Tichy : « La langue kabyle a bien entamé sa révolution numérique »

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Larbi Yahioun, à Tichy, mars 2021
Larbi Yahioun, à Tichy, mars 2021

TICHY (TAMURT) – « La langue Kabyle, de l’oralité aux nouvelles technologies » est le thème d’une rencontre-débat animée, ce samedi 20 mars, par l’enseignant et auteur de langue kabyle, Larbi Yahioun, au niveau du centre culturel Idir Achour de Baccaro. Initié par le Café littéraire de Tichy et l’association Asaki (Eveil) de la même localité, cet évènement fut une occasion à l’auteur, connu pour son engagement militant en faveur de l’indépendance de la Kabylie, d’organiser une vente dédicace de son livre « Taqbaylit, iles d yidles » dont la deuxième édition revue et augmentée vient de paraître.

Pour l’enfant de Tifrit, le village natal du défunt Mohamed Ouharoun, la langue kabyle a bel et bien entamé sa révolution numérique et les avancées réalisées en la matière sont infiniment au-delà de ce que pensent certains kabyles pessimistes. « Beaucoup de kabyles méprisent leur langue, arguant qu’elle est incapable de se développer dans les domaines scientifiques. En vérité, elle les dépasse largement, car elle a bien entamé sa révolution numérique, alors que ceux-ci se complaisent encore dans les histoires près du kanoun. La langue kabyle vole dans les cieux de la technologie et la révolution n’a que commencé », a-t-il tranché avec une ironie assez mordante.
Preuves à l’appui, Larbi Yahioun cite l’exemple de Tatoeba. « Après common voice, dont la langue kabyle occupe la 4ème place derrière l’anglais, l’allemand et le français, Taqbaylit est sur Tatoeba, une plate-forme de phrases et de traductions qui nous permettra de générer des modèles de voix, accessibles au large publique. Désormais, le kabyle est sur la bonne voie dans le monde numérique », a-t-il insisté.

En outre, l’orateur a rappelé que le navigateur Mozilla Firefox et le réseau social Facebook sont aussi disponibles en kabyle. S’exprimant devant une assistance toute ouïe, l’invité du Café littéraire de Tichy a commencé son intervention par donner un aperçu historique sur les débuts du passage de la langue kabyle de l’oralité à l’écrit. D’après Larbi Yahioun, ce sont des français, durant la période coloniale, qui ont commencé à mettre par écrit la sagesse populaire kabyle (proverbes, contes, poèmes) qui se transmettait de génération en génération par voie orale. L’orateur cite en exemple l’auteur Adolphe Hanoteau, qui a écrit en 1858 « Essai de grammaire kabyle » et a publié en 1896 un livre sur les poèmes populaires du Djurdjura. Son compatriote René Basset avait rédigé le « Manuel de langue kabyle » en 1887. Pour sa part, Auguste Mouliéras a écrit en 1893 en kabyle un ouvrage intitulé « Légendes et contes merveilleux de la grande Kabylie ». Il s’agit d’un recueil d’histoires légendaires kabyles. A cette époque-là, la langue kabyle était enseignée à l’université d’Alger, a indiqué Larbi Yahioun. « Beaucoup de gens l’ignore, mais durant l’ère coloniale le kabyle était enseignée à l’université et, en 1885, l’on délivrait déjà aux étudiants une attestation de langue kabyle et un diplôme des dialectes amazighs. L’on distinguait le kabyle comme une langue à part », a-t-il expliqué.

D’autres autochtones ont pris le relais. Il s’agit d’abord du célèbre inconnu Belkacem Ben Sedira (1845-1901), qui a rédigé son fameux « Cours de langue kabyle, grammaire et versions ». Ensuite, Saïd Boulifa a publié en 1897 son premier livre intitulé « Une première année de langue kabyle » et « Méthodes de langue kabyle ». En 1913, il édite « Deuxième année de langue kabyle ». « De 1858 à 1913, on parlait du kabyle en tant que langue distincte et c’est à cette époque que le kabyle a pris le chemin de l’écriture. Cela a renforcé sa créativité et l’a propulsé de l’avant. La langue se développe lorsqu’on l’utilise dans la communication orale et écrite », a souligné cet enseignant de la langue et de la littérature kabyle, titulaire d’un diplôme de Master en Didactique et d’un DEUA en psychologie de l’enfant. Et d’ajouter : « Le kabyle a survécu par l’oralité durant les siècles précédents, mais c’est l’écriture, notamment le roman, qui lui a permis d’entrer dans le domaine de la littérature où l’esthétique d’une langue apparaît. Le roman est le socle de la littérature », a-t-il soutenu.

Abondant dans le même sens, il indiquera que Belaid At-Ali est pionnier du roman kabyle. Ses cahiers rédigés dans les années 1940, affirme-t-il, ont été publiés par les Pères Blancs en 1963. « Il a rédigé neuf cahiers renfermant au total 600 pages. Il a, par exemple, mis par écrit des histoires qu’il a amplifiées, en y insérant des dialogues et de la description. Les spécialistes en littérature amazighe ont discerné dans ces cahiers un genre littéraire ressemblant à un roman », a expliqué Larbi Yahioun. En outre, l’orateur a souligné avec acuité l’apport considérable et crucial de l’Amusnaw Mouloud Mammeri, qui continue d’inspirer des générations d’écrivains et de chercheurs en langue kabyle. Les premiers furent Alliche Rachid qui a publié deux romans en 1981 et 1986, Said Sadi, Askuti, en 1983 et Amar Mezdad, It d was, en 1990. « Dernièrement, il y a une production riche de l’œuvre romanesque. Pour la seule année 2019, une quinzaine de romans ont été publiés en kabyle contre une dizaine en 2020. A cela s’ajoute la traduction en kabyle d’une douzaine de romans d’auteurs universellement connus, à l’instar de L’Alchimiste de Paolo Coello et l’Etranger d’Albert Camus », a affirmé l’invité du Café littéraire de Tichy. Si dans les années 1980 le discours identitaire a dominé dans l’œuvre romanesque des auteurs de l’époque, vu le contexte de l’époque, les écrivains récents explorent d’autres thématiques, comme l’amour et l’art.

Par ailleurs, Larbi Yahioun s’est félicité de l’intérêt qu’accordent certains écrivains au domaine scientifique. Plusieurs ouvrages spécialisés ont été déjà publiés en kabyle sur le vocabulaire des mathématiques (La revue Tafsut 1984), « Physique moderne », du docteur Dahmani, datant de 2003 et disponible en PDF sur Google, « Les sciences de la terre » et « Le vocabulaire de l’informatique », parus en 2004, « Le lexique juridique », « Le lexique dentaire », « Le lexique pratique des pathologies », publié en 2012, et un dictionnaire électrotechnique, ainsi qu’un ouvrage sur la physique renfermant plus de 300 pages. En somme, la langue kabyle, selon Larbi Yahioun, peut être utilisée dans tous les domaines de la science, que ce soit dans la littérature, la médecine, la physique, les maths, l’astronomie, pourvu qu’on lui donne les moyens dont elle a besoin pour se développer.

Arezki Massi

6 COMMENTAIRES

  1. Le kabyle n’est pas une langue, c’est un dialecte de la langue berbère, le dialecte kabyle est composé de 55% de mots arabes, c’est une réalité.

    • La langue arabe n’est qu’un esperanto du 12 eme siecle, comment veux tu que il y’a 55% dans dans la langue kabyle qui est millinaire. Il faut cesser d’etaler vos ignorances a l’infini. La grammaire de cet esperanto est l’oeuvre d’un kabyle du nom de Ibn Muti . Fais des recherches tu le trouveras surement:Un grammairien “oublié” : Ibn Muʿṭī
      Il n’existe pas de vraie langue arabe car il n’existe aucun peuple arabe. L’histoire ne retient aucun evenement d’un peuple arabe dans le Hijaz avant la fable de l’islam. Pas de nom de roi, d’intellectuel ou d’artiste. Il ne y’avait meme pas de vie dans ce desert. L’histoire de l’islam est une pure invention sans tete ni queue. Ils vous disent que Okba a envahi l’Afrique du nord, mais personne n’a ete temoin de ces invasions a son epoque. Ni Oqba, ni Khania ni rien du tout n’existent. De la fiction pour construire une histoire a l’islam qui existé auparavant sous le nom du christianisme unitariste dit arianisme …du theologien Arius. Nous sommes au 21 eme siecle, nous sommes en etat de bien remonter le temps malgre le bombardement de mensonges franco-bedouin.

    • @Elvaz
      un autre miserable arabe qui vient nous parler de notre langue Kabyle. Ramene toi devant quelqu’un qui parle bien le Kabyle et si tu comprends quoi que ce soit fais moi signe.

  2. Tout cela est très bonne augure.
    Seul le travail paye
    Il ne faut compter que sur nous même
    Bravo a tous ceux qui travaillent dans l’anonymat pour que notre s’impose malgré les obstacles de nos ennemis déclarés ou cachés

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