Feraoun : Séminaire sur la vie et l’œuvre d’homme de lettre, El Bachir Amellah

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BGAYET (Tamurt) – Ecrivains, biographes, historiens et autres universitaires et académiciens sont depuis mardi dernier en séminaire de 4 jours sur la vie et l’œuvre du célèbre homme de lettre et du verbe aiguisé, El Bachir Amellah, au village de Feraoun qui relève de la commune du même nom, daïra de Oued-Amizour (Béjaia).

Signalons d’emblée que cette manifestation éminemment scientifique est organisée par l’association scientifique et culturelle portant l’appellation du célèbre savant, objet même du séminaire, et ce en collaboration avec l’APC de Feraoun, l’APW de Béjaia.
Les différents auteurs des communications ont, chacun en ce qui le concerne, ont réussi à apporter, suite à une recherche approfondie, beaucoup de lumière sur cet homme de lettres kabyles et grande poésie qui, en dépit de son long parcours littéraire et poétique, n’est pas connu du grand public, ou du moins en dehors de la Kabylie.

C’est pourquoi, ce séminaire, permettra à coup sûr de faire sortir du boisseau le nom et l’œuvre de cet homme qui a vécu une partie de sa vie au 19ème siècle et l’autre au 20ème siècle, soit à une époque où le peuple kabyle traversait une période la plus critique et la plus sévère de son histoire.

Mais qui est exactement El Bachir Amellah ? Le poète et homme de lettres, El Bachir Amellah, de son vrai nom, El Bachir Chiban, est né au village d’Ichekaven (Béjaia) en l’an 1856 et est décédé le 22 yennayer 1931 (3 février 1931). Il est le fils d’Arezki Outahar et Hefsa des Aït Yekhlef.
L’appellation « Amellah » était attribuée au poète et homme de lettres par rapport au lieu où il vivait : Imellahen. « Imellahen » est le pluriel d’Amellah. Imellahen est une agglomération se trouvant au sud de Béjaia et qui regroupait à l’époque trois villages : Ichekaven, Ait Ounir et Iaâdhnan.
Les historiens retiennent que cette appellation Imellahen avait trait au fait que dans cette partie géographique du sud de Béjaia, on y faisait extraire du sous-sol du sel. El Bachir Amellah vécut dans son village natal sous la protection parentale jusqu’à 10 ans, âge où son père décida de l’instruire, privilège que beaucoup d’enfants de son âge n’avaient à cette époque où les troupes d’invasion françaises n’avaient encore terminé la conquête de la Kabylie. Autrement dit, les raids de la cavalerie coloniale, appuyée par des goumiers, souvent sanglants, étaient encore très fréquents. C’est donc en 1866 que El Bachir Amellah, haut de ses dix ans se retrouva à l’école coranique de Sidi Safi qui se trouvait à Béjaia Ville. Il avait pour maître, Cheikh L’harouzi. Celui-ci, à l’instar des maîtres de l’époque, était exigeant. La rigueur dans le travail et la discipline de ses étudiants. Et pendant huit longues années, El Bachir Amellah apprenait la grammaire, la conjugaison et le coran ainsi que l’histoire, et ce en parallèle avec le kabyle, langue fort maîtrisée par les grands maîtres des écoles coraniques.
A l’âge de 18 ans, El Bachir Amellal, svelte et beau comme un prince et la tête assez pleine de bagages scientifiques, rentra à la maison paternelle. Le jeune homme décida d’aider ses parents et se mit dès lors au travail. Cependant, sa curiosité scientifique et
intellectuelle, toujours plus grandissante en lui, le poussèrent à quitter de nouveau le domicile parental et son cher village. Et encore une fois, El Bachir Amellah se retrouva dans la capitale des Hammadite, plus exactement dans la zaouia, sise à Iznayen et spécialisée dans la formation des imams des grandes mosquées. Et naturellement à l’exigence des maîtres de cette zaouia, El Bachir Amellah répondit par la persévérance. Cette parfaite symbiose fut traduite par une formation complète du natif d’Ichekaven.
De là, la grande aventure littéraire et poétique d’El Bachir Amellah. En effet, il composa des vers et rédigea des textes. Il traduisit de grands auteurs qu’il a lus au kabyle. Et vu son statut, il côtoya les grands savants de son époque, et ce sans compter les chefs de
tribus et les grands chefs militaires et religieux, eux aussi des lettrés et des amoureux de la science. Et naturellement, en étant témoin de la conquête sanglante de son pays par la France, El Bachir Amellah ressentit le mal jusqu’au plus profond de sa chair. Toutefois, étant intellectuel et, par conséquent, un visionnaire, il devait sans doute mourir avec cette conviction que l’indépendance de l’Algérie ne devait être qu’une question de temps d’autant plus qu’il a encore vécu cinq ans après la création de l’Etoile Nord-Africaine.

Addenda : A l’occasion de l’ouverture de ce séminaire de 04 jours, les séminaristes et le public ont effectué un voyage en guise de pèlerinage jusqu’au village d’Ichekaven où ils ont visité la maison natale (thazekka) d’El Bachir Amellah. Par ailleurs, les organisateurs ont lancé une invitation à la direction du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) pour marquer de son empreinte cette manifestation scientifique. Chose faite d’ailleurs. En effet, Bouaziz Aït-Chebib et Hocine Azem, secrétaire national aux relations extérieures ont été les invités de marque hier à Feraoun. Notons également que parmi le public nombreux, venu jouir d’un enseignement sur El Bachir Amellah, figuraient de nombreux militants du MAK. Le drapeau kabyle hissé au devant de la scène renseigne à lui seul l’identité de cette manifestation et de ses auteurs.

Saïd Tissegouine

{Pour la petite anecdote, lors du déjeuner, la délégation du MAK et d’autres militants se sont installés à la table d’un restaurant. A leur grande surprise, des gendarmes se sont attablés à leurs côtés. Pour montrer leur mécontentement, les militants se sont levés comme un seul homme et ont changé de table !

La rédaction

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