Ahmed. Qu’est-ce qui a poussé donc un homme de 86 ans qui a passé toute sa vie à défendre les principes de la démocratie universellement reconnus, à accepter la proposition du DRS, institution d’ailleurs qu’il a toujours accusée d’être responsable de tous les maux que connaît l’Algérie ?

Dès lors que le côté matériel est à écarter, que reste-t-il comme éléments qui pourraient motiver le leader du FFS ? Ou tout simplement, quels arguments a avancé le général Tewfik pour convaincre le président du FFS à « piétiner » pour une fois ses principes ? Serait-il que l’Algérie soit assise sur un volcan ? Jamais de mémoire d’homme, l’Algérie a vécu sereinement depuis son indépendance.

Voyons les choses autrement ; on sait que trois principales forces s’affrontent au sein des instances supérieures du pouvoir. La première : le clan pro-français. La deuxième : le clan pro-américain. Et le troisième : le clan Algéro-algérien, soit donc le courant qui milite pour l’indépendance totale de l’Algérie.

Paris, pour ses intérêts bien sûr, a toujours encouragé la dictature militaire en Algérie. La politique extérieure de Washington est variable selon les époques et les conjonctures. Vis-à-vis d’Alger, après avoir encouragé ses militaires, Washington encourage à présent l’islamisme. Or, d’après les nouvelles données, les islamistes sont à écarter coûte que coûte. D’ailleurs, comme toujours, ils seront encore les dindons de la farce lors des prochaines législatives. Serait-ce dans cette perspective alors que le leader du FFS a accepté la proposition du DRS ? En tout cas, il est difficile de croire que le FFS ait accepté d’agir contre la volonté du peuple kabyle. Serait-il permis de soupçonner la soudaine percée du clan Algéro-algérien pour, d’un côté, remettre Paris à sa place et, d’un autre, inviter les Américains à donner plus tôt du rose-beef aux Algériens que l’islamisme. Dans ce cas alors, il serait bon de savoir à quel point l’Algérie est indépendante de la France et jusqu’à qu’elle point la France a cédé du terrain algérien au profit des Américains. De toute façon, si une telle hypothèse est un tant soit peu défendable, l’élément de son existence ne doit pas remonter à loin. En effet, le Printemps dit « arabe » lequel a été déclenché comme chacun le sait par la CIA a épargné l’Algérie, et ce, contrairement au plan initial, à savoir le Grand-Moyen-Orient de démocratisation. Il semble fort bien que si les Américains ont fini par accepter d’épargner l’Algérie, c’était bel et bien sur l’insistance de la France. Bien sûr, nos responsables n’arrêtaient pas de seriner que l’Algérie a eu ses mouvements de révolte et, en revanche, les révoltes qui ont secoué certains pays arabes ne devaient pas concerner notre pays. Il fallait bien dire quelque chose pour la forme. En somme donc, il nous paraît dérisoire d’affirmer que l’Algérien est enfin prêt à se débrouiller sans les orientations du grand frère français. La question se pose alors de fait : pourquoi une telle effervescence d’Alger pour la tenue d’une mascarade électorale et, surtout, l’encouragement à la création de petits partis politiques dont le centre principal d’activité est la Kabylie ? Est-ce à croire qu’Alger est convaincu que si le FFS et le RCD n’ont pu empêcher l’émergence du MAK, des partis de « maris battus par leurs épouses devant leurs amants » réussiront ? Il se peut que la mafia politico-financière réussisse à écarter les islamistes sur la piste menant au pouvoir mais en aucun cas, elle ne pourra freiner le peuple kabyle à accéder à son autodétermination.

De toute façon, la Kabylie boycottera les législatives du mois de mai prochain. En effet, non seulement le premier représentant du peuple kabyle, en l’occurrence le MAK, a appelé à ignorer les urnes mais on croit savoir aussi que le RCD et la base militante du FFS iraient voir un classique de John Ford lors du jour du scrutin.

Said Tissegouine pour Tamurt


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