Tizi-Ouzou : Séminaire sur « la présence des femmes dans les institutions : état des lieux et perspectives »

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Journée internationale des femmes
Journée internationale des femmes

SOCIÉTÉ (Tamurt) – « La présence des femmes dans les institutions : état des lieux et perspectives », tel est le séminaire organisé hier, jeudi, à Tizi-Ouzou par l’association culturelle « Amusnaw » au niveau de l’espace de l’APW et avec l’appui de cette institution élue.

Cette rencontre éminemment scientifique a regroupé fort bien l’élément féminin puisque des représentantes du mouvement associatif féminin sont venues de Constantine, Annaba, Tlemcen, Oran, Alger, Béjaia et de tant d’autres wilayas du pays. Par ailleurs, les communicantes et autres intervenantes sont toutes des intellectuelles et, par conséquent, leurs propos sont loin d’être logomachiques ou amphigouriques d’où, rappelons-le, le caractère éminemment scientifique de cette rencontre.

La première communication laquelle a pour thème « Stratégie des organisations de la société civile pour imposer la politique des quotas pour la participation des femmes dans la vie politique » a été donnée par Mme Nadia Aït Zaï, chargée de cours à la faculté de droit de l’université d’Alger et également directrice du centre de documentation sur les droits des enfants et des femmes. Lors de son intervention, cette universitaire a souligné et défendu vaillamment l’idée de l’apport des partis politiques quant à l’octroi des postes de responsabilités aux femmes, car de cette possibilité d’accès aux postes à responsabilité donnée à l’élément féminin que « l’on peut réellement parler de l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Toutefois, Mme Nadia Aït Zaï n’a pas caché sa « contrariété » devant « la méfiance, voire le mépris des hommes envers les femmes » au sein même des appareils politiques. Enfin, et ce, après une longue historicité sur « les différents comportements de la société changés par les femmes, grâce à leur implacable ténacité », la communicante se félicitera de loi 31 bis du mois de janvier 2012 imposant un quota femmes au sein des institutions élues.

Pour la deuxième communication laquelle aura pour thème « Lecture critique de la loi portant participation des femmes en politique » sera donnée par Mme Leïla Hadj Arab, avocate de son état et cadre au sein du parti politique, Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Cette intervenante, connue pour son long parcours militant pour l’instauration d’une réelle démocratie en Algérie a balayé d’une « chiquenaude » la thèse défendue par Mme Nadia Aït Zaï quant à l’apport de la loi du 12 janvier 2012 en matière des droits de la femme.

Mme Leïla Hadj Arab a souligné que le texte de la loi en question « est très court ; il ne comporte que 08 articles et son champ d’application est très restreint puisque elle limite l’accès de la femme à la politique aux seules instances élues ». L’intervenante, avec toujours le verbe fort et très sélectionné, accusera le pouvoir d’avoir utilisé cette loi du 31 bis du 12 janvier 2012 comme un leurre car « dans le fond, ce pouvoir ne vise aucunement une représentation égale des femmes et des hommes dans les assemblées élues ni d’augmenter concrètement le nombre de femmes élues ».

Prolixe dans son intervention, à l’instar d’ailleurs de toutes les intervenantes, l’auteur de la thématique « lecture critique de la loi portant participation des femmes en politique » poursuivra son « réquisitoire » contre cette loi et le pouvoir en soulignant qu’elle ( la loi) ne fait aucune obligation pour une représentation féminine significative au gouvernement ni même au sein de la chambre haute du Parlement, le Conseil de la nation ». « Depuis la promulgation de cette loi, ajoute l’intervenante sur ce même chapitre, plusieurs changements et remaniements du gouvernement ont été opérés sans une percée de l’élément féminin. C’est ainsi que le nombre de portefeuilles ministériels brigués par les femmes est resté le même depuis plus d’une décennie ».

La cadre du RCD remarquera aussi : « Le même constat est valable pour le conseil de la nation où aucune femme n’est élue. Seules dix femmes ont été désignées sur les 48 membres du tiers présidentiel (une femme vice-présidente, 06 membres du bureau et seulement 04 femmes désignées aux commissions permanentes regroupant 21 membres ».

Enfin, après avoir formulé des suggestions quant à une réelle implication de la femme dans les institutions et plaidé que l’émancipation de la femme ne réside pas seulement dans l’environnement et le cercle politique, Mme LeÏla Hadj Arab dénoncera vigoureusement « la partialité du pouvoir » vis-à-vis du mouvement associatif. « Je ne comprends pas pourquoi l’association « Femmes de Kabylie » n’a pas encore obtenu agrément », a clamé haut et fort la cadre du RCD.

En ce qui la concerne, Mme Soumia Salhi, psychologue de son état, cadre de l’UGTA et présidente de l’Association pour l’Emancipation de la Femme (AEF) fera une communication autour du thème « la réalité des femmes dans l’UGTA, une féminisation en devenir ». La communicante mettra en avant la réalité selon laquelle en dépit de leurs compétences, leur engagement et leur nombre, les femmes sont peu élues aux postes à responsabilité au sein du plus vieux syndicat algérien.

Mme Soumia Salhi parlera du phénomène sociétal. Elle désignera également certains facteurs comme étant principaux responsables du frein empêchant les femmes d’accepter certaines missions ou activités. La communicante citera l’exemple d’un établissement devant abriter une rencontre des syndicales et où l’alcool coulait à flot. « Pour éviter d’être mal vues et mal considérées, les femmes syndicalistes ont préféré tout simplement s’absenter à cette réunion ». « Le qu’on dira-t-on », selon Mme Soumia Salhi, a bien empêché les femmes d’évoluer ou même s’acquitter de leurs missions syndicales comme il se doit.

La dernière femme à faire une communication est Mme Ounissa Daoudi, Maître de conférence à la faculté de droit et des sciences administratives de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. « Conscientisation sociétale du phénomène de violence à l’égard des femmes : priorité citoyenne », est le thème de sa communication. Pour cette universitaire, il n’est plus ou pas question de parler de femmes battues mais de violences subies par les femmes. « Car, affirmera Mme Ounissa Daoudi, il y a une multitude de violences que subissent les femmes et la plus violente est sans conteste celle qui est de nature psychologique ».

L’intervenante citera une « batterie » de cas où la femme subit une violence. Les débats, très houleux, prouveront cependant que la perception et l’interprétation des droits de la femme ne feront pas l’unanimité chez les femmes. Même les auteurs de la violence envers les femmes ne proviennent pas toujours de l’homme. Et c’est Mme Yamina Ould-Chikh, avocate, enseignante à l’université de Tizi-Ouzou et cadre du Front de Libération Nationale (FLN) qui, la première, cassera « la baraque » en soulignant que bien souvent, ce sont les femmes qui manifestent la violence et le mépris envers les femmes. « Si on cite l’exemple des divorces, remarquera cette intervenante au verbe « très acéré et très pointu », l’idée et le forcing proviennent dans la plus part des cas de la part de la belle-mère ou de la belle-sœur ».

Abordant ensuite le cas de l’élection, Mme Yamina Ould-Chikh pointera également un doigt accusateur sur l’élément féminin. « Même en étant des électrices en nombre suffisant, elles (les femmes) ne votent pas pour la ou les femmes candidates ».

Abordant ensuite, le côté pénal et correctionnel, l’intervenante plaidera pour la prise en charge par la criminelle dans le cas de violence envers la femme. Dans la même optique, Mme Yamina Ould-Chikh plaidera pour la mise en place réelle et effective de mécanismes juridiques car seuls garants de la défense et la préservation des droits de la femme. Cet avis sera d’ailleurs partagé et défendu par Mme Leïla Hadj-Arab.

S’agissant de la présence de femmes aux postes sensibles comme le fauteuil présidentiel, l’unanimité ne sera pas non plus au rendez-vous des participantes. En effet, pour les femmes partageant le principe de « l’islam comme valeur intrinsèque et référence ultime d’un peuple musulman », il est prohibé de placer une femme à la tête de l’Etat. Les intervenantes et adeptes de cette valeur se sont référées au hadith qui stipule « Soit maudit le pays dirigé par une femme ». Sur ce cas, les femmes dites « démocrates » et les femmes dites « islamistes » se sont affrontées sur la signification et l’interprétation du concept d’ « émancipation de la femme ». Et comme, rappelons-le, les participantes sont toutes des universitaires, les unes et les autres ont bien joué du verbe.

Il y a lieu de souligner en dernier M. Mohamed-Saïd Siagh, psychologue et consultant, a fait une communication sur le thème : « Présentation de l’étude sur la perception de la société de l’engagement des femmes dans la vie publique et politique ». L’intervenant a défendu l’idée que la recherche des femmes quant à leur émancipation n’est ni propre à l’Algérie ni limité par l’élément temporel.

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