Hommage de Hsen Larbi à Mohand Dahmani

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Mohand Dahmani avec, entre autres, Hsen Larbi et Dr Kebaili, en face, lors du premier congres mondial amazigh à Tafira en 1997
Mohand Dahmani avec, entre autres, Hsen Larbi et Dr Kebaili, en face, lors du premier congres mondial amazigh à Tafira en 1997

CONTRIBUTION (TAMURT) – Il y a deux jours, en ce triste printemps d’avril, j’ai appris que tu as tiré ta revérence en silence dans un hôpital en France. Alors que nous étions tous confinés par peur du COVID-19, tu as décidé de quitter tranquillement cette terre. Je dois dire que je n’étais pas préparé à une telle nouvelle.

Dans mon esprit, je n’ai jamais pensé qu’un jour j’entendrais une telle chose, bien que ce genre de chose m’est venu à l’esprit plusieurs fois, la première après la mort de ma mère. Depuis lors, de temps en temps, quand je pense à un membre de ma famille qui est plus âgé que moi, je me dis qu’un jour ils ne seront plus là. Ils seraient rayés de ma liste de parents et d’amis. Je n’ai jamais pensé que je te rayerai de ma liste déjà écourtée. Je me sens coupable parce que nous ne sommes pas restés en contact aussi bien que nous aurions dû. J’ai tendu la main parfois par le passé, puis nos communications ont cessé. J’ai également arrêté de voyager via la France par commodité et n’ai donc pas eu la possibilité de faire un saut et te rendre visite.

Je n’oublierai jamais cet été 2008 où nous avons passé environ une semaine ensemble chez toi en Aveyron. Nous avons raconté de nombreuses histoires et débattu de nombreuses questions. Nous avons également mangé beaucoup de pain de campagne et de fromages locaux. Tu nous a même parlé de ces vaches spéciales de la région qui produisaient ce magnifique fromage. Un jour, tu nous a emmenés à la ferme d’un ami qui produisait du fromage de chèvre et nous sommes revenus avec un carton rempli de fromages aussi savoureux les uns que les autres. Nous nous sommes promenés dans la belle campagne et tu as patiemment montré à mon fils de 6 ans comment cueillir des baies sauvages et les enfiler sur une tige mince.

Lorsque tu as quitté la Kabylie, tu as choisi ce beau village dans les montagnes de Aveyron. Nous pensons que cela t’a rappelé la montagne d’At-Mendas. En passant, je dois dire qu’At-Mendas lui-même n’est que quelques collines a l’ouest d’At-Buaddu, où je suis né. Ils sont tous les deux au pied du Djurdjura. Les coteaux rocheux de l’Aveyron sont si similaires à ceux du Djurdjura, le calcaire, les maisons en pierre et les troupeaux de moutons se dirigeant vers les pâturages bêlant et sonnant leurs cloches. Tout me rappelait la Kabylie.

Tu es parti si tôt, nous n’avons pas eu le temps de te dire adieu ni de te remercier. Un océan nous séparait, nous ne pouvions pas nous asseoir près de ton lit d’hôpital. Nous ne savions même pas à quel point tu étais malade. Tu n’en a probablement pas parlé à beaucoup de gens. Tu as vécu seul dans ces belles montagnes de l’Aveyron et fait ton travail paisiblement. À l’époque où nous nous battions pour les droits du peuple Amazigh, tu descendais souvent à Paris pour organiser et faire ce qui devait être fait. Mais même quand tu étais dans ton village, seul tu dirigeais un petit groupe (ASIB: Association Solidarité Internationale Bérbère). Tu as réussi à garder le contact, à informer, à publier / écrire et à donner un coup de main à d’innombrables individus et groupes à Tamazgha et dans la diaspora.

Lors du pre-congres mondial amazigh a Saint Rome de Dolan en Lozere, France en 1995
Lors du pre-congres mondial amazigh a Saint Rome de Dolan en Lozere, France en 1995

Tu as sillonné Tamazgha et connecté avec Imazighen partout (Maroc, pays touareg, îles Canaries) et lorsque le Congrès mondial Amazigh a été fondé, Tu étais l’un de ses architectes. Tu t’es battu durement et tu as exprimé tes opinions sans aucune retenue. Ta franchise n’a d’égal que ta générosité. Mon ami, comme ça fait mal de parler de toi au passé.

Mon ami, fils d’At-Mendas, guerrier Amazigh, repose en paix maintenant. Sache que tu es apprécié. Le vide béant que tu as laissé dans nos cœurs et dans Tamazgha ne sera pas facilement comblé. Tu nous manqueras. Nous ne t’oublierons jamais.

Ḥsen At u-Amran

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