4ème partie, le Tourisme: Quelle économie pour la Kabylie

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Kabylie
Kabylie

CONTRIBUTION DE BOUAZIZ AIT CHEBIB (Tamurt) – De nombreux facteurs autant naturels qu’historique et humains ont contribué à faire de la Kabylie un espace attrayant d’une exceptionnelle beauté. Tout le monde s’accorde à l‘appeler : la suisse de l’Algérie. Elle dispose en effet d’importantes potentialités touristiques d’une grande variété qui font d’elle une destination idéale, actuellement peu et mal valorisée.

Elle renferme un potentiel naturel alternant entre un tourisme culturel (sites archéologiques et historiques), balnéaire (région côtière) et climatique (région de montagne) auquel il faut ajouter une richesse artisanale. C’est un immense gisement de pôles touristiques intégrant une infinie variété de produits. Un adjuvant aidant à un décollage touristique, voire économique.

La Kabylie regorge des potentialités touristiques certaines, de par sa situation géographique privilégiée et de ses importantes ressources naturelles et touristiques :

• Une côte de plus de 300 km de longueur. De Dellys à Ziama, plus de 30 % du littoral ; elle renferme près d’une centaine de plages paradisiaques. Le touriste ou le vacancier ne sera qu’émerveillé.

• Sa côte sauvage et très escarpée est pratiquement inexploitée. Le tourisme balnéaire avec des centaines de kilomètres de littoral vierge dont l’exploitation peut être prolongée par les opérateurs au-delà de la saison estivale par la promotion des sports aquatiques tels que la pêche sous-marine ou la voile, offre des possibilités d’investissement à même de booster la dynamique du tourisme en Kabylie.

• La Kabylie, en raison de grandes différences climatiques et topographiques, possède une grande diversité d’espèces dont un certain nombre sont endémique. Elle fait de l’Algérie avec l’Afrique du Sud, le pays d’Afrique comptant le plus de réserves de biosphère. En effet , la région possède des zone protégées : le Parc national du Djurdjura, le Parc national de Gouraya à l’ouest de Béjaïa et le Parc national de Taza sur la corniche kabyle entre Béjaïa et Jijel. Ces trois parcs ont même été classés réserve de biosphère mondiale par l’UNESCO, c’est-à-dire des zones modèles conciliant la conservation de la biodiversité et le développement durable. Le réseau de « Réserves de biosphère » créé par l’UNESCO compte actuellement 564 réserves naturelles et la Kabylie a elle seule en compte 3, d’une superficie de 254,2 km² soit 25420 hectares.
• Ces parcs nationaux ne manquent pas d’attraits en ce sens qu’ils favorisent le tourisme écologique grâce à la richesse de la faune et de la flore ; leurs stations climatiques, leurs monuments naturels et les particularités de leur géologie, leur géomorphologie et leur réseau hydrographique. Ceci, en plus des possibilités de pratiques d’activités comme la spéléologie, les randonnées pédestres, le ski, l’alpinisme et autres sports de montagne.

• La constitution de la géologie des sols a également marqué le relief superficiel et souterrain d’où l’apparition des gorges et des gouffres qui suscitent des visites de loisirs et des découvertes et un grand intérêt pour la recherche scientifique.

• La Kabylie, plusieurs fois millénaire, au fil des âges est devenue un réceptacle des civilisations des peuples ayant envahi Tamazgha en général et la région en particulier. Les différents sites et monument historiques existant à travers la Kabylie constituent un patrimoine d’une valeur inestimable dont l’exploitation correcte aura une retombée positive pour développement la région.

• S’agissant du tourisme de santé (thermalisme), La Kabylie possède un potentiel de haute valeur constitué de sources de grande qualité : Sidi Yahia El Aidli dans la commune de Bouhamza, Sillal à Tifra et El Qirya à Adekar, Hammam El Bibans – Hammam Ibainan , Hammam Guergour et Hammam Ouadda, Hammam Ksana …. Ses sources thermiques sont régulièrement fréquentées par des dizaines de milliers de curistes qui viennent des quatre coins d’Algérie, pour leurs caractéristiques curatives confirmées par les scientifiques.

La Kabylie a tout pour attirer les touristes étrangers. Chaque destination a ses propres atouts, mais ce qui intéresse le plus un étranger, c’est l’authenticité. Il est toujours habité par une curiosité touristique qu’il cherche à satisfaire par la découverte de faits culturels et sociologiques de lieux, d’objets naturels et qui n’ont pas été altérés par des artifices dénaturants. En sus du potentiel naturel extraordinaire, la Kabylie va faire valoir un autre atout important à savoir sa culture ancestrale , et qui se décline sous plusieurs facettes , la tenue, annuelle des fêtes nationales de la poterie à Maâtkas, du bijou à Aït-Yenni et du tapis à Aït-Hichem ( Aïn-El-Hammam) , festival de la poésie kabyle …. Constitue à ce titre un produit touristique d’une haute valeur. Aussi le mode de vie et la structure d’un village kabyle peuvent constituer un intérêt certain pour un touriste en quête d’exotisme, de découvertes et même de détente.

Le tourisme procure à plusieurs pays des rentes importantes, ce qui concourt au développement socio-économique. Il va constituer pour la Kabylie autonome un secteur alternatif aux ressources des hydrocarbures.

La Kabylie possède un véritable gisement d’atouts touristiques. Son exploitation va certainement doper l’essor économique par de nouveaux investissements créateurs de richesses et d’emplois dans une région qui en a grandement besoin. Pour ce faire, un grand chantier doit être ouvert dans le cadre d’un plan qui permettra de traduire des atouts naturels, culturels et historiques en offre touristique tout en veillant à bien déterminer les types de tourisme qu’on souhaite développer et ces derniers sont conditionnés par les vocations même des régions, leurs spécificités et potentialités.

La Kabylie va développer un tourisme durable, solidaire et équitable fondé sur : L’implication des populations locales dans les différentes phases du projet touristique, le respect de la nature et de l’environnement, la promotion de la culture, une répartition plus équitable des ressources générées et sur une juste rémunération des prestations locales pour les rendre accessibles à tous les budgets.

Le tourisme connaitra son essor par :

– La valorisation du tourisme en le mettant au cœur de la politique du développement économique.
– Le soutien étatique à la hauteur de l’importance de ce secteur stratégique.
– Une politique incitative via la lutte contre la corruption et la bureaucratie, l’accès facile au crédit, des avantages fiscaux pour encourager l’investissement.
– La moralisation de l’activité en luttant contre des trabendistes qui courent derrière le gain facile et rapide en ouvrant des agences- Omra ou agences-Tunisie, une pratique qui ne rapporte rien pour la Kabylie sur le plan économique , mais en plus constituent des fuites de capitaux vers des pays étrangers, ce dont notre peuple n’a vraiment pas besoin.
– La mise au cœur de la stratégie touristique des professionnels du métier.
– Inculquer à la population une culture touristique valorisant le secteur
– La formation des personnels de service
– Le développement des voies et réseaux divers,
– La préservation et l’entretien des éléments attractifs tels que les plages, les parcs et monuments historiques,
– Le recensement du potentiel patrimonial matériel et immatériel afin de mettre en lumière le patrimoine archéologique et historique de la Kabylie.
– La restauration et la protection des centaines de sites historiques et archéologiques que recèle la Kabylie.
– La modernisation des infrastructures hôtelières
– La création des zones d’extension touristiques ; la revalorisation de celles qui existent et leur exploitation de façon adéquate.
– L’encouragement des activités culturelles et artisanales. Il est unanimement admis que le tourisme et l’artisanat interagissent l’un sur l’autre. Le tourisme a autant besoin de l’artisanat que celui-ci de celui-là.

L’artisanat kabyle :

Sur le plan culturel, la Kabylie se distingue par sa richesse liée à son héritage séculaire valorisé par une production artistique et artisanale en perpétuel mouvement.
La production artisanale kabyle est riche de par sa diversité, son originalité et sa qualité. Elle recouvre 52 métiers portés par un important effectif d’artisans hautement qualifiés.
L’artisanat kabyle, héritage d’une vieille civilisation, expression d’un peuple artiste qui s’exprime par la poterie, la bijouterie, le tissage, la sculpture, la vannerie, la peinture, la musique, la danse…

D’une richesse incontestable, d’une étonnante variété tant dans les formes, que dans les techniques et les décors, cet art précieux a fait l’objet d’une multitude de travaux de recherche. Plusieurs auteurs universitaires ont traité ce sujet: T. Benfoughal, R. Martial, G. Marçais, J-B.Moreau, H. Camps-Fabrer, C. Lacoste- Dudjardin, G. Laoust-Chantréaux, J-C. Musso, M-A. Haddadou…

Historiquement, l’artisanat kabyle a joué un grand rôle économique et social. Il reste une source non négligeable de revenus et continue à constituer pour la population un complément de ressource indispensable.

L’artisanat kabyle est aujourd’hui menacé. La pénurie des matières premières, l’absence de soutien étatique, ont contribué à étouffer le marché de l’artisanat traditionnel. L’évolution technologique, l’apparition des métiers à référent industriel ont porté un coup funeste aux conceptions artisanales ancrées dans les foyers.

Ce secteur revêt une importance particulière, dès lors qu’il constitue un héritage fondateur de l’identité kabyle. Sa sauvegarde, sa réhabilitation et son intégration dans le processus de développement va avoir des répercussions positives, entre autres :

– Participation à la stabilisation et la promotion des populations rurales par l’élargissement du marché local et la création d’emplois nouveaux avec de faibles investissements
– Un apport conséquent en devises à l’économie.
– Sauvegarde et promotion du patrimoine culturel, ce qui va contribuer à l’extension de l’activité touristique.
-Des actions de sauvegarde et de développement en faveur de cet art ancestral doivent être entreprises :
– Création de musées des arts traditionnels
– Collecter tous les éléments constitutifs de cet art ancestral, les valoriser et les transmettre aux générations futures.
– Mettre le cap sur la formation afin de pérenniser cette activité séculaire et la développer par l’introduction de nouvelles techniques, afin d’enrichir et de diversifier davantage les produits locaux.
– Assouplir les conditions de recrutement des formateurs pour assurer la relève des artisans- enseignants qui partent en retraite.
– Promouvoir cette activité à la fois économique et culturelle, à travers une politique orientée vers l’exportation des produits kabyles comme le font si bien nos voisins marocains et tunisiens. Lors d’une rencontre sur les énergies renouvelables, l’ambassadrice de l’Autriche en Algérie, Mme Aloisia Worgette, a fait part du grand intérêt du marché autrichien pour les produits hors hydrocarbures algériens, artisanaux en particulier. «L’Algérie a à son actif un éventail de produits très intéressants, l’huile d’olive par exemple. Et puis, les bijoux kabyles auront certainement beaucoup de succès, car ce genre de produits n’existent pas en Autriche».
– Libérer les artisans et futurs artisans des contraintes bureaucratiques.
– Accorder des avantages fiscaux et faciliter l’octroi de crédits pour moderniser les ateliers existants et en créer de nouveaux, compte-tenu du fait que chaque atelier fait vivre au moins six ou sept familles.
– Multiplier l’organisation de salons d’artisanat, des expositions, des fêtes, etc. aussi bien ici en en Kabylie qu’ailleurs.
– Promouvoir de manière permanente le produit local pour faire face à la concurrence des produits étrangers qui inondent le marché algérien dans un contexte de mondialisation.
– Encourager les artisans à s’organiser en coopérative pour conjuguer leurs efforts afin de relever les défis de la concurrence déloyale.

La Kabylie recèle un énorme potentiel de développement d’activités artisanales. Chaque village a ses propres fabrications artisanales. Par sa diversité et sa richesse, l’artisanat kabyle est un gisement inépuisable à valoriser et à développer afin de perpétuer une culture et assurer l’essor du tourisme, un secteur qui fait vivre de nombreux pays.

Par Bouaziz Ait Chebib

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