Les Algériens et la question kabyle

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L'Algérie dans l'impasse
L'Algérie dans l'impasse

CONTRIBUTION (Tamurt) – En effet, depuis le mouvement national, le seul point de convergence entre nationalistes, islahistes et assimilationnistes est l’arabité de l’Algérie. Inutile de rappeler que pour Messali, l’histoire de l’Afrique du Nord commence avec l’invasion arabe : les fameuses foutouhates. Pour les Ulémas, auteurs du fameux slogan « l’Algérie est ma patrie, l’Islam est ma religion et l’arabe est ma langue », « les Kabyles ne seront considérés Algériens que lors qu’ils cesseront de parler leur jargon [entendre la langue Kabyle] qui écorche les oreilles ». Même Ferhat Abbas, le plus modéré et le plus moderniste d’entre tous, reprendra quelques années plus tard dans sa nuit coloniale, la thèse de son éternel adversaire en écrivant, presque mot à mot, que l’Histoire de l’Algérie commence au VIIe siècle… c’est-à-dire avec l’invasion arabe.

J’ai beau chercher quel pourrait être le point commun entre un Boudiaf et un Boumediene, entre un Malek ou un Madani; je ne trouve rien à part l’hostilité ou, dans le meilleur des cas, la méfiance envers tout ce qui est kabyle. Tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont eu entre les mains les rennes du pouvoir ou ont été dans l’opposition partagent le même le rejet du Kabyle. L’antikabylisme est la seule constante de la nation (algérienne) qui arrive à fédérer l’ensemble des politiciens algériens.

Certains ne cessent de nous rabâcher depuis un demi siècle qu’il nous suffit juste de changer le système ou de système pour que les choses aillent au mieux. A entendre ces gens là, les Algériens sont tous victimes d’une hypnose collective et seraient devenus des automates ne réagissant qu’aux pulsions du boitier de commande détenu par le pouvoir.

Algériens, veuillez excuser ceux des nôtres qui doutent encore de vous. Qui doutent de votre nationalisme arabe, de votre engagement pour vos idéaux. Veuillez pardonner à ces gens incultes qui ne savent pas que vous êtes prêts à mourir, mais aussi à tuer pour votre arabité et votre islamité. Je vous prie de rappeler à ces messieurs que vos ancêtres ont bâtis des civilisations et en ont détruit d’autres. Rappelez-leurs que les Arabes depuis leurs origines ont construit de fastueuses cités et démoli d’autres.

Expliquez leur, une bonne fois pour toutes, que ce n’est pas par faiblesse d’esprit ou par indigence intellectuelle que leurs discours vous sont étrangers. Crevez « leur ballon de baudruche » à ces vaniteux qui s’enorgueillissent d’être les détenteurs de la Vérité absolue. Clouez le bec, je vous prie, à ces gens qui se s’échinent depuis des décennies et qui essayent de vous inculquer des dogmes et des valeurs comme si vous n’aviez pas vos propres références.

Faites comprendre enfin à ces pathétiques Doctes qui ne cessent de vous, de nous, répéter depuis plus d’un siècle que non seulement l’Algérie, mais toute l’Afrique du Nord est d’origine amazighe. Qu’ils sachent que comme bien même ils auront raison, l’identité ne se fonde pas uniquement sur l’histoire mais aussi et surtout sur le vécu et le sentiment présent. Rappelez-leur que vous vous sentez arabe, parfois plus que les princes d’Arabie. Rappelez-leur que le plus grand affront que vous ont fait les Égyptiens lors de l’épisode de la coupe du monde est de remettre en cause votre arabité.

Il faudrait que ces gens sachent définitivement que vous êtes prêts à affronter toutes les privations et toutes les humiliations, pourvu que l’on ne touche pas à la langue arabe. La langue par laquelle Dieu s’adressa au prophète. Apprenez-leur que vous faites vôtre, cette déclaration des Uléma que la langue arabe est une femme libre qui n’acceptera jamais de seconde épouse pour son mari.

Enfin j’implore votre indulgence envers l’ignorance de ces gens qui vous prennent pour des ignorants. Car en définitive, ils n’ont rien compris, ni à l’Algérie, ni à la question Kabyle.

« Mais c’est quoi la question kabyle? » diront certains. Pour reprendre Russel AE, un nationaliste Irlandais, je dirais que la question kabyle est cette volonté du peuple Kabyle d’être libre. Pourquoi désire t-il la liberté ? C’est parce qu’il se sent en possession d’un génie propre qui se manifeste sous forme d’une société, d’une civilisation, possédant sa propre culture, ses sciences et ses arts distinctifs. Vous n’êtes pas Algériens diront d’autres, interrogateurs. A supposer que vous nous ayez considérés comme tel à un moment ou à un autre avec nos différences et nos spécificités. Je répondrais par l’affirmative. En réalité, bien avant l’indépendance, pour être Algériens, il nous était demandé de renoncer à notre kabylité.

Depuis l’indépendance nous sommes des citoyens entièrement à part dans ce pays que nous avons libéré. A nos yeux, l’Algérie s’est substituée à la France dans nos villes et nos villages. Quant tous ceux qui représentent la loi, sont arabophones ou feignent de l’être (juge, procureur, gendarme, policier…), quand l’autorité me parle avec une langue qui n’est pas la mienne, quant mes papiers sont écrits en langue étrangère, si ce n’est pas du colonialisme, je me demande ce que c’est. Dans chaque crête de Kabylie, dans chaque carrefour de mon beau pays, ils placent un campement de gendarmes et de militaires. Même au temps les plus sanglants du terrorisme, nous n’avons pas vu autant d’hommes vert sur le sol Kabyle. Si ce n’est pas une occupation militaire, je me demande ce que c’est !

Le malentendu entre l’Algérie et la Kabylie eut lieu en 1949 lors de la crise dite berbériste où les partisans de l’Algérie arabo-musulmane s’opposèrent dans le sang à ceux de l’Algérie algérienne, la rupture est faite en 1963 avec la révolte du FFS, le divorce est consommé en 2001 lors du printemps noir.

Indépendante jusqu’à 1871, la Kabylie fait le choix de s’allier avec les Algériens dans une union sacrée pour bouter les français non seulement hors de l’Algérie, mais de toute l’Afrique du Nord. Depuis la fondation de l’ENA jusqu’à la libération du pays, les Kabyles se sont engagés avec passion au point de s’oublier en tant que peuple. Nous avons, même, été choqués et offusqués d’entendre et de lire l’expression « peuple Kabyle », nous nous sommes empressés de répliquer qu’en Algérie, il n’existe qu’un seul peuple, les Algériens.

Égarés que nous sommes par un nationalisme qui n’a plus raison d’être, nous nous considérons Algériens alors que ceux que nous désirons comme compatriotes n’ont manifesté aucune sympathie envers nous, bien au contraire ! Après avoir survécu aux balles explosives et l’atonie des Algériens, nous nous sommes remis à nous poser des questions auxquelles nous ne pourrions trouver de réponse sans reconsidérer une à une les étapes franchies, par nous, depuis au moins cinquante années. Il est évident que toutes les luttes émancipatrices que nous avons menées depuis l’indépendance ne sont en fait que les manifestations inconscientes de l’irrédentisme Kabyle.

Nous disons alors au Monde, oui, nous sommes Algériens mais avant tout nous sommes des Kabyles. Peuple premier de la terre d’Algérie.

Aujourd’hui, si nous voulons survivre en tant que peuple et en tant que nation, notre salut ne peut venir que de notre autodétermination.

Muh Taheccat, cadre du MAK

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