Fondation Tiregwa : Trois jours de rêve Amazigh à Tripoli (partie 1)

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Racid At Ali uqasi
Racid At Ali uqasi

CONTRIBUTION (Tamurt) – « L’historique forum du droit constitutionnel des Amazighs de Libye tel que vécu par la fondation TIREGWA invitée pour expliquer le modèle canadien de la Co-officialité linguistique. »

La journée du nouvel an amazigh 2963 sera inscrite en lettres d’or dans l’histoire de la Libye post-Kadhafi et de toute la Tamazgha. En effet, le siège de l’assemblée Libyenne, appelée le Congrès général national (CGN) a abrité ce samedi 12 janvier 2013 un forum consacré aux droits constitutionnels de la communauté amazighe du pays.
Le Congrès mondial Amazigh (CMA), qui fut un des principaux organisateurs de ce forum, était fortement représenté par son président actuel, le charismatique M. Fathi At Khelifa, son ex-président M. Belkacem Lounes, ses vice-président(e)s représentants les différents pays de Tamazgha (Algérie, Maroc, Tunisie, Égypte, Iles Canaries, Touarègues/Sahel). Ils/Elles ont presque tous/toutes pris la parole pour expliquer l’importance de l’officialisation de Tamazight pour la stabilité de la nouvelle Libye.
De nombreux représentants des missions diplomatiques en Libye (ambassadeurs et consuls) et un représentant de l’ONU étaient également présents. Un grand nombre de militants du mouvement associatif Amazigh de Libye ont pris part pour déclarer publiquement leur détermination à officialiser Tamazight dans la Constitution libyenne à l’instar de l’Union des Forces Nationales pour l’Authenticité, Appartenance et le Développement (UFNAAD). Celle-ci regroupe les représentants de plusieurs tribus arabophones (Houara, Zenata, Sanhadja, Lowata, Imuhagh et Qabayel) qui ont perdu leur langue amazighe à travers des siècles d’arabisation et des décennies de déni identitaire de la part de Kadhafi , mais qui militent pour le retour aux sources amazighes.
Le président de l’UFNAAD, Mr Lotfi El-Murtah, a fait un discours émouvant que vous pouvez suivre à partir de la minute 14: https://www.youtube.com/watch?v=JZ_Mj5Z9lyI.

{{ {Une présence de presque toute la classe politique Libyenne} }}

Il est à signaler la présence de nombreux membres du Congrès général national CGN (députés), les représentants des conseils locaux (régionaux) amazighs (Zwara, Nalut, Yefren, Jadou, Tiniri, Kabao, …) et des représentants du gouvernement libyen et de l’essentiel de la classe politique Libyenne. En particulier le président du CGN Mohammed Youssef el-Megaryef, le ministre des ressources hydrauliques Alhadi Suleiman Hinshir, la vice-ministre de la Culture Awatef Atashani, le ministre de la justice Salah Bashir Margani. Ce dernier a pris la parole au nom du gouvernement provisoire, puisque le premier ministre Ali Zeidan se trouvait le même jour, en ce jour de Yennayer (Quelle coïncidence!) à Ghadamès, une ville du désert Libyen, avec les deux chefs des gouvernements Algérien et Tunisien pour discuter de la sécurité des frontières.
Certains chefs de partis politiques comme Mohamed Sowan, Parti de la justice et de la construction (islamiste, 22 % des voix.) étaient présent. Par contre l’Alliance des Forces Nationales, la principale force politique (49% des voix) qui réunit une cinquantaine d’organisations politiques, des ONG ainsi que des personnalités indépendantes, était absente car son principal dirigeant Mahmoud Jibril, ancien chef du gouvernement de transition en 2011, pris à Benghazi n’a pas pu se rendre à temps au siège du parlement pour cause que son avion a fait du retard. Comme il tenait à souligner son appui à la constitutionnalisation de Tamazight, il a supplié les organisateurs à prendre la parole le soir même du méga concert prévue durant la soirée, avant même que les 5 chanteurs venant des quatre coins de Tamazgha (Niger, Maroc, Libye, Algérie), en l’occurrence Khaled Izri, Bambino, Dania Ben Sassi, Asma Bin Saeed et Takfarinas commenceraient leur gala. Chose faite, voir le discours de Mahmoud Jibril: https://www.youtube.com/watch?v=MIU7Kc4pJNo).
Parmi les premières interventions au forum sur les droits constitutionnels des amazighs de Libye, il est à noter celle du président du CGN Mohammed Youssef el-Megaryef, le fondateur du parti du front national, qui assume en même temps la fonction de chef de l’état. Il a démontré son appui total pour que Tamazight soit reconnu dans la prochaine Constitution comme langue officielle. Il a souligné qu’il estime «personnellement» qu’il y a un consensus unanime parmi les Libyens que les Imazighen et le Tebu forment avec les Arabes une composante fondamentale de la société libyenne, et que la nouvelle constitution devrait reconnaître Tamazight comme une langue officielle (Voir: https://www.youtube.com/watch?v=N3r0hronQPQ).
La ministre adjointe de la Culture, Awatef Atashani, a également exprimé son soutien pour que Tamazight soit reconnue par la Constitution, et a déclaré que le droit des Amazighs n’est pas seulement un droit politique, mais aussi un droit «légal», «culturel» et «historique». Elle a enchainée que le fait que les représentants des gouvernements et des organisations internationales ont répondu aux appels des Amazighs pour participer aux débats d’aujourd’hui est une grande victoire des Amazighs qui sont très patients mais fiers.
Le ministre de la justice Salah Bashir Margani, qui a parlé au nom du premier ministre, absent comme expliqué plus haut, a précisé que la future constitution libyenne protégera les droits de toutes les composantes du peuple Libyen.

{ {{Tamazgha était fortement présente}} }

Faut-il signaler encore la présence de plusieurs mouvements associatifs, organismes politiques, des personnalités scientifiques, culturelles et de la société civile venant de Tamazgha et de la diaspora à l’instar du linguiste et éditeur Achab Ramdan, de l’écrivain Ramdan At Mansour, Ahmed Dgharni du PDAM (Parti démocrate amazigh marocain), Yasmine Oubouzar, la représentante du GPK (Gouvernement Provisoire de la Kabylie), Hassan Id Belkacem, avocat, le fondateur de la plus grande organisation amazighe, Tamaynut, et expert auprès de l’ONU chargé des questions des droit des peuples autochtones africains.
Tous les représentants de Tamazgha au sein du congrès mondial Amazigh (CMA) était présents (Iles Canaries, Egypte, Azawad, Algerie, Maroc, Tunisie, Libye, …) avec son président Fathi At Khelifa et son chargé des relations internationales Lounes Belkacem.

{ {{Présence internationale forte dont la fondation TIREGWA:}} }

Enfin des représentants de plusieurs organisations et organismes internationaux de plus de 40 pays (Voir: https://www.youtube.com/watch?v=5at69ZnOIp0) à l’instar de la fondation Canadienne Tiregwa (www.tamazgha.ca), représentée par moi-même (Racid At Ali Uqasi) et mon collègue Fawzi At Hmed. Nous étions invités pour expliquer, dans notre prise de parole au parlement, le modèle de la Co-officialité linguistique au Canada et la stabilité politique, et du coup le développement économique que ça engendre, et qui fait du Canada un pays puissant et très respectée dans le monde. Nous avons aussi expliqué que d’autres pays émancipés ont plus de 2 langues officielles, comme la Suisse qui en a 4 dont le Romanche parlé uniquement par 0.4% de la population, ainsi que l’Afrique du sud qui en possède 11 langues officielles.
Ce sont des exemples de pays desquels la Libye de demain pourrait s’en inspirer pour aller de l’avant et se concentrer sur l’essentiel à savoir le développement économique, la bonne gouvernance, le bien-être social, la justice, et l’instauration de la vraie démocratie.

{ {{La grande surprise: Déclaration finale du forum sur les droits constitutionnels des amazighs de Libye}} }

Après avoir écouté les interventions des un(e)s et des autres, il est venu le moment qui a surpris tout le monde, y compris la classe politique Libyenne, à savoir la déclaration finale du forum sur les droits constitutionnels des amazighs de Libye. La déclaration en question est apparemment rédigée de commun accord avec tous les représentants politiques des régions Amazighes de Libye.
La version en Arabe est en annexe, en attendant la traduction finale qui est en cours, voici un extrait de la déclaration, que j’ai tenté de traduire approximativement. La déclaration rappelle que la nouvelle constitution doit répondre à l’esprit de la révolution libyenne, et qu’elle aura pour finalité de faire avancer le pays sans l’exclusion et aucune marginalisation. Elle doit asseoir un état moderne qui garantira l’égalité entre les citoyens, une véritable démocratie, les droits de l’homme, la primauté du droit, de la liberté, de la dignité et de la justice sociale. La nouvelle constitution doit prévoir que l’identité libyenne sera celle de l’état de la Libye, avec en primauté le fond amazigh, et ensuite tous les affluents de la civilisation et de la culture qui ont suivis. L’état Libyen doit s’engager à mettre en évidence les caractéristiques souveraines de cette identité, comme l’emblème de l’État et les symboles souverains tels que l’hymne national, la monnaie, les timbres, passeport, les médias, etc. La nouvelle constitution doit inclure la langue amazigh comme langue officielle de la Libye, et qu’elle doit être à égalité avec éventuellement les autres langues officielles (de mon point de vue, sous-entendu en plus de l’arabe, d’autres langues comme l’anglais, … pourraient être déclaré langues officielles). Une loi organique doit être élaborée, et qui détermine comment insérer la langue tamazight dans les domaines de la vie publique de l’État libyen, afin d’assurer sa protection juridique et la rendre active dans la vie de tous les jours. Enfin la nouvelle constitution doit assurer la réhabilitation de la doctrine ibadite.
A la question, que j’ai posée à un organisateur de ce forum sur le pourquoi de ce dernier point dans le communiqué, il m’a répondu que la doctrine Ibadite est profondément amazigh, séculaire et pacifique et qui tire son essence depuis des siècles de l’azref (le droit) Amazigh. Nous l’avons inclut dans la déclaration pour couper l’herbe sous les pieds des salafistes et wahabites qui sont des doctrines importées de l’Arabie, et qui ont fait tant de mal dans d’autres pays de Tamazgha/Afrique du nord comme l’Algérie, la Tunisie, Maroc et l’Egypte. Dans la même optique, mon interlocuteur a aussi enchainé sur le fait que nous avons décidé aussi de commencer notre communiqué par le fameux verset coranique tirée de la sourate Rome, qui est le suivant:
{{ {«Parmi Ses Signes, la création des cieux et de la terre et la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a là en vérité des Signes pour ceux qui savent. » (Coran 22).} }}
Nous l’avons fait pour mettre toutes les chances de notre côté, car depuis des décennies, les pouvoirs centraux de Tamazgha ont utilisé le coran pour justifier l’hégémonie de la langue Arabe, et par conséquent l’exclusion et la marginalisation de Tamazight, dans les institutions étatiques sous prétexte que le Coran est écrit en Arabe.
Pour revenir à la déclaration, celle-ci est d’abord lue en Tamazight par la fameuse journaliste Amazighe Mme. Sanaa Mansouri (qui a travaillé depuis des années à la chaîne Eljazeera), et ensuite par le représentant du conseil régional de Zwara Mr. Tarik El Atoushi (Voir : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=r-sbwtaqk90). Il est à préciser que tous les représentants politiques (locaux et nationaux/parlementaires) des 11 régions amazighs de Libye se sont mis debout derrière Mme. Sanaa Mansouri, et Mr. Tarik El Atoushi, comme montrer à l’opinion nationale et internationale, qu’ils parlent tous de la même voix et qu’il y’a consensus sur les décisions prises dans la déclaration finale.

(A SUIVRE …)

Racid At Ali Uqasi
Fondation Tiregwa

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