J’ai la couleur de ceux qu’on opprime

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Manifestation contre la violence policiere aux usa
Manifestation contre la violence policiere aux usa

CONTRIBUTION (TAMURT) – Le silence assourdissant des pays de l’Union africaine renseigne sur le degré d’illégitimité dont ils font preuve dans ces moments de prise de conscience mondiale du racisme hérité de l’esclavage et de la colonisation. Aucune déclaration ni préoccupation du sort réservé aux Noirs des États-Unis. Il faut dire cette union politique UA ne le fait pas déjà suffisamment pour de nombreux Africains que l’on tue ou que l’on persécute sur le continent africain.

Dans de nombreuses contrées d’Afrique, des citoyens sont tués, emprisonnés et torturés, sans qu’aucune institution ne veuille lever le moindre doigt. La moquerie est telle, que quand c’est sur le continent, c’est aux autres de s’indigner, de condamner et de déplorer. Les institutions africaines souvent regardent ailleurs.

Au-delà du drame humain, ce qui crève le cœur dans cette affaire, c’est sa gestion politique. En effet, le président américain, qui n’a jamais fait mystère de ses accointances politiques, ne s’est même pas donné la peine de compatir à la douleur de la famille de George Floyd, pas plus qu’il n’a condamné ce crime. Pire, il prend l’option de faire appel à l’armée pour réduire au silence les cris de colère des Américains.

Il avait fallu attendre quatre jours pour que le meurtrier soit arrêté et inculpé, dans un premier temps d’homicide involontaire. Cette clémence apparente de la justice avait attisé la colère et, le dernier week-end de mai, les manifestations avaient dégénéré en violence, avec des affrontements et des pillages nocturnes dans plusieurs villes du pays. Depuis, le chef d’inculpation retenu contre le policier Derek Chauvin a été requalifié de « meurtre », un crime passible de 40 ans de prison, et ses trois collègues ont été arrêtés et inculpés pour complicité.

Des manifestations planétaires ont eu lieu un peu partout dans le monde. Des statues sont déboulonnée notamment en Belgique. C’était l’une des nombreuses effigies de ce roi, colonisateur du Congo, qui a été dégradée ces derniers jours.

Plus largement, alors que le mouvement Black Lives Matter connaît un important écho, l’heure est venue pour les pays anciens colonisateurs d’affronter sérieusement les pages les plus sombres de leurs histoires coloniales.

La colonisation ne pourra plus être oubliée mais enseignée et les concepts indispensables de (néo)colonialisme, impérialisme et décolonisation maîtrisés par les jeunes générations. L’histoire abordée est encore trop souvent avec une perspective blanche, européenne et paternaliste. Remettre en question la supériorité européenne et reconnaître que d’autres parties du monde ont fourni (et fournissent toujours) un apport important à la société, ne peut être que réparation salutaire.

Dans un silence absolu, des employés des pompes funèbres ont porté dans le bâtiment, où une cérémonie d’obsèques privée est prévue, et des policiers ont formé une haie d’honneur.

Les forces de l’ordre impliquées dans des circonstances qui continuent de glacer l’Amérique : dont un policier asphyxie un citoyen américain noir, restant agenouillé sur son cou pendant près de neuf minutes, a poussé les Américains à descendre par milliers dans les rues pour exiger la fin des « brutalités policières » et des discriminations raciales, des manifestations d’une ampleur inédite depuis le mouvement des droits civiques des années 1960.

Le racisme n’est pas qu’un problème américain, mais mondial, et l’Afrique se doit de réagir. Ce sont ses enfants (petits enfants) qui sont souvent victimes. Et c’est tous ensemble qu’il sera vaincu.

Pendant ce temps, dans des contrées d’Afrique privées de liberté depuis les indépendances, le fait d’être et de rester soi-même relève de l’exploit tant l’oppression culturelle, économique et politique est insoutenable. Les libérations menées par les anciens combattants n’ont pas été honorées mais souvent détournées et pire ont installé d’autres formes de domination. Partout, une même volonté forte parcourt les peuples d’Afrique, exigeant d’être maître de son destin, libre, fier de sa terre, de ses ancêtres, et combattant les cultures prédatrices partout des territoires nord-africains aux confins du Sud de l’Afrique.

Amazouz ILMATHEN

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