L’opération « Oiseau bleu » revisitée à Tizi-Ouzou

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CULTURE (Tamurt) – Comme nous l’avons annoncée dans notre édition précédente, l’opération « Oiseau bleu » a été revisitée hier, jeudi, à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou dans le cadre d’un colloque organisé, rappelons-le, par l’Organisation Nationale de la Jeunesse Algérienne (UNJA), Secrétariat de wilaya de Tizi-Ouzou.

Conformément au programme tracé, les travaux ont commencé par la projection d’un film-documentaire réalisé par Mme Razika Mokrani, et ce, en présence de la réalisatrice. Le documentaire a laissé entendre du côté français les témoignages du célébrissime historien, Benjamin Stora, Camille Lacoste-Dujardin, le général à la retraite Maurice Faivre. Du côté algérien, le témoignage a été surtout apporté par le sociologue et officier de l’ALN, Mohamed Chikini.

L’éclairage de Benjamin Stora a été très important et très explicite. En effet, l’historien français qui s’est spécialisé dans l’histoire de l’Algérie contemporaine a fait l’historique du mouvement national algérien depuis sa naissance jusqu’à son éclatement. Le retrait de confiance à Messali Hadj puis son isolement a été évoqué par Benjamin Stora. La première confrontation entre les éléments du PPA avait pour origine « le choix de l’identité » de la future Algérie indépendante. Cette affaire est connue sous l’appellation de « la Crise berbériste ».

A comprendre les analyses de Benjamin Stora, on peut se rendre compte que ce sont là les éléments que les services secrets français qui, une fois la guerre déclarée par le FLN, ont voulu exploiter en 1955-1956 casser la révolution avec la mise sur pied de l’opération « Oiseau bleu » ou « Force K ».

De son côté, Camille Lacoste-Dujardin a souligné, face à la caméra de Mme Razika Mokrani, certains éléments portant directement sur la spécificité kabyle. Camille Lacoste-Dujardin, ethnologue de son état, et, pour les besoins de ses travaux de recherche a séjourné à Iflissen, a déclaré que l’ordre colonial français a mal jugé la mentalité kabyle.

A la fin du film, la réalisatrice a pris la parole pour informer l’assistance des difficultés qu’elle a rencontrées outre-mer dans sa quête d’archives sur cette affaire « Oiseau bleu ». « Si officiellement la France a ouvert ses archives aux curiosités sur la guerre d’Algérie, il n’en demeure pas moins que la réalité est tout autre », a-t-elle indiqué avant de préciser que le général Maurice Faivre n’a pu faire d’autre que de puiser dans ses archives personnelles.

La deuxième partie du colloque a consisté à recueillir les témoignages de trois Moudjahidine et qui ne sont autre que Mohamed Ouzaïd dit « Mouh Oumouh », originaire de Tifra (Tigzirt), Amar Ourezki, originaire d’Ath-Zmenzer et Ouali Aït-Ahmed, officier de l’ALN et chercheur.

Les deux premiers cités ont témoigné sur des faits événementiels qu’ils ont directement vécus sur le terrain. Mouh Oumouh de Tifra a témoigné qu’une fois les Français se sont rendus qu’ils se faits bernés par le FLN dans cette opération « Oiseau bleu », ils n’ont pas tardé à signer leur revanche laquelle a coûté très chère au FLN. Dans une opération de ratissage menée à Agouni-Ouzidhoudh (Iflissen), l’armée française a tué exactement 107 personnes dont 97 sont des combattants de l’ALN. En évoquant cette opération particulièrement dure pour le FLN, l’orateur a fini par avoir la gorge nouée. Beaucoup de ses compagnons d’armes sont morts dans ces durs combats qui ont duré plusieurs jours d’affilés.

Amar Ourezki a indiqué également que juste après la découverte de l’échec de l’opération « Oiseau bleu », les forces soldatesques françaises ont mené une opération de ratissage dans tout le versant sud de Tizi-Ouzou, soit à partir des Ihsnaouène jusqu’à la limite sud d’Ath-Zmenzer.

En revanche, Ouali Aït-Ahmed a mis l’accent sur l’aspect stratégique, psychologique et politique de cette opération. De même, l’officier de l’ALN a déclaré que l’argent gagné dans cette opération « Oiseau bleu » a servi, sur orientations et ordres de Krim Belkacem, à financer les wilayas des Aurès, Oran, Tlemcen, l’Algérois et la wilaya 6. Selon Ouali Aït-Ahmed, la wilaya 3, à sa tête Krim Belkacem, en a décidé ainsi pour maintenir l’unité nationale et faire comprendre à la France que c’est l’ensemble du peuple algérien qui la combattait. Enfin, le conférencier révèle que l’homme qui a su exploiter l’opération « Oiseau bleu » au profit exclusif du FLN n’était autre que Zaïdat Ahmed d’Azazga. Ouali Aît-Ahmed reviendra sur un bon nombre de détails, rapportés déjà dans notre édition de mercredi dernier.

Notons enfin qu’avant la fin du colloque, les organisateurs ont remis des prix aux Moudjahidine ayant témoigné sur cette opération, la réalisatrice du film-documentaire, l’APW de Tizi-Ouzou pour « sa session consacrée à la demande d’officialisation de tamazight » » et Ould-Ali El-Hadi pour « son travail rigoureux et sa persévérance dans l’aide qu’il apporte au mouvement associatif ».

Addenda: Par son témoignage, l’officier de l’ALN et chercheur, Ouali Aït-Ahmed, a démontré que c’est la Kabylie qui, non seulement, a veillé à l’unité du peuple algérien mais aussi fait seule la guerre à la France coloniale pour que l’Algérie connaisse enfin une indépendance. Notons également que l’UNJA a récompensé l’APW de Tizi-Ouzou pour sa demande d’officialisation de tamazight. Jusqu’à preuve du contraire, le ministère de l’intérieur et des collectivités locales n’a pas encore approuvé cette délibération en question. Là n’est pas le problème. En effet, là où il y a une odeur pas du tout saine, c’est cette tentative de l’APW de Tizi-Ouzou de s’accaparer la paternité du combat pour l’officialisation de tamazight. Nos lectrices et lecteurs doivent savoir que le pouvoir algérien, effrayé par la création du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK), a décidé de lâcher du lest pour amadouer le peuple kabyle. Dans les états-majors des partis politiques et des cercles réels du pouvoir, c’est toujours le nom de Ferhat M’henni qui est évoqué. Si donc, tamazight venait à être officialiser, ce serait la victoire de Ferhat M’henni, du GPK et du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. L’APW de Tizi-Ouzou et ses dirigeants ne figurent même pas sur le registre du Haut commandement du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Et naturellement, ce n’est pas du tout le cas de Ferhat M’henni – GPK – MAK.

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