Brahim Tayeb rend hommage à son frère

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Brahim TAYEB avec son regretté frere Mohand Larbi
Brahim TAYEB avec son regretté frere Mohand Larbi

KABYLIE (TAMURT) – C’est un hommage extrêmement émouvant que vient de rendre le grand et célèbre chanteur kabyle Brahim Tayeb à son frère Mohand Larbi Tayeb dit Laravi Atfrah. Le message est affectueusement intitulé : « A mon frère ainé, aimé, Mohand Larbi Tayeb alias Laravi Atfrah, la toute dernière première fois ».

« Je m’apprêtais à venir en urgence, croyant pouvoir te secourir, du moins, avoir un ultime au revoir. Non, tu ne voulais pas attendre une minute de plus, tu es parti, en me disant juste : akka », souligne Brahim Tayeb avant d’ajouter : « Akka ! C’est comme ça ! Tu me disais qu’on était programmé pour mourir depuis notre venue au monde. Tu disais tellement de choses ! Des vérités, tes vérités qui sont restées gravées dans ma mémoire, depuis… Avec toi, j’ai vécu plein de « première fois ». Brahim Tayeb se met alors à revenir sur des souvenirs communs avec son regretté frère qui nous a quittés il y a quelques jours : la première fois», c’était ta rencontre après ton retour de l’étranger ; ce fut la première fois qu’on s’est rencontré, qu’on s’est parlé, qu’on s’est touché, qu’on s’est embrassé…Elle fut, avant tout, un grand bonheur pour notre père, notre mère, pour tout le village qui t’attendait comme un soleil qui allait éclairer tout le pays. « chubaghk s itij id icherqen, idhalled siger tghaltin, ur thessikidhent wallen, yedhwad tudhrin thimdhinin, amzun d kec id iruhen, terridh ighublan akin, almi dimi ideldint wallen, kec tghabedh tlam yeqin ». Brahim Tayeb, dans ce message adressé à son regretté frère ajoute : « C’était ta rencontre, suite à une très longue absence durant laquelle tu étais un véritable mythe ! Un absent omniprésent… Tu partageais, d’une certaine manière, le statut de dieu, celui qu’on ne voit pas mais de qui on parlait en permanence… Notre père croyait en Dieu, et en toi… Il nous disait que tu es parti chercher le savoir et la connaissance, que tu reviendras, que tu nous sauveras, tu nous enseigneras, tu nous éclaireras…

Alors, la vie s’ écoulait tranquillement au village, et nous, les trois sœurs, les trois frères mais également tout le village, t’attendions, intrigués ! Et tu es revenu ! ». Brahim Tayeb n’a rien oublié des premiers souvenirs vécus avec son frère décédé récemment, la première sortie à la plage, avec tous les enfants du village, la première descente à la rivière de taghzuth n ldjemaa, la première inscription à l’université de ma sœur et ma cousine : tout un combat ! parce qu’il était question de libérer, par cet acte, toutes les filles du village, de la contrainte des traditions insensées qui leur interdisaient de poursuivre leurs études. Brahim Tayeb se souvient aussi de la première télévision, « c’était l’une des premières télévisions du village, cela permettait de rassembler presque tous les enfants du village chez nous qui venaient, surexcités, regarder les programmes de l’époque… Tu adorais ces regroupements, tu garderas ce statut de rassembleur pour le restant de ta vie ! Tu ramenais la bonne humeur, avec tes blagues et ta voix qui portait tellement… Cette voix et ton rire sonnent encore dans mes oreilles ».

Les moments partagés entre Brahim et son frère Mohand Larbi ne s’arrêtent pas là : Ah !!! Ma première bière, ça ne pouvait pas être avec quelqu’un d’autre que toi ! C’était tout simplement la renaissance, depuis ton retour. Comment ne pas pleurer ta présence bruyante, ta bonne humeur, ta voix tonitruante ? Comment ne pas te pleurer ? Tu étais notre second père depuis ton retour au pays. Tu étais l’opposition à l’ordre familial établi. Tu avais l’art de convaincre ainsi que le raisonnement et l’argumentation pour chaque contexte. Tu étais le même dans la famille, dans le village, dans ton travail, avec ton entourage…Avec toi, on ne pouvait pas se perdre, tu étais la constance en personne. En plus d’être entier et sans filtre, tu étais aussi bruyant et exubérant ; on pouvait te voir et t’entendre de très loin. Avec toi, même les disputes ont une saveur : aussi passionnées que drôles… Brahim Tayeb rappelle que son frère disait que sauver la Kabylie revient à sauver toute l’Algérie, car les autres régions allaient prendre exemple : Et tu étais là, au cœur de l’action, là où tu jugeais être utile : à l’université, dans la rue, dans le quartier, au village… tout le monde te témoigne cette présence indéniable. « Là où tu es maintenant, tu dois surement être avec notre père, et continuer la discussion d’autrefois, je ne sais de quoi encore tu vas vouloir le convaincre. Notre père, avec qui le débat était ouvert sur toutes les questions qui nous préoccupaient, on discutait jusqu’à l’existence de dieu, avec lui qui était un religieux ! Je te prie, de lui transmettre notre affection, ainsi que notre gratitude pour tout ce qu’il était pour nous.

Tu vas me manquer a zizi laravi ! Heureusement que dans notre famille, grâce à notre père, grâce à toi, on pouvait tout se dire : on ne se prive pas de nous exprimer notre amour les uns pour les autres. On se disputait aussi franchement et se dénigrait sans problème. Je te redis Hemlagh-k et je t’entends me le dire ! Hélas, la toute dernière première fois que tu me fais voir, c’est d’organiser ton enterrement… Je l’ai fait, c’était dur à accepter et à accomplir ; j’espère que tu es content, toi le stressé, perfectionniste ! J’ai fait du mieux que j’ai pu. Tu resteras en moi, je continuerai à rassembler notre famille, comme tu le faisais, à la protéger de toute mes forces, à protéger tous ceux que tu aimes : ta femme, qui est restée à tes côtés jusqu’à ton dernier souffle, tes enfants, tes sœurs, tes neveux et tous les tiens ! Je protégerai ta mémoire du mieux que je pourrai…

Par ton départ, je retourne malgré moi à mon enfance, sauf que cette fois ci, je sais que tu ne reviendras de nulle part… En attendant que je te rejoigne, je te promets que je garderai bien le kanoun… Tu peux d’ores et déjà préparer tous les ingrédients pour fêter nos retrouvailles… moi, j’apporterai la musique », termine Brahim Tayeb.

Tarik Haddouche

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