Conférence sur « L’habitat traditionnel en Kabylie, organisation sociale et symbolique »

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Ali Sayad, anthropologue
Ali Sayad, anthropologue

VGAYET (TAMURT) – L’anthropologue kabyle Ali Sayad sera l’invité, lundi 03 mai 2021, de l’association « Bruit des mots » de Vgayet. Le chercheur, connu et reconnu par ses pairs, donnera, à la bibliothèque principale de Vgayet, une conférence autour de la thématique : « L’habitat traditionnel en Kabylie, organisation sociale et symbolique ». Connu pour avoir édité plusieurs ouvrages sur le patrimoine matériel et immatériel de la Kabylie et d’autres régions berbérophones, Ali Sayad ne manquera de tirer la sonnette d’alarme sur l’avancée du béton dans les villages kabyles.

« La ville s’est injectée dans les campagnes, tout comme le rural a pénétré dans les villes. On en a fait des «rurbains» qui n’appartiennent à aucune culture » avait-il déclaré à la presse début 2000. Et de souligner : « La maison avait autrefois une âme. A partir du moment où elle n’est plus entretenue, parce qu’inhabitée, elle a perdu son âme. Tout comme le métier à tisser a son âme. Une personne, si elle n’est pas animée par une âme, elle ne peut produire, et cette âme, c’est la conscience des individus », appelant les générations d’aujourd’hui à préserver ce que nos ancêtres nous ont légué à même de le transmettre aux générations futures.

Pour cet anthropologue, la maison kabyle à une âme. « L’âme de la maison kabyle c’est bien entendu la femme. C’est elle qui y vit en permanence, l’entretient, la décore. Dans la construction de la maison, le gros-œuvre est fait par l’homme. Quand il a déposé le toit, tout ce qui concerne le crépissage au kaolin (toumlilt), la construction de banquettes (tidekwounin) le modelage des ikufan, le lissage à la chaux du parterre et du sous-bassement avec son décor artistiquement réalisé…, c’est du domaine de la femme ». Pour illustrer son propos, Ali Sayad cite le cas d’une femme native d’ Akbil, dans la wilaya de Tizi Ouzou. « C’est une femme-maçon qui a construit, au XVIIe siècle, la mosquée du village, avec pour manœuvre son mari. N’est-ce pas elle «l’agent secret de la modernité», en introduisant dans la maison toutes commodités, l’hygiène et les atouts d’une vie meilleure. Si l’homme est le flambeau à l’extérieur, la femme est la lumière du dedans, dit le vieil adage kabyle »a-t-il fait observer.

Avec des rencontres du genre, les kabyles prendront certainement connaissance que leur patrimoine matériel s’effrite au fil des ans. D’où l’urgence d’engager une réflexion sur les voies et moyens à même d’enrayer l’avancée du béton dans les villages kabyles et redonner vie à la maison kabyle.

Dalil Imaxlufen

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