Hommage à Idir

Prenez soin de vous mes ami(e)s. Il est important de nous confiner pour nous protéger et protéger les nôtres. Un instant musical #Cfigh

Gepostet von Idir am Samstag, 21. März 2020

CONTRIBUTION (TAMURT) – Tu as été, tu es et tu demeureras sur le piédestal de l’Amazighité, piédestal authentique d’une humanité, de l’humanité. Tu es un de ses fils et tu le demeureras par ton parcours, tes combats et tes positions à tel point que ton nom subsume à lui seul toute une constellation d’étapes, d’éveils, de combats, d’édifications…

Tu as chanté, tu as parlé à ton public, tu as dialogué avec lui et toutes tes chansons sont des pépites d’espérances qui insufflent l’envie de se battre, la résistance dans sa beauté de ne pas baisser les bras et d’aller de l’avant, toujours dans la sérénité d’une lutte, dans le flegme et la sagesse que nourrissent la légitimité d’une cause, la beauté d’une musique, et la justesse d’une mélodie. Cette mélodie kabyle amazighe, méditerranéenne, et universelle, celle de l’amour, de l’entente et de la fraternité…

En t’écoutant les égarés parmi les nôtres ont réappris à aimer leur langue, leur culture et leur identité, et à en être fiers, du moins pas honteux d’en être les porteurs, et les autres ont appris à nous connaitre autrement que par les clichés et les stigmates. Tu as cultivé la graine qui a éclos en mille roses au printemps amazigh. Idir, c’est aussi celui qui vit et qui vivra dans nos vies actuelles et futurs, celui qui demeurera à jamais dans le firmament de l’Amazighité.

Une vie pleine de générosité, de modestie, et d’amélioration continue de soi jusqu’à la sagesse de parler au public comme un conteur venant des temps immémoriaux mais enraciné dans son temps. Et comme tu l’avais déjà dédié à la memoire de Mammeri, la chanson de l’Amedyaz vaut pour toi aussi: « ggujlen wussan… la yettru umkan nni g tetɣimid… », le siège sur lequel tu t’asseyais te pleurera et nous y mettrons beaucoup de réconfort et de souvenance pour que la relève se lance, pour que le message reste et reste avec lui le feu de mille et une notes de ta guitare qui grattera nos cœurs et nos âmes pour toujours. Tu as vécu la vie que tu as voulu, en artiste, en intellectuel ayant accompli son devoir et transmis le message dans des temps de plus en plus méchants et broyeurs.

Je le sais, un jour nous partirons tous, la différence est qu’il y aura des étoiles heureuses et généreuses qui demeureront dans ce ciel immense et des poussières grincheuses qui s’engouffreront dans les trous noirs de l’univers, dans l’oubli, dans le néant. Et toi tu demeuras pour l’éternité dans le registre des grands hommes, des hommes libres et éternels. Les petits chercheront toujours leurs amis au rythme de « ɣuri yuwen umedakwel »

En pleine nostalgie et exil, nous fredonnerons « ḥay ḥay a mumi » pour nous imaginer aller chasser les papillons dans les prairies et subtiliser quelques fruits dans les potagers de l’enfance, pas très loin du berger d’At-Hicham. Nous veillerons à ne pas vendre nos frères comme dans Amnafq. Et quand les périls de l’oubli et la réification nous guettent. nous nous nourrirons de « cfiɣ am zund iḍelli » car « iɛdawen ur aɣ-bɣin ara », et pour que notre salut soit dans notre solidarité.

Mes yeux ce soir se lèveront vers le ciel, j’essaierai de ne pas être triste, je regarderai avec une esquisse d’un sourire ton étoile passer au-dessus de nous, je te dirai « azul a gma, ar timnilit ». En traversant ce seuil ultime, n’oublie pas de chanter encore et encore… nous, nous battrons la mesure des temps qui nous restent ici… le peu, peut-être !

Hamid Touali
Lausanne, le 03 mai 2020 à 4h38mn du matin