Les risques d’ethnocide augmentent en Kabylie

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Hada Haze, directrice du quotidien
Hada Haze, directrice du quotidien "Al Fdjr"

CONTRIBUTION (TAMURT) – Benjamin Franklin disait : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ».

Depuis l’indépendance de l’Algérie, la Kabylie est considérée comme l’ennemi interne, un danger pour l’unité nationale algérienne. De Ben Bella à Gaid Salah en passant par Boumediene, Chadli, Zeroual la haine des kabyles est une constante qui se traduit par les assassinats, les emprisonnements, la répression ou mépris dans le meilleur des cas.

Le principal reproche qui sera toujours fait aux Kabyles par les Arabes algériens est d’abord d’être nés Kabyles, de vouloir développer leur langue et leur culture, de refuser de s’arabiser… Ces reproches sont dictés par les principes fondamentaux de l’idéologie arabo-musulmane qui est opposée à toute diversité ethnique, culturelle et linguistique. Depuis toujours, on nous a répété le même slogan « une seule langue, l’arabe, une seule religion, l’islam, et une seule culture la culture arabo-musulmane.

Mails il y a encore d’autres reproches. Certaines idées politiques défendues par les Kabyles comme la liberté de culte, la laïcité l’égalité homme-femme, le rapprochement avec les pays méditerranéens européens, la Francophonie sont perçus par les Arabes comme étant atteinte au fondement de l’Algérie arabe. Ces derniers ont déduit que les Kabyles constituent un frein au développement et les accusent d’obstruction. Les dernières concessions obtenues difficilement comme l’officialisation de façade de tamazight, qui a été suivie par l’interdiction du journal tighremt, montrent bien le machiavélisme des dirigeants arabes algériens.

Une montée en puissance de l’anti-kabylisme s’est exacerbé ces dernières années. On le voit souvent s’exprimer sur les réseaux sociaux, il est initié et soutenu par les hauts cadres de l’Etat comme Gaid Salah, Naima Salhi, et d’autres généraux, des journalistes, Derradji, Benzatat, des directeurs de journaux comme Hadda Hazem. Le comble du racisme se trouve chez ces deux derniers qui ont accusé les entrepreneurs kabyles de racisme et d’indépendantistes pour avoir aidé l’hôpital de Bgayet avec du matériel médicale contre le covid-19, au lieu d’encourager les autres Algériens à faire autant pour leur hôpitaux.

Peut-on imaginer un Kabyle accuser de raciste un Constantinois ou un Oranais qui aide l’hôpital de sa ville devant cette épidémie ? On peut en déduire que dans l’esprit de ces dangereux racistes la Kabylie ne doit même pas exister.

Mais c’est l’absence de réaction de la part des hommes et femmes politiques Kabyles algérianistes, anciens ou actuels responsables de partis politiques qui m’a poussé à écrire cet article et à tirer la sonnette d’alarme. Je sais que les prochains responsables de l’armée seront les purs produits de l’école algérienne, biberonnés dans la haine du kabyle à travers la pensée de leurs idoles Gayed , Boumediènnes, les novembristes, les Badissistes, etc. Cette classe de généraux arabo-islamistes ne lésinera pas sur les moyens pour faire le nettoyage ethnique recommandé par leurs maitres à penser. Les récents bombardements du général Haftar contre les Amazighs de Libye pourraient leur donner bien des idées.

Comment se fait-il que nos « élites » politiques kabyles du RCD et du FFS condamnent les arrestations des hirakistes et se taisent devant la brutalité et les emprisonnements des militants kabyles pacifiques, devant les atteintes quotidiennes à la culture (journal tighremt), Tamurt.info, Siwel, devant le sabotage de l’économie en Kabylie? Ils font de l’indignation à géométrie variable. Savent-ils au moins que le pouvoir et ses relais anti-kabyles ne font aucune distinction entre un Kabyle du FFS du RCD du RPK, du Mak de l’URK ou un kabyle apolitique ?

Nos hommes politiques kabyles sont restés avec les vieux réflexes algérianistes dépassés, obsolètes, voir même dangereux pour la Kabylie et pour l’Algérie qu’ils prétendent défendre. La peur les a réduits au silence à la docilité, pour plaire à ceux qui ont programmé notre extinction pensant peut-être susciter la pitié ou l’indulgence. Ils sont resté inertes, bouche bée comme des oiseaux tétanisés et hypnotisés par la vue d’un serpent.

Même devant cette voie indépendantiste ouverte par le vaillant père du nationalisme kabyle Mass Ferhat Mehenni nos hommes et femme politique kabyles algérianistes n’ont même pas le courage de défendre ouvertement et officiellement la régionalisation ou l’autonomie de leur région afin de la préserver des éventuels dangers. Ils sont devenus comme les FLNistes ne pensant qu’à leurs intérêts personnels.

Il est certain que si la voie indépendantiste est soutenue par l’immense majorité des Kabyles, et que le rapport de force politique devient conséquent, la Kabylie arrivera après des négociations au minimum à un statut d’autonomie dont rêvent tous les Kabyles.

L’immense majorité des Algériens ont plus de respect et considération pour les indépendantistes qu’envers les faux-semblants kabyles qui bradent leur identité pour des calculs d’intérêts. Ils prétextent les risques de guerre contre la Kabylie alors que le pouvoir nous a déclaré la guerre depuis 1962.
De toute façon l’Algérie arabo-islamique finira comme ses sœurs la Syrie, la Lybie, l’Irak et ce n’est pas les kabyles algérianistes, jouant les rôles de marionnettes, qui pourront changer le cours des évènements inexorables. Ils ne font que prolonger la souffrance des Kabyles dans cette algérien arabo-islamiste, dans laquelle les adeptes de Boumediene, de Gaid, de Ali Belhadj sont de plus en plus nombreux et rêvent d’un nettoyage ethnique en Kabylie. Plusieurs hommes politiques et militaires dont Belkadem chef de gouvernement ont proposé des bombardements des villes kabyles par l’aviation.

Nous sommes à la croisée des chemins. A la veille du 20 avril, jour anniversaire des deux printemps, je salue le courage de nos vaillant(e)s jeunes militantes et militants kabyles indépendantistes qui prennent des risques énormes face aux forces impérialistes arabes algériennes. Même si par malheur la Kabylie n’atteint pas ses objectifs à 100%, l’histoire retiendra leur nom et témoignera de leur combat et de leur amour pour leur patrie et leurs ancêtres.

Kader Dahdah, membre du Secrétariat de l’URK

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