Les limites du Hirak et sa nécessaire évolution

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Hirak
Mouvement Hirak

CONTRIBUTION (TAMURT) – Depuis plus de 10 mois, les Kabyles et les Algériens, dans une unité de façade, battent le pavé deux fois par semaine, en entonnant les mêmes slogans « khawa, khawa » , « Silmiya », « Yetnehaw gaa », Lzzayer hurra dimuqratia, etc.

Il y a deux principales raisons qui ont motivé les Algériens à suivre les Kabyles, D’abord l’humiliation subie de la part des télés étrangères montrant un président-zombi les gouverner par l’intermédiaire de son frère, puis la haine de voir leur part de pétrole et de gaz dérobée par les grandes puissances comme la Chine, la France, les USA, la Russie, etc.
Les Kabyles sont habitués à se soulever contre le pouvoir d’Alger. En voyant que les Algériens étaient enfin engagés dans la lutte, ils ont redoublé de férocité contre le pouvoir.

Dans cette lutte contre le pouvoir, les Kabyles ont oublié les valeurs pour lesquelles ils avaient lutté depuis 1962. Ils ont oublié leurs droits légitimes, fondamentaux et élémentaires dont ils ont été privés depuis 1962. Comme on dit « wwet-it ghef walim ad yettu timzin ».
La différence identitaire de la jeunesse kabyle est exclue du hirak. Idem pour son problème existentiel et linguistique. L’unité nationale passe avant toutes différences. Les mêmes pièges des années 48, 62, 80 ont encore fonctionnés.

Cette jeunesse a été induite en erreur par les anciennes figures du mouvement amazigh dont de pseudos intellectuels et charlatans de la lutte pour la démocratie en Algérie. Ces derniers, sont souvent issus de partis kabyles agréés par le pouvoir. L’objectif de ces manipulateurs est de créer un rapport de force en utilisant cette jeunesse pour négocier en temps opportun des postes comme ils ont l’habitude de faire. N’ont-ils pas compris que le slogan « Djazayer hurra dimuqratia » signifie pour tous les Algériens, Algérie libre et démocratique, mais uniquement dans le cadre des lois arabo musulmanes » ? Cela signifie qu’il n’y aura pas de reconnaissance officielle de la diversité ethnique donc pas de tamazight, pas de laïcité et pas de liberté de culte.

Les Kabyles ont payé un lourd tribu dans cette révolte, comme d’habitude deux morts, une vingtaine d’handicapés à vie et plus 200 emprisonnements. Ils sont en train de participer à une révolte qui les soumettra davantage au pouvoir arabo-islamiste et leur enlèvera le peu de liberté qu’ils ont obtenue. Comme on dit « Ddan d yiqeffafen ». Le slogan « ad ttwakksen merra », « yetnehaw gaa » est inapproprié ; enlever Boutef pour le remplacer par Lgayed, enlever Lgayed pour le remplacer par Chengriha, enlever Said pour le remplacer par Tebboune, ne mène qu’aux fausses illusions. Nous ne devons plus nous battre pour inter-changer nos dictateurs, mais pour avoir des droits.
Il est maintenant prouvé que beaucoup d’animateurs de ce mouvement sont à la solde du pouvoir. Ils imposent des slogans en arabe et évitent de citer les revendications spécifiques identitaires kabyles. D’après nos informations que nous avons pu vérifier le grand nombre d’étrangers présents à Bgayet pour défiler tous les mardis et vendredis afin d’imposer leurs slogans et les faire dire aux Kabyles en arabe avec la complicité des animateurs locaux kabyles.

L’Union pour une République Kabyle (URK) a appelé, par la voix de son porte parole, Lyazid Abid, lors de sa conférence à Marseille, le 8 décembre 2019, à une Conférence Nationale Kabyle (CNK) inclusive dans laquelle sont conviés à participer tous les partis et mouvements kabyles ainsi que toutes les personnalités et intellectuels pour consolider  la lutte sur le terrain afin d’obtenir au peuple kabyle ses droits élémentaires, préalable à toute union avec les autres peuples d’Algérie.
Le pouvoir avec ses nouveaux clans finira par se consolider grâce au pétrole et au soutien des puissances étrangères. Le bon sens nous recommande de mener la bataille pour l’obtention des droits concrets. Pour cela, le Hirak kabyle doit changer d’objectif et de stratégie pour qu’il soit bénéfique à la Kabylie et à l’Algérie.

Voici quatre principales revendications fondamentales qui doivent être défendues par le hirak kabyle dans le cadre de leur lutte algerianniste :
1- Utilisation obligatoire de la langue kabyle dans les administrations kabyles (département, Daira, mairie, gendarmerie police, hôpitaux, etc).
2- Délivrance obligatoire des documents officiels en kabyle en Kabylie, passeports CNI, livret de famille, permis de conduire, carnet de santé ordonnance en kabyle, facultatif en dehors de la Kabylie.
3- Enseignement obligatoire en langue kabyle de la physique, des maths, de la chimie, des sciences, facultatif en dehors de la Kabylie.
4- Respect strict de la laïcité et de la liberté de culte en Kabylie.
Arrêt des fermetures des églises, arrêt des interdictions d’ouvertures de nouvelles églises et arrêt des persécutions des fidèles chrétiens.
Ces quatre revendications doivent être défendues par tous les moyens banderoles, journaux, conférences, chants, par tous les Kabyles qu’ils soient au RCD, RPK, ou au PST, etc.

Nous aurons alors la réponse au test de sincérité de khawa, khawa et de la solidité du hirak. Si le Hirak continue en dehors de la Kabylie et dans toutes les grandes villes algériennes en soutenant les revendications kabyles, nous dirons qu’il y aura de l’espoir pour la Kabylie et pour l’Algérie. Le fait de faire aboutir ces quatre revendications entraînera de facto un début de démocratisation de l’Algérie. Si par contre, le Hirak ne suit pas ou se retourne contre la Kabylie, les Kabyles devront alors utiliser le plan B qui est préparé depuis longtemps. Ils devront intégrer massivement l’URK et le MAK, ANAVAD qui sont les seules voies, en réalité, de salut pour le peuple kabyle, s’il veut vivre dans la dignité et la liberté.

Yuva D,
Responsable au Haut Conseil de la Diaspora Kabyle (HCDK-URK) et membre du Secrétariat de l’URK

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