Elle poursuit, seule, son combat : Nadia Matoub, digne héritière du Rebelle

15
Nadia Matoub
Nadia Matoub

KABYLIE (Tamurt) – Les millions de fans de Matoub Lounes auraient sans doute eu à se poser la question, en 1997, pourquoi de toutes les femmes que le Rebelle avait rencontrées, c’est Nadia Matoub qui a pu lui redonner l’espoir et lui faire aimer de nouveau la vie après en avoir presque perdu le goût. Surtout qu’habituellement, dans la société kabyle, contrairement à l’Occident, l’écart d’âge entre  l’homme et la femme, quand il est grand, voire très grand, constitue inéluctablement un handicap de taille pour toute union.

Si, à l’époque, seul peut-être Matoub Lounes et quelques proches avaient la réponse à cette question, aujourd’hui, en voyant comment la veuve du Rebelle continue à poursuivre le combat de son époux, parfois seule contre tous, on conclut vite à quel femme on a affaire. Le dernier et non pas l’ultime (car il y en aura sans doute d’autres) combat qu’est en train de mener Nadia Matoub, ces dernières semaines, c’est celui de la tentative de spoliation de la maison de Matoub à Taourirt Moussa par le pouvoir algérien. Un pouvoir qui ne cesse de récupérer tout ce qui est symbole de la Kabylie et de l’amazighité et Matoub Lounes, étant le plus grand et le plus important symbole de la Kabylie et de la berbérité, ne peut pas faire exception à cette règle établi par le pouvoir algérien depuis plusieurs années déjà. Transformer la maison de Matoub Lounes en patrimoine national est l’ambition actuelle du pouvoir, soutenu par ses relais traditionnels ou nouveaux, dont certains sont les plus proches du poète assassiné.

En effet, Nadia Matoub qui endure toujours les séquelles physiques et psychologiques de l’attentat du 25 juin 1998, ayant coûté la vie à son mari, ne veut pas capituler devant le forcing qu’exerce sur elle le pouvoir et ses relais afin qu’elle cède sur la récupération de la demeure familiale de Matoub. Malgré la complicité presque totale de l’administration, Nadia Matoub garde l’espoir de voir son combat pour la préservation de ce symbole, qu’est la maison de Matoub mais aussi son village Taourirt Moussa, aboutir. Ce faisant, Nadia Matoub montre encore une fois qu’elle demeure fidèle à la mémoire de Matoub Lounes dans ses principes, notamment ceux inhérents à son indépendance de toute chapelle politique, surtout quand il s’agit du pouvoir algérien. Matoub Lounes n’était pas un artiste qui applaudissait les gouvernants du moment. C’est pourquoi offrir sa maison, sur un plateau d’argent, à ces mêmes gouvernants serait une immense et impardonnable trahison.

Tahar Khellaf pour Tamurt    

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici