Libération: « L’année 2020 déjà anormalement chaude. »

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PRESSE (TAMURT) – Dans une tendance cohérente avec les projections du dérèglement climatique, les premiers mois de l’année ont observé des records de chaleur. La dynamique devrait se poursuivre cet été.

Depuis leurs lieux de confinement, nombreux sont ceux à avoir profité du printemps arrivé très tôt, grâce à des températures anormalement clémentes. Ces conditions agréables ont fait oublier qu’elles sont probablement la conséquence d’un phénomène planétaire potentiellement aussi dévastateur qu’une pandémie : le dérèglement du climat. L’année 2020 battra-t-elle, comme ses prédécesseurs, des records de températures ? Cela a déjà commencé. Lundi, on a relevé 35,4°C à Cambo-les-Bains dans les Pyrénées-Atlantiques. Une première dans l’Hexagone si tôt dans l’année.

De même, le mois d’avril a été le plus chaud jamais enregistrés, à égalité avec avril 2016, d’après les données du programme satellitaire européen Copernicus publiées mardi. Une chaleur anormale qui a surtout touché l’Europe occidentale. En France, depuis le début de l’année, le mercure s’est fixé à 9,6°C en moyenne, soit une anomalie de +2,3°C par rapport à la période 1981-2010. «Cette température est la plus chaude mesurée sur la même période depuis le début du XXe siècle», a affirmé Météo-France sur son site.

Sécheresses annoncées

L’été promet de suivre la même dynamique. Le trimestre prochain devrait dépasser les normales de saisons sur toute l’Europe, a annoncé Météo-France la semaine dernière. Le ministère français de l’Environnement a déjà prévu, le 14 mai, de réunir virtuellement le Comité national de l’eau pour anticiper les sécheresses qui s’annoncent dans le Massif central et la vallée du Rhône.

2020 n’est pas une exception parmi la décennie passée. L’Organisation météorologique mondiale a confirmé, en mars, que 2019 fut la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée. Depuis les années 1980, le climat suit une évolution implacable : chaque décennie devient la plus chaude jamais enregistrée depuis 1850, avec une augmentation allant de 0,1 à 0,3°C. La course pour empêcher l’emballement du système climatique et les dévastations qu’il cause déjà, et provoquera plus fortement si le mercure continue d’augmenter, s’accélère. Alors que l’accord de Paris, tant célébré lors de sa signature en décembre 2015, engage les pays à limiter la hausse des températures à +2°C au maximum, voire à +1,5°C, le seuil de 1,1°C a déjà été atteinte l’an dernier.

D’après une étude internationale publiée lundi dans la revue scientifique PNAS, au rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre, et sans migrations d’ampleur, un tiers de la population mondiale devrait vivre, d’ici cinquante ans, dans des zones où la température moyenne annuelle est d’environ 29°C. Des conditions climatiques qu’on trouve actuellement surtout dans le Sahara. Les populations concernées sont aujourd’hui parmi les plus pauvres de la planète. Il est donc urgent de soutenir la construction d’infrastructures d’adaptation dans ces zones.

Lueur d’espoir

En parallèle, les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites drastiquement à court terme. Dans le scénario présenté par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) pour limiter le réchauffement à +1,5°C, un pic des émissions doit avoir lieu en 2020, puis elles doivent atteindre zéro net entre 2040 et 2055.

Lueur d’espoir dans un sombre contexte planétaire : en restreignant le trafic routier et le fonctionnement des industries lourdes, les mesures de confinement, mises en place pour faire face à la pandémie meurtrière de Covid-19, ont permis une baisse conséquente des rejets de gaz à effet de serre. D’après les projections de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), les émissions mondiales devraient chuter de 8% cette année, pour revenir à des niveaux observés il y a dix ans. «Une telle réduction d’année en année serait la plus importante jamais enregistrée, six fois supérieure au précédent record établi en 2009, après la crise financière mondiale, et deux fois plus grande que le total combiné de toutes les baisses réalisées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», assure l’agence dans un rapport spécial publié le 30 avril.

De même, la demande en énergie devrait se contracter de 6%, le plus fort taux en termes absolus de l’Histoire. Les énergies fossiles seraient les plus durement touchées, avec un affaissement de 9% de la demande en pétrole et de 8% pour le charbon. Les renouvelables tirent, elles, leur épingle du jeu grâce à «de bas coûts opérationnels et un accès préférentiel à de nombreux systèmes énergétiques», souligne l’IEA. La réduction de la consommation d’énergie est justement un des piliers nécessaires pour la réussite de la transition écologique.

Tout l’enjeu est maintenant de faire en sorte que ces paramètres, favorables à une transformation accélérée des sociétés, ne soient pas balayés par une reprise, plein pot, des secteurs économiques néfastes pour l’environnement. L’IEA avertit : «Comme ce fut le cas après les crises précédentes, la remontée des émissions pourrait être plus forte que le déclin, à moins que la vague d’investissements nécessaires à la relance économique ne soit dédiée à des infrastructures énergétiques plus propres et plus résilientes.»

Aude Massiot
Libération du 7 mai 2020

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