Village Illounicène de la commune d’Ath-Yahia-Moussa : une école bien kabyle au profit des enfants kabyles

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Au niveau de cette école, fréquentée en permanence par une quinzaine de chérubins des deux sexes et dont l’âge varie entre cinq et quinze ans, on y dispense des cours de kabyle, français, anglais, allemand, histoire et civilisation, écologie et naturellement le civisme. Cette école qui a ouvert ses portes depuis seulement le début de l’année passée (2011) commence déjà à donner les prémices de bons fruits. Et comment ! A l’occasion de la journée nationale kabyle de l’étudiant, nous nous sommes déplacés sur les lieux. Les résultats constatés sont probants.

Dès notre entrée dans la classe, les élèves, comme une seule personne, nous ont déclaré en chœur la bienvenue. « Ansuf yiswen », nous ont dit ces enfants, pourtant pas plus hauts que trois pommes. Notre « intrusion » les a surpris en plein cours de langue kabyle. Après ce cours de langue, leur professeur les a dirigés dans la cour pour une autre leçon. Celle-ci a consisté à entraîner le cerveau de l’enfant à la petite pratique et la rationalité. Il était exactement question de savoir comment verser des jerrycans d’eau dans un bassin pour ensuite assurer un jet d’eau dans le robinet installé en plein milieu de la plate-forme du bassin, et ce avec des moyens électriques. L’objectif du professeur était de susciter la curiosité chez ses élèves sur « cette façon de faire ». Il va sans dire que la leçon leur a permis de comprendre tout le mécanisme du mouvement circulatoire de l’eau dans ce bassin qui, de loin, pour un oeil non exercé à une profonde observation pouvait paraître comme une ordinaire plate-forme cimentée avec des galets dessus.

Ce professeur ayant donné à ses élèves un cours en kabyle sur le mouvement circulatoire de l’eau n’est autre que M. Ahmed Amrioui, universitaire de son état. C’est lui justement l’initiateur de ce projet d’enseignement aux enfants de son village. A notre question de connaître ses motivations quant à la mise sur pied de cette école, M. Ahmled Amrioui répond : « L’école publique algérienne, à mon grand regret, est sinistrée. Je ne peux rester inactif, surtout insensible, au fait qu’après un certain nombre d’années de fréquentation de banc d’école, le jeune kabyle n’évolue pas dans le domaine de la connaissance et du savoir. Après réflexion et débats avec mes semblables, la conclusion tirée est des plus simples : le système de l’enseignement mis en place en Algérie souffre de carences. Et dans l’attente de sa révision totale, j’essaye d’apporter mon modeste concours aux enfants pouvant y profiter ». C’est donc cette volonté de colmater les brèches en fonction de son pouvoir que M. Ahmed Amrioui a décidé de se jeter dans le bain.

Tout d’abord, il a commencé par dégager un espace pour assurer l’enseignement. Ce dit espace n’est autre qu’un ancien garage situé même au bord de la route. L’ancien garage était jusqu’au mois de mai 2009 en état de ruine, il appartenait à la famille Amrioui. Ce n’est qu’une fois que ce projet de lancer des cours aux enfants de son village que M. Ahmed Amrioui a décidé de reconstruire la bâtisse et de la réaménager en école. Il va sans dire que les frais de reconstruction et de réaménagement ont été assurés par M. Ahmed Amrioui lui-même. Idem concernant l’ameublement et les opérations de décors nécessaires à la classe. Etant donné que la nouvelle du projet d’enseignement n’a pas tardé à parvenir aux oreilles attentives, voilà que des élèves et des enseignants commencent à sonner au carillon de l’école. C’est ainsi que l’école a ouvert ses portes dès le début de l’année passée.

A notre question de savoir pourquoi il n’y a pas de dispense de cours de langue arabe, notre interlocuteur nous répond tout de go : « aucune demande n’a été faite dans ce sens ». M. Ahmed Amrioui a ajouté qu’à sa connaissance, la langue arabe est assez bien enseignée à l’école. « C’est ce qui explique à mon sens la non demande de cours complémentaires à propos de cette matière », souligne encore notre interlocuteur. M. Ahmed Amrioui a formulé enfin son vœu de voir un peu partout en Kabylie l’implantation d’écoles pour donner un réel savoir aux enfants kabyles et leur permettre ainsi l’ouverture d’esprit vers l’universalité. « Car, il est grand temps d’arrêter les dégâts, sinon les limiter, qu’occasionne l’école publique algérienne », conclut M. Ahmed Amrioui.

Saïd Tissegouine

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