Musée du Moudjahid de Tizi-Ouzou – Hommage à un grand héros de la révolution de Novembre : feu Mohamed-Arezki Allouache

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HOMMAGE (Tamurt) – Historiens et analystes des guerres sont unanimes que la guerre d’indépendance de l’Algérie est l’une des plus intelligentes tant par sa conception et par son mode exécutoire, et ce depuis le début de l’ère des guerres dites « modernes » à ce jour. Cela doit être sans doute l’une des fiertés nationales. La guerre que livra le FLN à la quatrième puissance mondiale laquelle a duré sept ans et demi est aussi l’une des guerres les plus sanglantes après la Grande Guerre et la Seconde guerre mondiale.

Les Algériens ont versé beaucoup de sang pour leur liberté. L’un des héros de cette guerre sanglante est le martyr Mohamed-Arezki Allouache, originaire du village Tarihant dans la commune de Boudjima (Tizi-Ouzou). Le musée du Moudjahid de Tizi-Ouzou lui a rendu aujourd’hui un vibrant hommage à travers une grande manifestation.

Ont pris part à ce rendez-vous des Moudjahidine comme Mohamed-Saïd Challal dit « Moh-Kaci », Ouali Aït-Ahmed, le compagnon d’armes du Chahid, Smaïl Bennane, Mohand-Ouramdane, Arezki Mami, Mohand-Arezki Oultache dit « Mohand-Ouali » et tant d’autres responsables de l’ONM (organisation nationale des Moudjahidine) ainsi que des enfants de Chouhada dont Mohamed Benziad. Il va sans dire aussi que la population de Tarihant dont les membres de la famille du Chahid à l’instar de sa veuve, Na Dehbia, elle-même Moudjahida, était venue en force.

Comme, il fallait s’y attendre, après l’ouverture de la cérémonie qui fut marquée par l’écoute de l’hymne national suivi d’une succession de youyous stridents, les organisateurs ont commencé par diffuser sur écran le portrait du Chahid avant d’inviter des personnalités l’ayant connu et combattu à ses côtés.

Le produit filmique renseigna l’assistance que le Chahid Mohamed-Arezki Allouache est né au village de Tarihant, commune de Boudjima au cours de l’année 1913 dans une famille qui devait travailler extrêmement dur pour survivre. Le défunt était encore enfant quand il a commencé à participer aux pénibles activités lucratives de la famille qui étaient principalement d’essence paysannes. En clair le travail de la terre. Et à fur et à mesure qu’il grandissait, Mohamed-Arezki fournissait plus d’effort. A peine sorti de l’adolescence, il prit conscience, à l’instar de beaucoup d’Algériens à l’époque, l’ordre politique imposé par la France coloniale était injuste, excessivement injuste même. C’est pourquoi aussi, il fit son entrée au PPA (Parti Populaire Algérien) où il apprit davantage sur l’iniquité que subissait le peuple algérien. Au sein du PPA-MTLD, la formation politique de Mohamed-Arezki Allouache était complète. C’est pourquoi, il dira quelques temps plus tard : « Si un Algérien venait à rejoindre le maquis, moi je serais le second ! ».En 1952, alors âgé de 39 ans, l’homme décide d’émigrer en France car même si la révolution est en marche, il faut bien manger. En Algérie, la misère étouffait chaque jour davantage le peuple. Avant de partir, feu Mohamed-Arezki Allouache donna des instructions strictes à sa famille et ses camarades militants : « Dès que les premiers coups de feu retentiront, vous m’informerez car ma place sera dès lors au maquis ». Deux ans plus tard, plus exactement le premier novembre 1954, la France coloniale entendit le langage des armes. Voilà donc Mohamed-Arezki Oultache qui rentre au pays. A peine embrassé les siens, il est contacté par le FLN. En dépit de son insistance à rejoindre le maquis, les responsables du FLN ne fléchissent pas : « Tu seras plus utile pour la révolution en tant que collecteur de renseignements, d’argent et vivres et organisateur ! ». L’ordre est formel. Voilà donc mohamed-Arezki Allouache, agent de renseignement, collecteur de vivre et d’argent et organisateur des éléments civils de la Révolution. Et naturellement, son domicile servait de lieu sûr pour la cachette de documents secrets du FLN et des armes. Au fur et mesure que la guerre continuait, les missions du groupe de fidaïs de Tarihant augmentaient en nombre et en nature. En effet, les opérations de sabotage des installations et infrastructures militaires françaises et des embuscades contre l’ennemi furent inscrites à la feuille de route du martyr Mohamed-Arezki Allouache et ses compagnons.

Mohand-arezki Oultache dit « Mohand-Ouali » apportera un témoignage précis sur l’une des embuscades tendues à l’ennemi aux alentours du village de Tarihant. Cependant, sans doute à la suite d’une délation, feu Mohand-Arezki Allouache fut arrêté en 1956 par les forces coloniales et sera emmené à leur centre de torture sis à Makouda. « Il sera sauvagement torturé par ses bourreaux », dira le Moudjahid Arezki Mami. « Cependant, ajoute ce témoin, par la foi qu’il avait en la Révolution, le martyr ne fit aucun aveu et, par conséquent, la structure et l’organisation du FLN de la région ne connut aucune modification ».

L’année d’après, soit en 1957, le défunt se retrouva dans le massif forestier de Mizrana en mission. Aussitôt, le renseignement parvint aux Moudjahidine selon lequel Mohamed-Arezki Allouache était activement recherché et son domicile était constamment surveillé. Le FLN n’eut alors d’autre choix que de l’enrôler dans les rangs de l’ALN. Le martyr était âgé de 44 ans. Après son enrôlement dans l’ALN, il fut transféré à Larbaâ Nath Irathen. Trois ans plus tard, plus exactement le 18 mars 1960, il mourut les armes à la main au maquis d’Ihssounène, dans le douar d’Aït-Oumalou, commune de Larbaâ Nath-Irathen suite à un accrochage avec l’ennemi qui a duré deux heures et quart. Son compagnon d’armes ayant survécu à cet accrochage sanglant, le Moudjahid Smaïl Bennane dit « Si-Smaïl » raconte : « Ce jour-là, nous étions deux groupes de Moudjahidine. Le premier était composé de 11 combattants et le second où le martyr Mohamed-Arezki Allouache et moi-même faisions partie était composé de 05. Le premier groupe était dans une cabane et nous autres en pleine nature, cachés dans les fourrés. Soudain, nous entendîmes les aboiements d’un chien. Par expérience, nous avons appris que lorsque un seul chien était mobilisé pour la recherche, l’ennemi connaissait presque avec certitude notre position. Cela veut dire aussi que nous avons été victimes d’une délation. Quand c’était toute une meute de chiens qui était mobilisé, les recherches étaient déclenchées au hasard. Au cours de cette matinée du 18 mars 1960, il n’y avait qu’un seul chien. Au bout de quelque temps, voilà ce chien qui arrive jusqu’à nous. Notre choix était fait : nous battre. Donc, un coup de feu mit fin à la vie du chien. Aussitôt, un adjudant poussa un cri : « Ils ont tué le chien ! ». Aussitôt, une section de harkis de Tizi-Rached et les Dragons de Larbaâ Nath Irathen arrivèrent sur nous. Notre faiblesse était surtout la quantité extrêmement insuffisante de munitions. L’accrochage dura de 11h 45 jusqu’à 14 heures. Le martyr Mohamed-Arezki Allouache était à dix mètres seulement de moi quand je l’ai vu mourir. Il fut mortellement touché par un engin explosif. Deux autres de mes compagnons trouvèrent une mort héroïque ce jour-là ».

Si Smaïl, originaire de Larbaâ Nath Irathen fut soudainement sujet à une forte émotion. Après ce témoignage saisissant, la parole fut ensuite successivement prise par d’autres Moudjahidine. Si-Ouali Aït-Ahmed dira que trois éléments étaient à l’origine de la victoire du FLN sur la France qui était la quatrième puissance mondiale. Le premier : l’union des Algériens. Le second : la dimension politique et le troisième est l’esprit de sacrifice. A l’issue de cette même intervention, Si-Ouali Aït-Ahmed plaida pour l’écriture et l’apprentissage de l’histoire par les Algériens. «Ce n’est pas à l’ennemi d’apprendre à nos jeunes l’histoire de ce pays », a crié l’orateur avant d’ajouter : « L’ennemi n’a pas oublié ce qui s’est passé et le plus grave pour nous, c’est qu’il tente de raconter l’histoire à sa façon ». Un autre intervenant criera haut et fort que « l’histoire ne s’achète pas ! ». Le Moudjahid a fait allusion à ceux qui tentent d’écrire l’histoire de la guerre d’Algérie selon leurs intérêts. L’homme a rappelé le grand rôle joué par la Kabylie lors de la guerre d’indépendance.

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