L’indépendance de la kabylie, notre seul salut

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Fadma N Soumer
Fadma N Soumer

CONTRIBUTION (TAMURT) – La reconduction du système en place depuis 1962 par les arabo-islamistes à laquelle la Kabylie n’a pas participé ne laissera aucune équivoque sur la suite à donner aux revendications kabyles par les « nouveaux » maîtres de l’Algérie.

Afin de dissiper le doute de nos concitoyens kabyles quant à la nécessité de nous réapproprier le territoire kabyle en établissant une République Kabyle indépendante, je me propose de souligner le caractère anti-kabyle, dominant, et franchement raciste du régime algérien en esquissant un bref aperçu de sa suspicion congénitale vis-à-vis des berbères et particulièrementdes kabyles.

Cette attitude d’essence arabo-islamiste est récurrente depuis la moitié du 19e siècle, période où la Kabylie est vaincue par la France coloniale avec la complicité implicite d’Emir Abdelkader qui s’était vite rallié à la France et avait quémandé et bénéficié d’un exil doré. Dans les années trente du siècle dernier, la fronde anti-berbère conduite par les Ulémas (Ibn Badis et consorts) impactant aussi bien l’Algérie que le Maroc avait pavé le chemin arabo-islamiste avec la complaisance de la France coloniale. Le soulèvement du Rifain Abdelkrim en a d’ailleurs fait les frais en raison du non-soutien des arabes algériens dans sa lutte contre l’Espagne et la France et malgré l’aide massive en homme et en matériel de la Kabylie. Il était clair que pour des raisons totalement différentes, les deux pays pré-cités et leur allié l’arabo-islamisme ne pouvaient tolérer l’édification d’une République Rifaine (berbère) qui ferait tache d’huile sur le reste des peuples berbères défiant ainsi les régimes coloniaux en place.

A la même période, les velléités de la réappropriation de l’identité berbère par les membres kabyles co-fondateurs de l’Etoile Nord-Africaine (ENA) auxquels nous rendons un grand hommage ont été tuées dans l’œuf par le même courant arabo-islamiste ambiant. C’est ce d’aucuns appellent la crise berbère de 1949, mais qui est en fait une mise en place d’une stratégie anti-berbère dictée par les idéologues de l’arabo-islamisme Moyen Orientaux. Cet éveil revendicatif de l’identité berbère mis en berne depuis la défaite de la Kabylie par la France en 1871 était une prise de position avant-gardiste, lucide et très courageuse. L’insistance des kabyles à inscrire la dimension berbère dans le programme de l’ENA est d’ailleurs en partie à l’origine de l’éclatement du parti.

Malheureusement cette revendication ne se réitérera pas en 1956 lors du Congrès de la Soummam. En effet, les leaders kabyles, poids lourds de la révolution algérienne, n’avaient pas estimé nécessaire d’inscrire la question berbère dans la plateforme politique. Aucune allusion n’a été faite au devenir de l’entité berbère et sa place dans l’Algérie indépendante, de sorte que dès 1962 l’arabo-islamisme porté par le groupe d’Oujda, fer de lance de cette idéologie, s’est imposé de facto à la Kabylie, malgré une vaine résistance de cette dernière.

La récente histoire de la renaissance des mouvements identitaires kabyles se caractérise par une prise de conscience politique extraordinaire engendrant des prises de position de plus en plus revendicatives, en dépit de la répression du pouvoir qui s’abat sur eux. Parallèlement, on assiste à une juxtaposition idéologique des populations arabo-islamique d’une part et kabyle, d’autre part. Leurs attitudes respectives se radicalisent avec le temps, rompant ainsi le fragile équilibre de coexistence qui prévalait avant l’indépendance de l’Algérie : les premières, soutenant à bout de bras l’arabo-islamisme et l’allégeance au pouvoir malgré quelque soubresauts revendicatifs d’essence économique, les seconds militant pour un retour aux valeurs berbères ancestrales (liberté, laïcité et démocratie directe) honnies par le régime.

Je n’évoquerai ici ni les conséquences culturelles, sociales, éminemment néfastes, induites par la domination du paradigme arabo-islamique sur la Kabylie, ni le volet économique qui souffre cruellement de l’ostracisme du pouvoir raciste algérien. Ces thèmes sont amplement relatés dans la presse et autres ouvrages.

En vue de ce constat, j’en arrive à la conclusion suivante :
1. Les kabyles ne peuvent rien attendre du pouvoir, quelle que soit sa couleur politique, pour changer d’attitude vis-à-vis des berbères et spécifiquement des kabyles. Son paradigme est constant depuis le 19e siècle. Il n’y a aucune raison pour que cela change, la chape arabo-islamiste sur la Kabylie devenant au contraire de plus en plus épaisse.
2. La dichotomie entre l’idéologie des algériens d’essence arabo-islamique et les valeurs ancestrales kabyles ne permet pas une coexistence sereine. Leurs vues respectives sur la gestion de la société et leur vision du monde sont diamétralement opposéeset irréconciliables. L’existence d’un peuple algérien et un peuple kabyle est désormais actée.
3. Après le rapprochement idéologique avec les pays arabes, nous assistons depuis quelques décennies à la prédation économique de l’Algérie par ces pays entrainant la dilapidation du patrimoine algérien.
4. La Kabylie fait les frais de l’isolationnisme international en raison de l’option arabo-islamiste que l’Algérie lui a imposée au point de devenir infréquentable par les pays civilisés.
5. « La maison kabyle brûle » ; nos concitoyens kabyles, élites et responsables des mouvements politiques doivent prendre conscience de l’agonie de ce qui reste des valeurs kabyles et agir de concert avant qu’il ne soit trop tard.
L’indépendance de la Kabylie reste l’ultime issue pour la sortir du bourbier arabo-islamique dans lequel l’Algérie l’a plongée.

Sadeq At Amar Awḍiɛ
Membre fondateur de l’URK
Membre du Haut Conseil à la Diaspora Kabyle (HCDK-URK)

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