Interview avec Boualem Sansal : « L’Autonomie de la Kabylie est une affirmation forte et noble qu’il faut soutenir »

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Boualem Sansal
Boualem Sansal

Tamurt.info: Monsieur Boualem Sansal, azul
Boualem Sansal : Azul

Tamurt : Vous avez déclaré lors de votre conférence, que vous adhérez pleinement à l’idée de l’autonomie et que votre souhait est que cette idée se généralise à toute l’Algérie. Est-ce que c’est une provocation de plus ou un choix réfléchi de votre part ?

Sansal : Moi, je ne joue pas au jeu de la provocation. C’est un jeu débile, indigne d’un écrivain, d’un intellectuel ou d’un citoyen. S’amuser à cela, c’est faire le jeu du système. Les provocateurs sont comme l’arroseur arrosé, finalement ça se retourne contre eux. Donc, c’est par conviction que j’ai des positions politiques, philosophiques. Ce seront les miennes et comme je les exprime sans langue de bois cela paraît être souvent de la provocation. Je dis les choses directement, sans tourner autour du pot. Pour le reste, les autres sont libres de penser ce qu’ils veulent. Ils peuvent penser que c’est de la provocation, moi j’ai l’intime conviction que l’autonomie de la Kabylie est une opportunité extraordinaire. Cela fait longtemps d’ailleurs que j’attendais que des hommes ayant un pouvoir emblématique dans la région s’emparent de ce thème et en fassent un vecteur de combat. Parce qu’il y a plusieurs façons de se battre contre le régime algérien. On peut, par exemple, prendre les armes, ce n’est pas ce que je souhaite. On peut rentrer dans un processus et réclamer l’indépendance, ce n’est pas non plus ce que je souhaite, cela mettra en danger le pays et la Kabylie elle-même. En revanche le concept de l’autonomie est un concept riche.

C’est l’affirmation d’une identité, c’est une affirmation démocratique. On veut être soi-même et c’est très noble, c’est très puissant et c’est la première fois en Algérie qu’on utilise cette idée. Eh bien c’est fort et il faut la soutenir. J’espère bien que ça fasse des jaloux et que dans d’autres régions d’Algérie on revendique la même chose. J’aimerais par exemple bien, que les universités déclarent leur autonomie par rapport au gouvernement. Là aussi, ce n’est pas seulement l’autonomie, au sens politique comme pour la Kabylie, mais d’une manière générale que les femmes déclarent leur autonomie par rapport à la culture machistes de ce pays. On a besoin de cela. C’est cela le siècle des lumières en Europe. C’est que des gens ont décidé de prendre leur autonomie par rapport à la religion, par rapport aux rois, par rapport aux traditions. Prendre sa responsabilité et décider soi-même pour construire sa vie par le débat, par la confrontation. C’est très important comme convention, la provocation est un jeu ridicule.

Tamurt : Le pouvoir accuse les autonomistes d’être instrumentalisés par l’étranger et de vouloir diviser le pays. Il qualifie leurs actions de Tintamare Que pensez-vous de cette propagande du pouvoir algérien qui vise à discréditer ce Mouvement ?

Sansal : Il ne faut pas rentrer dans le jeu du pouvoir. Si on fait cela, on est fichu. Je n’ai pas à aller voir le pouvoir pour lui expliquer pourquoi je réclame l’autonomie, ni à discuter avec lui. Je prends ma décision tout seul.
A partir du moment où j’ai décide d’être autonome, je n’ai plus besoin de lui. Je n’ai ni à le regarder, ni à polémiquer avec lui, ni…. De toute façon, lui, il va utiliser tous les moyens. Évidemment, pour ridiculiser votre pensée, il vous accusera de tous les maux. Vous allez rentrer dans ce jeu là ? Vous êtes perdant. Non. Je suis autonome et je n’ai plus besoin de vous. Je regarde ailleurs. Je construis ma vie. Si tu veux venir construire avec moi, viens. Sinon toi tu restes, moi j’organise ma vie.

Tamurt : Vous parlez du principe : j’existe, je suis autonome ?

Sansal : Oui, c’est ça le principe de la démocratie. C’est le principe de la liberté. Je décrète que je suis libre. Je ne dépends plus de vous. Je n’ai pas besoin de discuter avec vous. Je suis libre. En revanche, je dois, puisque on parle de l’autonomie de la Kabylie, me tourner vers les Kabyles et leur faire partager ce sentiment que l’autonomie, la liberté, ça se décrète soi-même, pas contre l’autre. Je suis libre, point. Donc, si tu veux te sentir libre, on se rejoint, on va travailler ensemble à construire cette liberté, lui donner un contenu politique, institutionnel, culturel, etc.

Tamurt : Aujourd’hui nous célébrons une fête séculaire : le nouvel an berbère. Combien de fois vous l’avez célébré dans votre vie ?

Sansal : Trois ou quatre fois. J’habite à Boumerdes et Je l’ai célébré trois à quatre fois en petit groupe.

Tamurt : Qu’est-ce que ces célébrations du nouvel an, Chrétien, musulman, chinois, etc, invoque en vous ?

Sansal: Pas grand chose. Je ne crois pas que la société a besoin de rituels. On peut partager ces moment avec eux, il n’y a pas de problèmes. Il m’est arrivé de fêter n’importe quoi, avec des copains juifs, avec des copains chrétiens. Et voilà! Être avec eux pour partager un moment. Mais moi, personnellement, ces anniversaires n’invoquent pas grand-chose en moi.

Tamurt : Même pas un marquage identitaire pour que l’Algérie, la Kabylie retrouve son identité? Vous ne croyez pas que cela passe par ce genre d’initiative, par ce genre de célébration ?

Sansal : Oui, je comprends qu’on ait besoin de ritualiser la vie. C’est comme ça que les identités se maintiennent. C’est une sensation mais c est aussi un rituel comme la façon de manger, de s’habiller, etc. Il ne faut pas aussi tomber dans la ritualisation, s’emprisonner. Je participe à ces fêtes la, quand on m’invite, mais sans être forcement super exalté par la chose. Si je ne le fait pas, ça ne me manque pas spécialement. Je ne réduis pas l’identité à des festivités. C’est une façon de regarder le monde, mais c’est quand même plus compliqué. Je me méfie aussi un peu aussi de cette ritualisation quand elle commence à devenir presque comme une fin en soi, obligatoire, ça devient un peu comme le ramadhan, si on ne le fait pas on est taxé.

Je reviens au concept de l’autonomie, ce n’est pour s’enfermer. S’autonomiser, ce n’est pas échapper à quelque chose pour aller s’enfermer dans une autre chose. C’est beaucoup plus riche, car l’Histoire, c’est important. La symbolique et importante sans tomber dans le folklore.

Tamurt : Quel avenir politique présagez-vous pour la cause autonomiste kabyle ?

Sansal : Je pense que maintenant, il faut travailler à initier le peuple en Kabylie et ailleurs, même partout, à cette affirmation. Nous avons décrété notre autonomie et travaillons à donner corps à cette autonomie. Il ne faut que ça reste un mot seulement. Il faut travailler à cela. Par exemple, le MAK s’est donné un certain nombre d’institutions, c’est déjà important. Maintenant, il faut un programme de travail, obtenir une reconnaissance mondiale. C’est toujours ce qu’on fait quand un peuple décrète sa liberté. Par exemple, le Sud-Soudan, a arraché son indépendance. Maintenant, il faut donner corps à cette indépendance : Se faire reconnaitre par les institutions internationales, obtenir sa place dans le concert des nations, un siège à l’ONU, construire un Etat, abolir tous ce qui est dénoncé dans l’ancien régime et ne pas le laisser se reproduire, etc. Donner vraiment corps à l’idée d’autonomie n’est pas seulement un travail de quelques hommes, mais de tout un peuple. C’est un travail d’éducation, de rénovation de la culture. Enfin, un énorme boulot qu’il faut faire. Sinon ça reste un slogan et une attitude un peu comme ça : Je suis autonome sans plus.

Tamurt : N’y a-t-il pas une part d’utopie dans tout cela ?

Sansal : On ne peut pas vivre sans utopie. Le monde fonctionne comme ça. L’objectif est d’abord lointain, mal défini… Eh bien, c’est la quête du bonheur. Quelle plus grande utopie que cela ! On sait bien que le bonheur n’existe pas, mais on se fixe cet objectif. On y travaille avec des petits plaisirs, des petits bonheurs, des petites réussites, en espérant que ceux qui viendront après iront plus loin. Et voilà, c’est du travail.

Interview réalisée par Zahir Boukhelifa

15 COMMENTAIRES

  1. azul

    j’admire bien cette analyse et cette philosophie. une reflexion moderne et tres avancée par rapport à ceux qui sont et qui s’accrochent aux destinées de ce territoire qu’on appelle algerie.

    Nous devons jamais oublier que ces gens qui decident pour tout les peuples d’algerie avaient herité le puvoir par les armes et par des pratiques que je qualifié de terrorisme. Dailleurs la 2eme guerre d’algerie des années 90 avait commencé et reproduit les memes pratiques de la 1ere guerre d’algerie. il y avait juste les objectifs ideologiques qui sont un petit peu differents dans les deux guerres.

    Donc la culture de ceux qui ont le pouvoir par les armes et qui le gardent par les armes est presque la meme avec les gens de la guerre des années 90.

    il faut simplement changer de cultures et d’objectifs pour mener la 3eme guerre d’algerie. il faut utiliser des armes sophistiqués et dans tout les domaines. ils utilisent les armes de guerre ,on doit en avoir.il utilise la communication et la diplomatie,on doit en avoir.ils utilisent la division ,on doit en avoir. bref on doit etre present plus fort et plus present là oû ils sont et on doit avoir quelques choses de plus qu’eux: la confiance en nous et l’objectifs clairs.

  2. Il serait bien de réunir urgemment un panel d’intellectuels kabyles et autres pour rédiger la constitution de la nation kabyle!

    Je vois aussi qu’il y a une panne au niveau de l’arbre MAK-GPK. Il donne l’air de ne pas savoir comment agir devant son fruit de liberté qui est devenu mûr. Le laissera-t-il tomber comme cette indépendance de 1962 qui a subit le sort d’une figue sèche qui atterrit dans le museau d’un sanglier sauvage ou va-t-il l’héberger très rapidement, éternellement et jalousement dans un nouvel Etat fédéral autonome kabyle?

  3. C’est une réponse à ses Meddahs et quelques Chameaux qui soutiennent les assassins et les racistes , des hommes comme BOUALEM HANSAL et BOUGUERMOUH nos donnent confiance et du courages ,le chemin est long mais est sûr , les dernières élections est une preuve qu’ont n’est déjà autonome . bravo les deux B et merci M.A.K

  4. C’est une réponse à ses Meddahs et quelques Chameaux qui soutiennent les assassins et les racistes , des hommes comme BOUALEM HANSAL et BOUGUERMOUH nos donnent confiance et du courages ,le chemin est long mais est sûr , les dernières élections est une preuve qu’ont n’est déjà autonome . bravo les deux B et merci M.A.K

  5. l’Autonomie de la Kabylie c’est « FORT POSSIBLE » ! « MAIS CELLA NE SERA RÉELLEMENT VRAIMENT POSSIBLE » que lorsque LES KABYLES DANS UN CERTAIN FIN FOND DE LEUR ESPRIT(ou de leur âme)NE CROIENT PLUS QU’ILS SONT ARABES(la contamination est d’un degrés gravement profonde)les Élites Kabyles qui seront chargés de mener ce Peuple(d’abord) à son Autonomie doivent faire preuve d’une ingéniosité Hors paire(un nouveau né Kabyle il faut lui apprendre sa base berbère par tous ses débuts pour qu’il devient un VRAI AMAZIGHE EN TANT QU’ADULTE) »c’est à ce probleme que se heurtent LES AUTONOMISTES POLITIQUES KABYLES aujourd’hui dans leur travail quotidien…
    -La Solution Existe et C’EST PAR CELLE CI QU’IL FAUT COMMENCER ;GENERALISER L’ENSEIGNEMENT DE TAMAZIGHT A TRAVERS TOUTE LA KABYLIE jusqu’à la DÉCONTAMINATION GÉNÉRALISÉE DU PEUPLE KABYLE, et éloigner de son Environnement tout ce qui peut LUI FAIRE CROIRE QU’IL N’EST PAS KABYLE ! (la philosophie Spoliatrice terroriste arabo sectaire).
    -Alors une fois que les Kabyles sont soudés par cette ossature de l’enseignement Berbère(Tamazight) et que nos Frères Peuples berbères DES AUTRES RÉGIONS DE TAMAZGHA se soudent mutuellement entre nous par cette Enseignement Généralisé A TOUTE LES RÉGIONS BERBÈRES… »AINSI » les Objectifs seront GLOBALEMENT ATTEINTS …LES AUTONOMIES POUR(le montage de Tamazgha)NOTRE NATION , l’UNION-(des peuples Berbères)-de la-GRANDE TAMAZGHA-du NORD-d’AFRIQUE. « SOIT-IL »…  » A South Alladjddoud »

  6. Je reviens qur une question que j’ai déjà posé sans avoir reçu de réponse : pourquoi le site Tamurt n’a pas encore fait d’interview de l’autre grand écrivain algérien qui, le premier, s’est dit favorable à l’autonomie de la Kabylie. Je voulais dire Rachid Boudjedra.

  7. J’ai lu pas mal, mais pas un assez de cet Homme, et je le salue. En fait voila quelqu’un qui s’est poase’ la question TO BE OR NOT TO BE? et, il y a repondu – I am. Bravo!

    En effet, le drame est de penser que l’existance de X est une procation de Y… C’est comme au casino, ZERO SUM, or ce ne l’est pas; ou que c’est du noir ou du blanc… Mais non! Parait-il, il n’y a ni noir ni blanc… tout est du gris, tres gris ou moins gris.

    Comme beaucoup, j’ai longtemps durant tourne’ en rond, essayant de m’expliquer a moi-meme les fondements de cette autonomie afin de mieux les exprimer « aux autres », avant de me rendre compte qu’au bout d’un moment ca devient une justification – Voila la stupidite’ dont parle Boualem a mon avis. Ca ne sert a rien de chercher son chemin vers le future dans le passe. Il est tout de meme debile de chercher le future dans le passe’, ou inversement le passe dans le future d’ailleurs, non?

    Sans me perdre trop dans les explications, la separation des Kabyles du reste, tant geographiquement que linguistiquement, est un facteur capital dans le development des idees et sentiments d’autonomie post-independance – et pourtant apres avoir porte’ le fardeau de liberation de tous, mais il a fallu comme le souhaite Boualem que des Hommes visibles prete leurs voix a cette autonomie et ceux qui en ont besoin, pour qu’elle devienne une realite’ vivante, c.a.d dans le present – Le merite de Ferhat, et maintenant d’un pillier literaire Sansal, et beaucoup d’autres biensur… Bref, cette separation, ou du moins le mouvement dans ce sens s’est eclaircit pour le reste de l’Algerie aussi, comme le revele le SCRUTIN de la semaine derniere. Le regime a pose’ la question a tous les Algeriens, et il a eu sa reponse UNANYME – SILENCE ! et de tous !

    La question qui se pose alors est: Faut-il que les Kabyles se mettent a jouer le role d’organisateurs-sorciers-savants, pour montrer aux autres comment donner une forme et une voix a leurs autonomies respectives? La reponse a mon humble avis est NON! Ca constituerait un retour a la promiscuite’ – ce a quoi ont joue’ les politique Kabyles, justement. Quand au contact? Absolument et d’une maniere formelle – La Kabylie a ses structures et c’est a travers celles-ci qu’il faut agir – Ca poussera les autres a aller plus loin encore, et tot ou tard, ils trouveront une voix a leur silence… qui n’est que l’expression de lautonomie de chacun et de tous. Il y a de l’espoir, car pour une fois, les algeriens et tous, la base barbue inclue ont exprime’ le meme desir et dans la meme langue – Celle du silence. C’est remarquable. Les populations n’ont pas essaye’ de s’ingerer dans la configuration du regime, elles se sont retire’es tout simplement. C’est un pas geant, pour tous.

  8. Azul,

    C’est un honneur d’avoir un écrivain de la trempe de Boualem Sensal soutenir la cause du peuple berbère. Par cette position, cet écrivain se démarque des autres scribouillards des salons feutrés,
    et les pseudo-intellectuels qui aiment les plats succulents de la cuisine d’Alger.

    Pour la Kabylie, c’est une autre page d’histoire qui s’ouvre. Pour que cette page ne subisse pas le même sort que celles qui l’ont précédées, une triple révolution s’impose: Intellectuelle, culturelle et cultuelle.

    La liberté d’un peuple s’acquiert, politiquement par la résistance, socialement par la solidarité, et culturellement par la réforme.

    Tel est le message de la philosophie des lumières.

    Kamal.

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