Idir et Matoub, une voie à suivre et un combat en héritage

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CONTRIBUTION (TAMURT) – Les spectacles d’Idir ressemblaient à ces agoras de la Grèce antique, lorsque le plus sage et le plus clairvoyant de l’assistance prenait la parole. Des spectacles aux allures d’oracles. Quand il nous parlait de Matoub Lounès, nous l’écoutions religieusement, obnubilés, envahis par une émotion immense et indescriptible.

Il nous disait que chez nous, on ne meurt pas, on devient simplement invisible. C’est ainsi que nos morts rejoignent le monde des « Iɛassassen », ces saints anges gardiens, et revenaient parmi les siens pour veiller sur eux.
La mort a permis à deux montagnes de se rencontrer, Idir et Matoub. Nos croyances, qui sont l’essence même de notre culture millénaire pour laquelle ils ont lutté durant toute leur existence, les ont réunis à jamais dans ce monde magique et éternel. Ils ont rejoint ces étoiles scintillantes dans notre ciel, à côté de la Voie lactée, nous distinguerons dorénavant le chemin menant vers notre liberté.

Le combat d’Idir et Matoub a contribué majestueusement à sauver notre culture, notre identité, d’une mort programmée par les chasseurs de lumière et du savoir. Ces adeptes des ténèbres veulent à tout prix nous imposer une culture de substitution, en travestissant celle que nous ont léguée nos ancêtres pour en faire une culture stérile et valétudinaire empêchant tout épanouissement de notre société.

Comme le disait si bien Idir, nous sommes issus d’une civilisation de paix. Les conquêtes et les razzias n’étaient pas notre vocation. Nous vénérons Iɛassassen comme nous vénérons nos montagnes et la terre nourricière. Comment ne pas bénir l’environnement dans lequel nous vivons, celui qui nous offre gracieusement cet air que nous respirons et l’eau que nous buvons ? Cela s’appelle le bon sens.

À travers ces éléments de dame nature, nous apercevons le Dieu auquel nous croyons. Un Dieu aimant et protecteur. Ce n’est certainement pas celui qu’on nous propose. Existerait-il une divinité menaçante et pratiquant la torture ; au nom de laquelle on tuerait, on égorgerait et on s’adonnerait à des actes les plus abjects et barbares ?

Ceux qui sont derrière l’interdiction de l’étendard berbère dans un pays où le peuple est à 97 % Amazigh (voir l’étude du génome d’Afrique du Nord); ceux qui sont derrière l’opération zéro Kabyle dans un pays situé sur les terres berbères ; ce ne sont que la réincarnation des renégats du moyen-âge ; ces unités militaires, tristement, célèbres, connues pour être sanguinaires et dépourvues du moindre brin d’humanité, au service des différentes dynasties musulmanes de l’époque, constituées d’anciens chrétiens enlevés pendant les razzias et reconvertis de force à l’Islam pour en faire des machines à tuer.

Ces incultes sont le produit d’un lent processus d’endoctrinement par une secte issue d’un mélange explosif entre le baathisme et l’islamisme. Deux mouvements utopiques, se référant à un passé qui n’a jamais existé. Les premiers rêvent d’une grande nation arabe qui unirait tous les pays dits arabes, ignorant que les populations arabes, du moins ce qu’il en reste, se trouvent uniquement dans la péninsule arabique.

Les adeptes de cette doctrine doivent cesser de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Ils doivent savoir qu’eux-mêmes ne sont pas ce qu’ils prétendent être. En Algérie actuelle, les Arabes arrivés au 7e siècle, après avoir mis en place un système politique discriminatoire et esclavagiste, ont été chassés en moins de 90 ans (lire la période omeyyade et abbasside en Afrique du Nord). Ils sont, donc, restés moins longtemps sur nos terres que les Français. Quelques siècles plus tard, dans le but de semer la terreur, une centaine de milliers d’Arabes furent envoyés par les Fatimide: les Banu-Hilal et les banu-Sulaym. Par rapport aux millions de Berbères de cette époque, ils n’étaient qu’une goutte d’eau dans un océan. Cela explique la raison pour laquelle le génome arabe est insignifiant en Afrique du Nord actuellement.

En ce qui concerne les seconds, une partie des islamistes portant une robe (le kamis) rêve d’un grand Califat, l’autre partie ayant opté pour le costume cravate rêve de bâtir un état conformément aux principes islamiques. Tous les califes ont été assassinés, à l’exception de Abu-Bakr, c’était une période trouble et instable où beaucoup de sang avait coulé, durant celle-ci les musulmans vivaient de pillage, massacraient et réduisaient en esclavage femmes et enfants des régions ne voulant pas se soumettre à leur croyance. Elle est loin d’être exemplaire au point de s’y référer pour reproduire ce système macabre et injuste au 21e siècle. Daech en est l’exemple.

Les islamistes, en costume cravate voulant l’instauration d’un Etat islamique soi-disant moderne, font abstraction de la présence de tous les autres citoyens croyant en d’autres religions ou athées, et même ceux qui ont une vision de l’islam différente de la leur (chiites, sunnites, soufis, malékites, hanafites, mutazilites, etc.). Il s’agit d’une entorse grave à la liberté de culte et à la démocratie. Celui qui gouverne en se basant sur des préceptes religieux utilise la religion comme un bouclier à l’encontre de ses opposants, personne ne pourrait remettre en cause sa façon de gérer les affaires de la cité. Le pouvoir politique se sacralise et devient une véritable tyrannie.

À ces renégats des temps modernes, la tâche sera rude ; n’en déplaise à un certain Daoud qui, après avoir trouvé soutien et laânaya en Kabylie, se comporte maintenant en maître-penseur, en donneur de leçon, allant jusqu’à comparer les militants de la cause berbère aux sinistres islamistes. La Kabylie est une terre de résistance et le restera pour toujours, les nouveaux véritables Zouaves sont plus déterminés que jamais pour défendre leur attachement à la vie, leur culture et leur identité, après s’être abreuvés des chants guerriers de Matoub et de la clairvoyance d’Idir. La sève produite par leurs racines nourrit cette propension à s’élever toujours plus haut dans le ciel du progrès et de la modernité. Ils tiennent le cap en persévérant sur la voie menant vers un monde plus respectueux des droits de l’Homme et de la démocratie. Le combat continue: «Ur enverru ittvel d-agwaman, d-imazighen assa am-zekka »…

M. AMAGHNAS

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