Après les négociations et la campagne électorale : Le FFS, le grand perdant

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L’exception kabyle

KABYLIE (Tamurt) – Même avec la participation du FFS de Hocine Ait Ahmed, laquelle est présentée par ses militants comme une tactique pour se replacer sur l’échiquier politique national, mais il est des objectifs que ces militants ignorent. Les « rumeurs » faisant état d’une probable tractation entre Ait Ahmed avec les tenants du pouvoir algérien, accrédite la thèse d’une participation négociée. Le FFS après le boycott de deux législatures consécutives, en 2002 et en 2007, revient, à l’aune de cette élection, pour composer, au grand dam de ses supporters, avec un pouvoir qu’il a toujours défini comme militaire. La junte au pouvoir serait, pour ainsi dire, fréquentable aux yeux de Hocine Ait Ahmed, pourtant, nul ne peut douter des appréhensions que porte le chef du FFS sur le pouvoir algérien. Depuis 1991, Ait Ahmed n’a cessé de sillonner les capitales occidentales pour porter à la connaissance de l’opinion internationale les crimes commis par la junte militaire algérien après l’arrêt du processus électoral.

Ait Ahmed semble respecté le deal passé avec le pouvoir. Même lors de la célébration de l’assassinat d’André Ali Mecili, le message du chef historique du FFS a traité plutôt des idéaux du défunt Mecili, sur le plan des relations bilatérales entre l’Algérie et la France. Ait Ahmed aura ainsi évité d’accabler le pouvoir algérien de ses critiques, par ailleurs, acerbes et partagées par la quasi-majorité de ses militants et ceux de l’opposition kabyle.

Même durant la campagne électorale, le FFS qui nous a habitués à des prises de positions quoiqu’honorables, s’est contenté de modérer ses propos contre le pouvoir.

Cela confirme-t-il que le vieux parti de « l’opposition » a négocié son quota et qu’il a fini par être présenté comme une coquille vide comme le PT de Louiza Hanoune ? On avance le chiffre de 40 sièges promis que le DRS a refusé au vieux parti. De ce fait, seul le FFS est grand perdant d’un élection a laquelle il a pris part avec le risque de l’implosion de ses structures, des structures qui avaient, pourtant, refusées de prendre part « au cirque » électoral. De ce constat, le silence observé par le parti avec le siège en moins à Boumerdes le prédestine à une coalition gouvernementale. Dans ce cas de figure, la participation du FFS à un gouvernement de coalition confirme les visées du régime de préparer avec douceur les présidentielles de 2014, surtout que la future APN est appelée à remettre les verrous sur la limitation des mandats, donc, un 4e mandat pour Bouteflika relève de l’imaginaire.

Une autre lecture sur la participation du FFS confirme aussi cette approche du régime pour les prochaines présidentielles. Avec plus de 80% de sièges glanés en Kabylie, le FFS sera la caution du régime en Kabylie. Il sera le représentant de la région dans les joutes futures, même si cette dernière a fait l’exception en boudant la mascarade passée. L’équilibre régional oblige même si Ait Ahmed n’est comptable d’aucune représentation en dehors de son fief, la Kabylie.

Le bras de fer DRS-Présidence ?

L’Armée, seul détenteur du pouvoir en Algérie, veut-elle précipiter la chute de Bouteflika, avec la provocation d’une révolte populaire ? En votant en masse pour le FLN, l’Armée tente de coincer l’actuel patron d’El Mouradia, après l’annonce, à tambour battant, de réformes politiques. Le changement promis par Bouteflika ne peut avoir lieu avec des caciques rompus à la politique de la mamelle et la sauvegarde des intérêts personnels. Cette volonté de reconduire ceux et celles qu’un printemps algérien devait culbuter confirme partiellement cette donne. Sinon comment expliquer que les quotas distribués n’ont pas pris en considération les différentes représentations admises par Bouteflika dans son discours du 12 janvier ? Sinon, aucun parti, excepté le MPA d’Amara Benyounes, El Adala de Djabbalah et le FC de Menasra, ne sont admis à la chambre basse.
Pour ces trois partis, seules dans les régions où les comités de soutien à Bouteflika ont été mis en branle, ont eu quelques sièges. Le statu quo voulu par l’Armée serait le tremplin pour un soulèvement téléguidé pour renverser la vapeur, et permettre au futur chef de l’Etat d’agir en façade avec des brins de réformes qui garantiront les intérêts de la junte.

De tout ce brouhaha pré-présidentielles, le FFS n’est qu’un pion que le pouvoir assujetti dans un jeu de poker aveugle pour éviter à l’Algérie une révolte qui l’emportera, où pour que l’engagement de la Kabylie à recouvrer son autonomie soit saborder par une présence du FFS dans le jeu du sérail…

Amnay Ait Ifilkou

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