L’hommage de Ramdane Achab à Mohand Dahmani

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Mohand Dahmani sur BRTV
Mohand Dahmani sur BRTV

KABYLIE (TAMURT) – Le militant de la cause berbère Ramdane Achab a rendu un vibrant hommage à un autre militant de la mouvance berbériste qui vient de nous quitter : Mohand Dahmani. « Un hommage tardif par respect aux recommandations de la famille du défunt », avertit Ramdane Achab, également auteur et éditeur.

Mohand Dahmani était un militant du Congrès Mondial Amazigh (CMA) et il nous a quittés le 15 avril dernier après une longue maladie. Mohand Dahmani a vu le jour dans la wilaya de Tizi Ouzou en 1952 où il a fréquenté le mythique lycée « Amirouche » de Tizi-Ouzou 1969-1972. Dans l’hommage que lui a consacré Ramdane Achab, ce dernier rappelle que le défunt a rejoint l’Université d’Alger où il participe aux activités culturelles organisées autour des cours de berbère de Mouloud Mammeri. « Sa vocation se dessine et se fixe à l’entrée de l’Université Paris VII où il s’inscrit en maîtrise d’histoire. Dans son Mémoire de fin d’études, il traite des bandits d’honneur de Kabylie, notamment Ahmed-u-Merri d’At Bouaddou et Ali Iouadarène du village Mahbane, dans la région de Boghni, sur la route de Tala Guilef », ajoute Ramdane Achab. Ce dernier précise que Mohand Dahmani était un homme de terrain qui ne se contentait pas des rares sources écrites traitant du sujet, dont quelques articles de presse des années 1940 : « Il parcourait le pays et va à la rencontre des témoins, des proches, des familles. Recueillir des témoignages, les confronter, en faire la synthèse, faire le tri dans des récits qui pouvaient ici ou là manquer d’objectivité, pour telle ou telle raison, mais surtout recueillir la tradition orale, dont les nombreux poèmes composés par les femmes à la gloire d’Ahmed-u-Merri. Une tradition orale qui était alors loin d’avoir acquis ses lettres de noblesse dans les milieux académiques, elle était même considérée comme suspecte et impure par un grand nombre de producteurs institutionnels du savoir ».

Ramdane Achab ajoute que Mohand Dahmani a fait également œuvre de pionnier en milieu universitaire lorsque, tout naturellement, il intègre les poèmes recueillis, en version kabyle et en traduction française, dans son mémoire de maîtrise d’histoire soutenu à l’Université Paris VII dans les années 1970. « Vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, il s’investit dans le combat politique pour l’identité berbère et la démocratie, aux côtés, notamment, des militants de l’opposition du FFS clandestin en France. Il s’installe ensuite dans le sud de la France et finit par se fixer en Aveyron, à proximité de Millau, où son épouse et lui animent et gèrent un établissement destiné à l’accueil de jeunes adolescents en difficulté », rapporte Ramdane Achab. Ce dernier enchaine que le regretté multipliait les contacts avec les militants du combat identitaire, en brassant très large : l’Algérie bien sûr, mais aussi le Maroc où il comptait de très solides amitiés et où il faisait de fréquents séjours, seul ou en famille, « pour montrer à mes enfants, disait-il, un pays qui ressemble à l’Algérie ». « Mohand Dahmani n’oubliait pas les Touaregs et se rendait au Niger pour les rencontrer, leur apporter son soutien, s’exposant même, son fils et lui, à quelques démêlés avec les autorités du pays. Une personnalité touarègue disait de lui : Mohand n’est pas un ami, c’est un frère », témoigne encore Ramdane Achab qui rappelle en outre que sa contribution à la création et au lancement du Congrès mondial amazigh a déjà été évoquée par Mohand Kacioui et Masin Ferkal.

Ramdane Achab indique dans le même sillage que le regretté a publié deux ouvrages : « Une histoire de Boghni et de la confédération des Iguechtoulen (Igectulen) au 19ème sièclee et un ouvrage inachevé sur l’émir Abd-el-Kader. Il laisse également un roman en français. Une édition de ses ouvrages est à l’étude, conclut Ramdane Achab.

Tarik Haddouche

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