À quand la révolte en Algérie?

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Le feu a pris si rapidement, qu’en un clin d’œil, il embrasé la quasi-totalité de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient –ce coin du monde dénommé, par les occidentaux, le monde arabe- . Il a emporté deux dictateurs. Il est sur le point de déchoir un troisième et continue à faire trembler bien d’autres. Il n’a épargné ni monarchies, ni républiques autant à l’Est qu’à l’Ouest de l’Algérie. Cette dernière s’est calmée comme par magie après quelques jours d’agitation. Et dire que c’est elle qui a la réputation de nerveuse contestatrice.

Rappelons que tout cela s’est passé en hiver, mais d’aucuns parlent d’un printemps arabe. Nous ne sommes plus à un amalgame près. Pour toutes ces raisons, bien des curieux à travers la planète se disent surpris que « le printemps arabe » n’atteigne pas encore l’Algérie. D’abord faut-il leur rappeler que l’Algérie n’est pas arabe? Elle attend assurément le printemps berbère. Mais il faut aussi observer à travers une lunette plus large pour découvrir une réalité autrement plus complexe.

Commençons par ne pas nier que l’Algérie n’est pas constituée d’un seul peuple. Lorsque la culture et les valeurs en général sont différentes, on ne peut pas s’attendre aux mêmes aspirations, encore moins aux mêmes revendications et quasiment jamais à une même révolte. D’aucuns oseront susurrer qu’on a connu la révolte contre le colonialisme français; mais c’est justement éluder qu’elle a été menée presque exclusivement par les Kabyles. Passons…

Si les peuples arabes sont totalement contenus depuis des décennies, l’Algérie a desserré l’étau durant le printemps berbère de 1980, qui a donné naissance à une mouvance qui n’a jamais cessé de manifester, pour atteindre son sommet lors des printemps noirs de 2001 à 2003. Entre temps, la manipulation de l’armée en 1988 a provoqué un séisme politique, notamment à Alger, pour accoucher d’un pluripartisme de façade qui nous a leurrés tous, pendant une vingtaine d’années et qui continue de berner, encore aujourd’hui, certaines franges de la société en leur faisant miroiter des possibilités de changements pacifiques quand bien même la répression ne s’est jamais faite attendre. Ces manifestations de républicains centralistes invétérés sont à chaque fois étouffées dans l’œuf. D’ailleurs, il suffit que les forces répressives ferment les accès vers la Kabylie pour que toute tentative de manifestation soit vaine. Ceux qui parviennent malgré tout à atteindre le lieu de rassemblement seront accueillis par des anti-Kabyles qui leur intiment l’ordre de repartir dans leur région avec insultes et couteaux. C’est dire l’expertise acquise par le pouvoir en matière de répression et de manipulation du régionalisme.

Les intégristes armés ne laissent place à personne : «on veut la loi islamique sans vote ni concertation et mort à quiconque qui se trouverait sur notre chemin !».

Les partis de la coalition présidentielle et leurs sympathisants continuent de nager dans les eaux troubles et à traire la vache pétrolifère.

Le reste de ces peuples, émietté, ne sait plus à quel saint se vouer.

Mais la grande affaire, ce sont les 155 milliards de dollars de réserve qui constituent la puissance de frappe du système de corruption. Il y a de quoi donner à manger à quantité de meneurs potentiels.

Les Kabyles autonomistes, les « républicains », les intégristes armés, la coalition présidentielle resteront, à jamais, opposés. Pourtant, en général, l’opposition scande les mêmes slogans : corruption, injustice, confiscation des libertés… Cependant, les mots n’ont pas le même sens pour tous.

À la différence de tous justement, les Kabyles autonomistes ne rêvent pas d’un État centralisé et fort. Ils demeurent pragmatiques en n’aspirant qu’à ce qui est réalisable et utile : L’AUTONOMIE RÉGIONALE. Les slogans sont plus clairs : ma dignité, ma langue, ma culture, mon histoire, ma région ! Tous les ingrédients sont là pour avoir un printemps kabyle grandiose : grèves, rassemblements, marches, conscience, unité, colère, courage et détermination. Nous l’aurons !