2ème Partie: Quelle économie pour la kabylie autonome

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Kabylie
Kabylie

CONTRIBUTION DE BOUAZIZ AIT CHEBIB (Tamurt) – Le développement repose sur la qualité des ressources humaines.MLa Kabylie autonome mettra au cœur de sa politique de développement la qualification des institutions éducatives, universitaires et des centres de formation pour améliorer l’intelligence et les ressources humaines et pour parfaire la qualité des prestations des institutions de façon générale.

La Kabylie, fera du kabyle sa langue administrative officielle. La politique d’arabisation sera abolie en faveur d’une politique linguistique digne des aspirations du peuple kabyle. Il y a lieu de rappeler que les vrais pays arabes n’utilisent pas la langue arabe pour l’enseignement de matières scientifiques. L’usage de la langue arabe dans les pays non arabes n’a qu’un seul objectif, parachever la dépersonnalisation des peuples linguistiquement et idéologiquement colonisés. Afin de capitaliser les acquis de nos élites scientifiques formés à l’étranger, les langues françaises et anglaises seront privilégiées pour les matières scientifiques. La Kabylie dispensera à ses enfants toutes les langues nécessaires à son épanouissement et à son rayonnement culturel, économique, social et politique.

L’école kabyle :

L’éducation va être la priorité de l’Etat kabyle. L’école kabyle sera un lieu de rayonnement scientifique qui va assurer une instruction de qualité garantissant une bonne transmission des savoirs fondamentaux ainsi que le développement optimal des capacités intellectuelles des élèves. Par son attachement aux valeurs fondamentales kabyles et son ouverture sur le monde, elle va contribuer à former une jeunesse kabyle fière de son identité, imprégnée des valeurs universelles de liberté, de démocratie et de laïcité, d’autant plus facilement que ces valeurs sont en parfaites adéquation avec les fondements identitaires amazighs qui ont traversé les siècles.

L’université kabyle :

En dépit de la volonté de l’Etat central d’arabiser le peuple kabyle via les institutions éducatives, l’investissement public réalisé dans l’éducation et la formation, sur plusieurs décennies, permet à la Kabylie de disposer de cadres, d’ingénieurs, de techniciens, de chercheurs dans un éventail de spécialités très ouvert.

Le nouvel Etat va débloquer tous les budgets nécessaires à l’extension des universités et à l’implantation de nouveaux centres universitaires en Kabylie.

Comme employeur important, comme lieu de formation et de rayonnement culturel, comme pôle de recherche et de transfert technologique, l’université sera un vecteur du développement économique.

L’université va être dans la Kabylie maîtrisant son destin un employeur important et un acteur économique de premier plan.
Les emplois qu’elle offre sont des emplois de qualité et stables. En dehors de certains besoins hautement spécialisés plus aisément comblés dans les grands centres, les biens et services courants qu’elle achète font de l’université un moteur économique important pour l’émergence et le maintien d’entreprises fournisseuses, elles-mêmes créatrices d’emplois. On n’oubliera pas ici l’impact économique de la circulation des personnes et de l’attraction qui s’y rattache. Et c’est sans parler des étudiants eux-mêmes qui, comme résidents consommateurs, constituent une force économique de premier plan: leurs dépenses en matière de logement, d’alimentation, de vêtements, de divertissements, de biens et services divers font vivre un nombre non négligeable de petites et moyennes entreprises.

L’université assurera la formation supérieure de la main-d’œuvre. Elle permet aux entreprises et les autres organismes employeurs, de trouver sur place un bassin suffisamment nourri de populations ayant complété des études de niveau universitaire. Cette offre fait souvent la différence dans les décisions des investisseurs.

L’engagement des universités kabyles sera un facteur déterminant de développement et de transfert de connaissances. La Kabylie autonome disposera de deux types d’établissements universitaires :
– Des établissements universitaires à vocation générale disposant d’un ensemble de programmes de premier cycle suffisant pour répondre aux besoins de la région.
– Des établissements universitaires spécialisés qui vont favoriser, aux cycles
Supérieurs, le développement de quelques créneaux judicieusement ciblés correspondant aux atouts et aux besoins spécifiques de la région. Et de favoriser, dans ces créneaux ciblés, I’ émergence de pôles d’excellence de calibre international.

Ces établissements constitueront des pôles de recherche et de transfert, générant des activités scientifiques et technologiques de haut niveau. Cela favorisera le développement des grands secteurs économiques et aussi l’attraction de nouvelles entreprises.

La formation :

 » La compétence est l’ensemble de savoirs et de savoir-faire intégrés et mobilisés par l’individu en fonction de sa personnalité et son attitude dans un contexte évolutif de socialisation, incertain et dynamique, pour accomplir avec succès des tâches ou des missions afin de satisfaire les besoins des clients ». (Chaabouni J. et Jouini K., 2005).

La compétence constitue de nos jours une source de l’avantage compétitif et de création de valeur ajoutée pour l’entreprise et pour la nation. Le développement des compétences repose sur une formation capable de s’adapter à un environnement changeant et très instable où les techniques et les modes de production ainsi que les normes et les exigences connaissent des mutations permanentes en profondeur.

Or, la formation professionnelle est la clé du développement économique. De ce fait, elle sera considérée dans l’Etat kabyle comme un investissement de grande importance à coté des investissements en infrastructure puisqu’elle est le facteur le plus déterminant quant à la survie et la pérennité des entreprises.
L’Etat régional, les acteurs sociaux et syndicaux ainsi que les entreprises concourront à l’élaboration de la politique de formation professionnelle. Des assises nationales de la formation auront à identifier les secteurs d’activités porteurs, en vue de former des jeunes citoyens à des métiers d’avenir répondant aux véritables besoins des entreprises. Ceci pourra contribuer à réduire l’hémorragie estudiantine qui, par manque de formation adaptée et d’universités compétentes, qui voit les étudiant kabyles fuir leur pays afin d’obtenir une meilleure formation et par la suite un emploi.

L’Etat kabyle aura à assurer deux types de formations professionnelles :

– La formation par apprentissage qui aura pour objectif de dispenser à des jeunes âgés de 16 à 25 ans une formation générale, théorique et pratique, pour acquérir un diplôme. Elle repose sur l’alternance entre l’entreprise et le centre de formation : l’apprentissage s’appuie sur un contrat de travail qui aura pour finalité l’obtention d’un diplôme.

Les grandes caractéristiques de la formation par apprentissage sont les suivantes :

– une participation directe à la vie économique : le contrat de travail du jeune peut prévoir de 60 à 75% du temps en entreprise ;
– une pédagogie d’alternance fondée sur l’utilisation systématique et immédiate des acquisitions réalisées en entreprise.

La formation professionnelle continue qui aura pour objectif de :

– favoriser l’insertion ou la réinsertion professionnelle des travailleurs;
– de permettre leur maintien dans l’emploi;
– de favoriser le développement de leurs compétences et l’accès aux différents niveaux de la qualification professionnelle;
– de contribuer au développement économique et à leur promotion sociale et professionnelle.

Les entreprises seront à la fois les lieux privilégiés de mise en œuvre de la formation et, avec l’Etat régional, les principaux financeurs de la formation professionnelle continue.

Les compétences d’aujourd’hui ne sont plus valables demain compte tenu de l’obsolescence des connaissances mises à disposition. Ce qui exige de la part des individus et des organisations un effort continu de développement des compétences. Il est fort admis que la formation constitue est l’un des moyens les plus efficaces pour développer les compétences des ressources humaines afin que l’entreprise gagne en compétitivité et en performance.

Nous vivons actuellement des mutations sans précédent à tous les niveaux: technologiques, organisationnels et environnementaux. C’est ce qui incite les Etats soucieux de garantir à leur pays un niveau de compétitivité appréciable et donc à investir dans le capital humain à travers une meilleure politique de développement des compétences mais aussi et surtout à investir dans une politique d’anticipation des nouvelles mutations technologiques, socioéconomiques et culturelles… L’argent dépensé à cet effet sera l’investissement le plus sûr pour la Kabylie.

Création et développement des PEM

De par le monde les PME jouent un rôle majeur dans la croissance économique et ce sont elles qui créent la plupart des emplois nouveaux. Elles créent 60 à 70 % de l’emploi dans la plupart des pays. Dans la zone OCDE, elles représentent 95% du tissu industriel.

Les PME sont le moteur de l’innovation et des performances industrielles. C’est pourquoi les pouvoirs publics kabyles vont réunir les conditions nécessaires pour la création et l’expansion de ces entreprises, afin d’optimiser les contributions que celles-ci peuvent apporter à la croissance.

La Kabylie étant délaissée par les politiques publiques algériennes d’investissement, le vide a été comblé par des PME privées , dont le développement, depuis le début des années 1980, a permis une diversification de son tissu industriel et une certaine montée en taille et en complexité technologique.

Des activités se sont développées, en partie ou totalement, en dehors des dispositifs de soutien et d’incitation mis en place. Dans la région de Souk-El Ténine, au Sud de Tizi-Ouzou, une centaine de micro-entreprises ont été créées par de jeunes promoteurs, dans la confection, à partir de processus d’imitation ou d’essaimage, en grande partie sans le recours aux différents dispositifs de soutien. C’est le signe qu’il existe des capacités entrepreneuriales importantes.
N’oublions pas aussi de mentionner un très dynamique secteur de la micro entreprise qui s’est développé dans les services (transport, maintenance-réparation) le bâtiment, la confection, l’ameublement et la menuiserie.

Le secteur privé recèle des potentialités remarquables, qui sont loin d’être exploitées.

A titre d’exemple les PME, de Vgayet ont exporté, durant l’année 2010, plus de 380.000 tonnes de marchandises selon les chiffres officiels. Ces flux record, réalisés par une dizaine d’entreprises, ont généré 16,5 milliards de DA, soit l’équivalent de 225 millions de dollars. Les produits exportés sont de nature diverse, quoique dominés par les produits agroalimentaires (huiles, sucre, boisson et laitages) et industriels, notamment les emballages, les produits ferreux et les lièges. Ces performances dénotent la capacité des PME kabyles à se faire à la concurrence aussi bien locale qu’étrangère et de s’imposer sur le marché international.

La Kabylie opérera une restructuration du secteur public, et lèvera toutes les contraintes sur l’investissement privé, cela favorisera la diversification et l’expansion du tissu industriel local et constituera un atout essentiel pour attirer de plus en plus d’investisseurs dans divers créneaux : la pêche, l’exploitation forestière et l’exploitation minière, la grande distribution, le tourisme, l’agro-alimentaire, l’électroménager, technologie de l’information, les travaux publics, le bâtiment, matériaux de constructions … Une politique incitative à la création du plus grand nombre possible de PME, structures à même de générer des richesses et des postes d’emploi, va se traduire par des mesures concrètes :

– Revaloriser les PME existantes.
– Faciliter la création et le développement des entreprises et améliorer l’accès au capital-risque et autres formes de financement.
– Alléger la fiscalité
– Favoriser l’entreprenariat, encourager les regroupements d’entreprises peut aussi améliorer les performances et la compétitivité des PME.
– Réduire les charges administratives qui pèsent sur les petites entreprises
– Faciliter l’accès au foncier industriel, l’accès aux crédits bancaires, à l’information.
– Encourager les réseaux qui rapprochent petites entreprises et investisseurs potentiels.
– Faire bénéficier les PME de mesures incitatives via un accès facilité aux marchés publics.

L’investissement étranger (IDE)

La Kabylie autonome, par son ouverture sur le monde et sa capacité à s’adapter aux exigences du monde moderne, sera en mesure d’accueillir et d’intéresser les investisseurs étrangers.

Jusqu’ici, l’Etat algérien, qui instrumentalise le salafisme et son bras armé, Al-Qaïda, fait tout pour dissuader les opérateurs étrangers d’investir en Kabylie. Deux compagnies seulement activent dans la région ; le groupe français Danone qui a installé, en 2002, à Vgayet (Bejaïa) sa filiale algérienne: Danone Djurdjura Algérie ; et le géant danois de produits pharmaceutiques, Novo Nordisk, installé en 2007 à Tizi Ouzou. Pourtant la Kabylie, offre d’importantes opportunités d’investissement que l’insécurité, orchestrée par le pouvoir central, ne permet pas d’exploiter. Les particularités et les ressources existantes, une fois libérées, feront de la Kabylie une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers. Mais elle dispose aussi de plusieurs atouts attractifs, entre autres :

– La position géographique stratégique d’une région méditerranéenne, séparée de quelques dizaines de kilomètres de mer seulement des grandes villes de sud de l’Europe comme entre autres Marseille, Naples, Barcelone… Cette position favorise les échanges internationaux.

– Le port de Vgayet, actuellement deuxième port algérien en termes de volume d’activité, derrière celui d’Alger, dessert un hinterland composé de sept wilayas du Sud Est du pays. Il dispose de ce fait des dessertes routières reliant l’ensemble des villes du pays, de voies ferroviaires et d’un aéroport international.
– La culture locale est caractérisée également par l’ancrage de la langue française que les populations ont sauvegardée au lendemain de l’indépendance de l’Algérie en 1962, ce qui permet de faciliter en conséquence le contact et l’adaptation des étrangers qui y sont établis.
– La laïcité et la tolérance, deux valeurs ancestrales et universelles qui rapprochent culturellement le peuple kabyle des autres peuples du monde.
– Des ressources humaines de qualité et un degré d’émancipation avancé.
– Importantes ressources naturelles et ses paysages attirants permettant le lancement de projets d’investissement dans le tourisme ; l’industrie, et l’agriculture.

La Kabylie, sera encore plus attractive une fois sa liberté est acquise. La valorisation de son riche potentiel passe impérativement par des campagnes de publicité et de promotion de son image pour la faire connaître à l’échelle planétaire pour ses ressources humaines, scientifiques, culturelles et naturelles.

Les investisseurs étrangers et les Kabyles de la diaspora, rassurés par la stabilité politique, les avantages fiscaux, l’Etat de droit, la sécurité retrouvée, l’absence de bureaucratie et de corruption, les infrastructures de qualité, les facilités d’installation pour les créateurs d’emploi stables, y afflueront. Des multinationales vont investir par la création de filiales en Kabylie, seules ou en partenariat avec des entreprises locales.

Les atouts énoncés ci-dessus, vont réunir les conditions nécessaires pour bénéficier du concours de la Banque mondiale et des partenaires européens pour financer de grands projets (forêts, hydraulique, industrie, énergies nouvelles, formation de masse…)

Par Bouaziz Ait Chebib

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