Reportage: Elections législatives à Vgayet : Choisir entre la Kabylie et l’Algérie !

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Place Gueydon à Bgayet (Béjaia) en Kabylie
Place Gueydon à Bgayet (Béjaia) en Kabylie

VGAYET (TAMURT) – Entre deux bâtiments de la cité populaire de Sidi Ahmed, construite dans les années 80, quelques vieux, les visages burinés par le poids des ans, se passent un quotidien d’information. A un jet de pierre de là, des gamins courent dans tous les sens dans un brouhaha assourdissant. Au pied d’un eucalyptus, quelques jeunes désœuvrés commentent l’actualité de la veille. Scènes de vie dans une cité populaire où les manques empoisonnent la vie des vieux, des jeunes et des moins jeunes. Dans cette cité surpeuplée, point de signes d’un quelconque imminent rendez-vous électoral. Nous sommes dimanche 06 juin 2021. Il est 10h du matin.

Nabil, visage crispé et pas pressé, vaque à ses occupations. Père de deux filles, l’homme aux cheveux grisonnants craint pour l’avenir de sa région. Vieux routier de la politique, le quinquagénaire ne croit plus à cette Algérie qui assène des coups à sa ville chérie, Vgayet, et sa Kabylie. « J’ai tout vu et vécu depuis le début des années 90 ; cette fois, la situation ne conjecture rien de bon »juge-t-il. Il se rappelle des années où la population locale croyait aux idéaux prônés par des hommes politiques au charisme incontesté. « J’étais au FFS ; en écoutant feu Aït Ahmed haranguer la foule, nous n’osions même pas commenter la teneur de son discours ; on voyait en lui le messie qui pouvait bien nous rendre notre dignité, nous sortir de la misère, faire de nous des hommes et des femmes respectés » se remémore-t-il.

« Aujourd’hui, je me rends compte que les discours milieux des politiques de l’époque n’ont guère changé notre amère réalité. Bien au contraire notre quotidien est devenu bien plus difficile » regrette-t-il sur une pointe d’amertume.
Comme Nabil, Salim, ancien cadre du FFS, ne cache plus sa déception. « Lorsque j’étais cadre du parti je n’ai à aucun instant douté du bien fondé de nos actions envers ce pays, en croyant au vivre ensemble et à la pluralité ; malheureusement, il s’avère aujourd’hui que notre démarche n’était pas la bonne » confesse-t-il, jurant de ne plus faire de la politique.

Réinventer la politique
D’aucuns en Kabylie estiment que la scène politique locale n’est plus ce qu’elle était auparavant. Les discours aux relents racistes pullulent, notamment ces deux dernières années. La Kabylie fait face à des tirs croisés de toutes parts. Le pouvoir tente à l’approche de chaque échéance électorale de rabattre ses cartes, en jouant au pourrissement. Il interpelle des kabyles à tout va et jette en prison des jeunes, dont le seul tort est d’avoir exprimé une opinion. Sur de l’assujettissement de ses soutiens locaux, le pouvoir algérien compte bien mener la vie dure aux kabyles. Et pour preuve, il a arrêté et placé huit jeunes indépendantistes sous mandat de dépôt. Huit autres mandats de dépôt sont en attente d’exécution. Parmi ces huit militants figure une jeune femme de 23 ans. Une artiste, une intellectuelle et une activiste kabyle qui risque d’être mise en taule par une justice au service d’un pouvoir aveugle.

Néanmoins, la Kabylie ne compte pas baisser les bras. Son combat continue. Elle a de l’endurance. Son combat triomphera. Certes, les modes opératoires des uns et des autres différent, mais Taqbaylit reste leur dénominateur commun. Dans les quartiers populaires de Vgayet, à l’image de Taklait, Ihaddaden, Ighil Ouazzoug, des jeunes se rencontrent, débattent, échangent des points de vue et jettent les jalons de la Kabylie de demain.

Les larbins du pouvoir hués
Ces jeunes tentent de réinventer la politique. Lui donner une autre consistance que celle héritée des partis pro-pouvoir. Dans un pacifisme irréprochable, ces jeunes militants politiques en herbe ont la force de convaincre par le verbe. Dans leur tableau de chasse, les candidats aux prochaines élections législatives anticipées du 12 juin. Dans ce cheminement, ces militants ont tenté, vendredi dernier, de faire comprendre à ces candidats que leur participation à cette mascarade est un déshonneur, non pas pour eux seuls et leurs familles, mais pour toute la Kabylie.

Ainsi deux haltes ont été observées par ces jeunes sous les fenêtres de deux candidats, l’un sur la liste du « Front de l’avenir » et l’autre sur une liste FLN. Ce dernier est sorti de sa réserve, samedi, pour annoncer son retrait. Et voila que l’action de ces jeunes militants comme à porter ses fruits. Dans toutes les municipalités de Vgayet, aucun candidat à ces élections ne s’est manifesté pour parler du bien fondé de sa démarche et convaincre les populations d’aller voter pour lui. Passons outre les programmes !

Ces candidats fantômes, ont même décliné l’invitation de la radio Soummam pour prendre part à une émission politique. Drôle de campagne ! Et des candidats présents sur papier et absent sur le terrain. « Les Kabyles doivent redoubler de vigilance pour faire face aux offensives du pouvoir, qui tentera de faire avorter toute tentative visant à unifier de rangs des militants politiques de la région » prévient Salim, exhortant la population locale à appuyer toutes les initiatives kabyles et faire l’impasse sur le reste.

Dalil Imaxlufen

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