Tizi Ouzou – Hommage à l’intellectuel combattant, feu Ali Hammoutène

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Si vous si vous additionniez les portraits des stars hollywoodiennes, Tyrone Power et Peter Falk et que vous les découpiez en deux, vous obtiendrez celui de feu Ali Hamoutène, l’intellectuel combattant du FLN qui a été assassiné le jeudi, 15 mars 1962 à El-Biar (Alger) avec ses cinq autres collègues et amis dont Mouloud Feraoun par un commando de l’Organisation Armée Secrète (OAS). C’est pour rappeler un tant soit peu la dimension de ce martyr que la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, en collaboration avec sa famille de sang (la famille du défunt), a organisé, hier, au niveau de son espace une journée d’études ayant porté sur sa vie et son combat pour que l’Algérie hisse le drapeau autre que le tricolore et chante un hymne autre que la Marseillaise de Rouget-de-Lisle.
Et cette manifestation commémorative de la 51ème année de la disparition de ce « géant » du mouvement national d’abord, de la guerre d’indépendance ensuite, s’est traduite par le recueillement sur sa tombe, sise au cimetière de M’douha, une projection d’un film documentaire sur l’OAS et une table ronde animée le Dr Mohand Hammoutène et qui n’est autre que son propre fils (le fils du martyr Ali Hammoutène) et les écrivains, Youcef Merahi et Mohammed Hammoutène.
Ce dernier est un cousin proche de feu Ali Hammoutène. En ce qui le concerne, Youcef Merahi a apporté une critique et un éclairage sur le livre du martyr intitulé : « Réflexions sur la guerre d’Algérie ». Les deux autres conférenciers ont quant à eux apporté des éclairages sur la vie et l’engagement politique du martyr pour l’indépendance de l’Algérie. Par ailleurs, dans le hall principal de la maison de la culture Mouloud Mammeri étaient exposés au public la photo du martyr, son livre « Réflexions sur la guerre d’Algérie », des articles et réflexions journalistiques lui ayant été consacrés et autres documents, témoins perpétuels de son engament dans la lutte nationale. C’est le cas du document judiciaire « assignation à prévenu » établi par le tribunal de Tizi-Ouzou le 02 mai 1950 et numéroté 326 dont la portée était la sanction et de son célèbre journal consacré aux événements de la guerre d’indépendance. Le journal d’Ali Hamoutène est semblable à celui de Mouloud Feraoun. En effet, l’auteur ne parlait pas de lui dans son journal mais signalait et commentait des événements dont il était témoin.
L’autre document considéré aujourd’hui comme une pièce historique est la lettre rédigée par le martyr à Paris, le 02 mars 1962, soit 13 jours avant son assassinat.

Le manuscrit est d’apparence innocent mais sa lecture attentionnée renseigne que son auteur avait de lourdes responsabilités. Voici donc son contenu : « Mon séjour à Paris se passe très bien. Je vais devoir le prolonger de quelques jours pour terminer de prendre des contacts avec certaines personnalités que je dois voir pour régler les problèmes concernant les Centres Sociaux. Mouloud ainsi que sa famille vont très bien. Je vis chez eux et ils m’ont réservé comme de coutume un accueil affectueux. Je partirai donc mercredi et je serai parmi vous jeudi à Tizi-Ouzou. J’espère que vous allez très bien. Je compte beaucoup en la sagesse d’Ahmed pour organiser le travail de ses petits ».

Biographie d’Ali Hammoutène selon les organisateurs de la manifestation

Ali Hammoutène est un inspecteur de l’Education nationale et directeur adjoint des Centres sociaux éducatifs d’Algérie né en 1917 à Tizi-Ouzou, en Kabylie, et mort, victime de l’assassinat de Château-Royal perpétré le 15 mars 1962 par un commando Delta de l’Organisation armée secrète (OAS).
Educateur de valeur, nationaliste et militant pour l’indépendance de l’Algérie et pour l’émancipation de la jeunesse algérienne. Il pénétra dès 1939, alors qu’il était instituteur, les milieux politiques pour adhérer d’abord au PPA puis au Front de Libération Nationale.
Appréhendé à plusieurs reprises par les autorités militaires françaises : une mesure d’interdiction de séjour à Tizi-Ouzou fut prise alors contre lui pour motif d’atteinte à la sûreté de l’Etat français. Il dut alors quitter Tizi-Ouzou pour s’installer avec sa famille à Alger.
C’est dans la capitale, plus exactement à El-Biar qu’il sera assassiné le 15 mars 1962, soit quatre jours seulement avant la signature des accords d’Evian en compagnie de cinq de ses collègues des Centres Sociaux éducatifs d’Algérie.
Il faut reconnaître qu’en évoquant la vie d’Ali Hammoutène, on ne peut s’empêcher d’avoir à l’esprit « la complainte du petit cheval blanc » de Paul Fort. Oui, le petit cheval blanc du célèbre poète français n’a pas connu le printemps. Feu Ali Hamoutène n’a pas connu non plus la joie de l’indépendance nationale. Il y a lieu de signaler enfin que l’écrivain Mohammed Hamoutène est aujourd’hui en pleine écriture d’un livre sur le martyr. « Ce livre dans lequel j’ai apporté beaucoup de nouveautés, sera bientôt disponible pour la lecture », a annoncé son auteur.

Addenda : Beaucoup d’élèves de feu Ali Hamoutène ont rejoint le FLN-ALN durant les années de feu.

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