Réponse à Razika Adnani

Razika Adnani et Kader Dahdah
Razika Adnani et Kader Dahdah

CONTRIBUTION (TAMURT) – Dans un article paru sur son blog et sur le journal français Marianne, l’Islamologue Razika Adnani a interpellé le président français Macron pour avoir omis de citer l’algéranité de Idir et en ne parlant que de « ses racines kabyles », lors de l’hommage qu’il a rendu suite au décès du grand artiste kabyle.

Décidément, le mot « kabyle » a provoqué des réactions d’urticaires chez Razika Adnani ainsi que chez ses collègues algériens, Kamel Daoud, Mohamed Sifaoui, Benzatatat et d’autres. Ce mot « Kabyle » est resté à travers de leurs gorges. Au début de son article, elle a rappelé longuement le vieux discours nationaliste du FLN sur l’unité nationale, arabe algérienne dans laquelle la Kabylie doit se dissoudre. Puis pour tromper ses lecteurs, elle s’est servie de Kateb Yacine comme Chaoui, et de Moufdi Zakaria comme Mozabit pour rappeler l’amazighité de toute l’Algérie, en omettant de rappeler les condamnations et les tourments qu’ils ont subi pour avoir défendu cette amazighité. En fait, elle s’autorise les omissions qu’elle reproche à Macron.

Madame Adnani ne s’en prend pas uniquement à Macron mais aussi à d’autres personnalités et journaux français « le désir d’isoler la Kabylie du reste de l’Algérie se répète ». Madame Adnani refuse de comprendre que c’estt les traitements racistes xénophobes dignes de l’apartheid que subissent les Kabyles sur leur propre terre de la part de l’Algérie qui a poussé les militants indépendantistes à sensibiliser les pays étrangers sur leur sort.

Même le territoire kabyle est défini comme arabe dans la constitution algérienne, l’enseignement du kabyle reste interdit à nos jours à 93% de nos enfants, nos passeports et carte d’identité et tous les documents officiels nous désignent comme étant des Arabes que nous ne sommes pas. Nous sommes spoliés de 80% de nos impôts, la liste du traitement d’apartheid est longue, il faudra un livre pour tout énumérer.

Madame Adnani a-t-elle interpellé le pouvoir algérien de cette même façon lors de l’opération zéro Kabyle initié par des généraux, aux propos racistes de Naima Salhi? Avait-elle écrit à Gaid Salah quand il avait interdit les drapeaux amazighs et avait emprisonné tous les Kabyles qui les portaient ?

Le peuple Kabyle avait un amour infini pour l’Algérien jusqu’à la date fatidique de 2001 où celle-ci (l’Algérie) nous a bien fait comprendre par sa brutalité, sa haine et son rejet que nous sommes bien un peuple différent et que notre identité ne sera jamais reconnus et accepté dans une Algérie arabo-musulmane. Les intellectuels algériens n’ont jamais soutenu la Kabylie dans ses luttes pour la démocratie et encore moins pour son droit linguistique, mais dès qu’on parle d’autonomie, de fédéralisme ou d’indépendance, on assiste à une levée de bouclier pour lui intimer l’ordre de rester sous la domination de son bourreau.

La ligne rouge de l’intégrité territoriale avec laquelle nous menace le pouvoir colonial algérien et ses intellectuels-mangeoires nous fait penser au discours de l’ex colonisateur sur l’irréversibilité de « l’Algérie française ». Dans l’idéologie arabo musulmane comme dans toutes les idéologies impérialistes le droit et la justice ne fonctionnent que dans un seul sens.
Pour tous les intellectuels algériens, le droit des peuples à disposer d’eux même est sélectif, il est applicable pour le peuple palestinien et Sahraoui, mais interdit au peuple kabyle.

Nul ne pourra arrêter le peuple kabyle dans sa lutte pour se libérer de l’idéologie arabo islamiste qui, faut-il le rappeler à Razika Adnani, a déjà provoqué la mort et la destruction de quelques pays arabes. Du haut de son titre d’islamologue sensée comprendre le danger mortel de cette idéologie, elle tombe dans le piège de la théorie du complot comme l’immense majorité des arabo musulmans qui poursuivent leur autodestruction par leur refus d’accepter le droit à la différence ethnique, religieuse et culturelle.

Kader Dahdah
Membre fondateur de l’URK