La vie contre la mort

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KABYLIE (Tamurt) – Après la consternation et la stupéfaction, après l’étonnement et le réveil brutal  suite aux événements fâcheux de Paris, la France ne semble pas encore comprendre la raison exacte qui a fait que le pays des droits de l’homme et de la liberté soit frappé aussi violemment par ceux-là mêmes qui ont bénéficié de son hospitalité et de ses largesses. Nous kabyles, démocrates, laïcs et libertaires sommes conscients et connaissons parfaitement cette raison.

Sans être savant ou érudit, sans être exégètes ou homme de loi, nous Kabyles particulièrement touchés par la décennie noire en Algérie savons que la complaisance, la supercherie et la compromission politiques peuvent être le carburant qui enflamme le moteur de la nébuleuse islamo-intégriste. À trop vouloir jouer avec les braises on finit par se bruler les doigts ou carrément les mains.

La Kabylie a payé un prix fort pour que vive l’Algérie que l’on croyait être patrie comme au temps de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui malgré ces attentats abjects, inhumains et particulièrement féroces, la nomenclature politique française semble encore à mille lieues de la réalité et les déclarations à chaud ou à tête reposée depuis ne semblent nullement dicter ou suggérer  une nouvelle politique vis-à-vis des radicaux et de leurs sponsors en turban ou en alpaga. On a cru qu’ils avaient compris avec les attaques contre Charlie Hebdo, mais apparemment que dalle. Les mêmes analyses, les mêmes leçons tirées par les cheveux. Les officiels Français se font tous petits devant cette catastrophe moyenâgeuse. Comme une ritournelle, toutes les déclarations à tous les niveaux insistent sur la non-stigmatisation des musulmans de France. Quand on sait que tous terroristes abattus ou en fuite sont des musulmans de France ( ?).

La France a peur décidément de ses fils égarés longtemps chouchoutés! Aujourd’hui encore, malgré la barbarie de ces attaques meurtrières en plein cœur de Paris, les responsables politiques et les médias dans leur quasi-totalité semblent désemparés et hésitants quant à nommer un chat un chat. Sinon comment comprendre et expliquer le défilé des sponsors du terrorisme sur les plateaux des télévisions françaises. Les représentants de l’UOIF, les représentants de tous les islams de France qui encore une fois ont, sur le bout des lèvres, plus justifier que condamner les attentats ont colonisé les plateaux. On a même vu le représentant des musulmans de France refuser de condamner les propos de l’imam de Brest sur la musique. Et dans tout ce brouhaha médiatique, la France généreuse avec les islamistes a omis les ennemis naturels de l’islamisme politique et ceux qui ont combattu ce cancer du 21eme siècle.

Les kabyles de France, première communauté étrangère de la métropole et vivant en parfaite harmonie avec les fondements de la république française sont les éternels oubliés de ce énième rendez-vous avec la réalité du monde. La France se trompe d’alliés et se trompe de géostratégie. La diaspora kabyle se propose de travailler avec les Français d’égal à égal pour le même idéale : le vivre ensemble pour une vision commune : la coexistence pacifique, un impératif pour la survie de l’humanité, chose que renie l’arabo-islamisme  qu’il soit en djellaba ou en costume alpaga. Ceux qui viennent à Paris pour pleurer avec les victimes sont ceux-là mêmes qui partagent la charogne avec les loups.  La guerre est déclarée entre non pas la France contre les DAECH ni l’occident contre l’orient ni encore le christianisme contre l’islamisme, mais la famille qui avance contre celle qui recule*. La vie contre la mort.

Issam Anyl

* Dernière chronique de Tahar Djaout dans journal rupture avant son assassinat par les sanguinaires  FIS en juin 1993 à Alger.