Indépendance et universalité

Lyazid Abid, Porte-parole de l'URK
Lyazid Abid, Porte-parole de l'URK

CONTRIBUTION (TAMURT) – L’hommage rendu à Idir a révélé son énorme prestige et l’universalité de la culture kabyle. Au-delà de l’estime témoignée à l’artiste par les nombreux intellectuels algériens couvent d’insoupçonnables braises susceptibles de s’enflammer au moindre soupir.

En évoquant la Kabylie martyrisée, le talentueux écrivain Kamel Daoud l’a aussitôt reléguée au rang de la clientèle-agitatrice de l’Etat algérien. Quant à Mohammed Moulessehoul, alias Yasmina Khadra, l’universalité de l’œuvre d’Idir n’est pas le couronnement d’un résistant, intime, pudique et silencieux à la tyrannie, mais le parcours d’une Star qui s’est exilée pour faire entendre sa voix. Son hommage à Idir dissimule l’unicité culturelle de l’Algérie et l’inviolabilité de son territoire. C’est à croire que Moulessehoul et Khadra se sont jurés fidélité aux graves propos tenus un certain printemps 1989 à Tamanrasset. « Un Kabyle est par définition sauvage. Nous, les Arabes, nous vous avons apporté la civilisation, l’Islam et la langue arabe. Les islamistes[1] sont nocifs pour le pays, vous, vous êtes dangereux pour l’Algérie… Cessez vos bafouillages ! » Sur cette question, l’état d’esprit du capitaine Moulessehoul avait le mérite d’être précis et il n’a point évolué.

C’est ce dénigrement et le statut de demi-citoyen imposés aux Amazighs dans toute l’Afrique du Nord qu’Idir a combattus sans relâche durant toute sa vie. Ce statut est confirmé par l’actuel projet de la nouvelle constitution algérienne et le cuisant échec du Hirak. Tous ces dénis concrétisent le rêve d’indépendance de la Kabylie. Au lieu de la soutenir dans sa quête de liberté, Kamel Daoud lui recommande de sortir de ses murailles pour s’impliquer davantage dans la construction de l’Algérie de demain et pour retrouver le monde.

Le refus de la Kabylie de s’algérianiser même par la contestation, fait d’elle l’éternel souffre-douleur. Pourtant, il suffit de se rendre à l’évidence pour comprendre que les propositions algérianistes ne conviennent pas à la Kabylie. Alors, est-il si difficile pour un écrivain, un humaniste, de comprendre que le bonheur se cherche même au-delà des frontières? Y répondre exige beaucoup de liberté, de courage et une bonne dose de clairvoyance. Des qualités requises pour les écrivains libres et les visionnaires…

Dans ce contexte, pourquoi empêcher la Kabylie de rêver à son indépendance? La désapprobation des activistes kabyles par l’Etat algérien n’étonne personne. Mais que penser de la complicité d’écrivains influents pour qui la liberté et le bonheur d’un peuple sont censés être sacrés… Les universalistes sont connus pour leur capacité à raisonner l’autre, à l’humaniser jusqu’à lui faire prendre conscience que la liberté des personnes et des Peuples à choisir leur destin est inviolable. Les écrivains algériens de renom, y parviendront-ils? Nous le souhaitons vivement. Nous espérons les voir du côté des Peuples qui constituent l’Algérie et non des tyrans qui nous oppriment tous. L’enjeu est de taille. C’est de l’avenir des peuples de l’Afrique du Nord qu’il s’agit. Consentir un référendum d’autodétermination de la Kabylie apaiserait les tensions entre l’Etat algérien et la Kabylie et constituerait un premier pas vers l’union des Peuples dans cette partie du monde. L’honneur reviendrait à l’Algérie qui affirmerait son statut de pays qui soutient les Peuples à s’autodéterminer et influerait davantage dans la recherche de solutions équitables aux conflits du Sahara occidental et de la Palestine…

La Kabylie indépendante à laquelle nous songeons n’est pas fantasmée; elle a bel et bien existé avant l’Algérie. Sa démarche est celle d’un peuple qui s’applique, dans la dignité, à recouvrer sa souveraineté. Les pseudo-indépendantistes kabyles, qui  activent sur la toile pour salir notre cause, sont en réalité des éléments des services algériens. Nous les dénonçons. Quant à ceux qui essayent de réduire la soif d’indépendance à une simple revendication culturaliste, sectaire, religieuse, leur tentative de cloisonnement est vaine. La Kabylie parle bien d’indépendance et non d’un quelconque strapontin dans la maison-Algérie.

C’est dans ce sillage que le combat d’Idir et de bien d’autres avant lui trouve son accomplissement. Le constat des déceptions que les Kabyles ont vécues depuis 1857 nous contraint à songer à un monde meilleur pour la Kabylie que nous léguerons à nos enfants. Que l’honneur, la dignité et le courage soient nos compagnons de lutte sur ce chemin si controversé de notre liberté!

Lyazid Abid
Porte-parole de l’Union pour la République Kabyle (URK)

[1] À cette époque, à l’université de Constantine, les islamistes, jetaient de l’acide sulfurique sur les bras des étudiantes habillées en décolleté.