Abdelaziz Bouteflika sur les traces de Mao Tsé-Toung ?

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ALGÉRIE (Tamurt) – Voyons donc la chose. Lors de son émission hebdomadaire «Dairat adhaou», diffusée tous les jeudis après le journal de 20 heures, l’animateur, Karim Boussalem, nous a présenté une émission des plus inénarrables. Ou du moins en apparence. En effet, d’habitude Karim Boussalem en tandem avec Djamel Ben Ali, expert en géopolitique et géostratégie, lequel programme l’émission « Dairat adhaou », traite avec ses invités, tous des spécialistes et des experts des dossiers internationaux, portant sur des questions de géopolitique et géostratégie.

Karim Boussalem, ancien présentateur du journal de 20 heures, maîtrise parfaitement son sujet. Chaque jeudi, il réussit à entraîner les téléspectateurs sur un dossier international très chaud. Il n’est pas du tout exagéré d’affirmer que l’émission «Dairat adhaou» est une excellente école. Cependant, Karim Boussalem nous entraîné jeudi dernier sur un terrain inhabituel. En effet, au lieu de voir quelques universitaires et spécialistes des questions internationales, l’animateur nous a présenté de jeunes gens, majoritairement des étudiants. Il s’agit de groupes de jeunes d’Alger, Oran, Constantine et Ouargla. Le sujet proposé au débat porte sur les élections du 10 mai prochain.

Chaque jeune est allé dans le sujet selon naturellement sa propre conception des choses. Il va sans dire que beaucoup d’intervenants sont loin de maîtriser la chose politique et ses conditions d’exercice. Même le concept de la citoyenneté leur échappe. En effet, dans leur appel aux Algériens d’aller voter le jour « J », ils ont interprété l’acte de vote comme un devoir pour l’électeur. Or, le vote n’est pas un devoir mais un droit pour chaque citoyen en âge de voter et jouissant de ses droits civiques. Peut-on leur en tenir rigueur pour cela? Non bien sûr. D’ailleurs, même des personnes adultes et censées maîtriser les concepts de citoyenneté parlent de devoir lorsqu’il s’agit du geste relatif à l’urne. Cependant, nos jeunes gens et nos jeunes filles doivent apprendre à ne pas évoquer le mot « devoir » dans tous les discours. Le citoyen a des droits et des obligations. En s’acquittant de ses obligations avec honnêteté, c’est un devoir en soi.

Un jeune intervenant de Ouargla est à plaindre plus que les autres. Le malheureux n’a sans doute jamais lu un ouvrage historique traitant de la révolution de Novembre 1954 ni avoir eu l’honneur de discuter de ces événements sanglants ayant abouti à l’indépendance du pays avec nos valeureux officiers de l’ALN. Si c’était le cas, il aurait appris que le nombre de martyrs de la guerre d’indépendance de l’Algérie se situe entre 300.000 et 500.000. Le premier chiffre est celui reconnu par la France et le second est celui avancé par notre valeureuse ALN. L’innocent invité ouargli de Karim Boussalem a déclaré, la tête en avant et le cou haut, que l’Algérie pour qui sont tombés 1.500.000 martyrs relèvera tous les défis.

L’innocence des jeunes invités de l’émission « Dairat adhaou » ne se limite pas seulement à ce niveau. En effet, à la question qui leur a été posée par l’animateur de commenter et d’interpréter la phrase d’Abdelaziz Bouteflika prononcée le 24 février dernier à Oran où il a comparé les législatives du 10 mai 2012 au 2ème Premier Novembre 1954, tous ont répondu par l’affirmative. Quelle grave erreur ! Le premier novembre 1954, seule une poignée d’hommes a eu le courage de prendre les armes et attaquer l’ennemi. La mort, cette extrême violence physique, suivait comme une ombre ces hommes de Novembre. Le plus dur pour ces hommes et ces femmes qui sont sortis, le fusil à l’épaule, au cours de cette nuit glaciale du 31 octobre au 1er novembre 1954 n’étaient pas vraiment sûrs d’être suivis par les autres Algériens. Le courage de mourir, même pour une très noble cause, n’est pas propre à tout le monde. Si à peu près 90% des Algériens souhaitaient de se libérer de la France coloniale en cette année de 1954, il n’en demeure pas moins cependant que pas plus de 10% d’entre eux étaient prêts à donner leur vie pour réaliser ce souhait. Donc, nos jeunes doivent apprendre à se méfier des mythes et des discours logomachiques. « Notre glorieuse révolution », entendons-nous souvent chez ceux qui gagnent des salaires faramineux en jonglant rien que du verbe. Un esprit averti et rationnel remarquerait facilement qu’il y a un pléonasme aussi «gros » qu’un hippopotame dans « glorieuse révolution ». En effet, toutes les révolutions sont glorieuses.

Enfin, l’autre point indiquant que les jeunes invités de Karim Boussalem ont encore un long apprentissage à faire en déclarant que les jeunes doivent non seulement s’impliquer dans la politique mais aussi se porter candidats dans des courses électorales dont les législatives. Au fait, la participation des jeunes aux élections a été aussi suggérée par le président de la république. Est-ce vraiment raisonnable d’envoyer un jeune homme ou une jeune femme de 23 ans à l’hémicycle Zirout Youcef pour débattre des questions engageant l’avenir du pays? Ces jeunes gens qui ont fait entendre leurs voix jeudi dernier à l’émission de Karim Boussalem doivent savoir que dans les pays avancés, que les députés remplissent un certain nombre de critères. La grande instruction et un haut niveau politique. Pour avoir tout cela, il faut quand même avancer un tant soit peu en âge. La quarantaine au moins. Dans ces pays avancés et développés, un candidat à l’élection est à l’abri du besoin. Donc, le poste qu’il convoite n’obéit pas à l’impératif d’ordre lucratif. Hélas, ce n’est pas le cas chez-nous. Nous nous attendions à ce que ces jeunes invités de « Dairat adhaou » développent des thèses dans ce sens. Ça n’a pas été le cas malheureusement. Toutefois, nous demeurons certains qu’ils étaient sincères dans leurs réponses et jugements.

Est-ce le cas cependant d’Abdelaziz Bouteflika ? Celui-ci n’est pas innocent. Il n’est pas non plus un néophyte de la politique. Quiconque peut parier son salaire que le président de la république n’était pas étranger à la programmation de cette émission avec les jeunes. Que désire donc M. Abdelaziz Bouteflika en invitant les jeunes à prononcer « la prohibition » de la gérontocratie ? Le chef d’Etat algérien sait mieux que quiconque que lui-même n’est plus tout jeune. N’est-ce pas que c’est le même homme qui a décidé des modifications à la constitution de 1996 rien que pour s’assurer le troisième mandat et peut-être même le quatrième ? Veut-il se déculpabiliser dans ce qui arrive à l’Algérie ? Bien sûr, en arrivant au pouvoir en 1999, l’Algérie vivait déjà une situation chaotique. Cependant, M. Abdelaziz Bouteflika a promis de changer les choses dans le bon sens. Au bout de 13 ans de règne, l’homme déclare que le pays est en danger. Pire ! Il invite de jeunes gens à faire décamper les anciens, lui excepté bien sûr. Avec sa révolution culturelle, le dictateur et sanguinaire Mao Tsé Toung a procédé de la manière. Enfin presque. M. Abdelaziz Bouteflika n’a pas les mains tâchées de sang. S’agissant de « notre » Mao Tsé Toung, après avoir constaté l’échec criard de sa politique, il n’eut d’autres alternatives que de désigner ses ministres et non moins anciens compagnons de combat aux yeux d’une jeunesse estudiantine fanatisée comme étant des traîtres de la Révolution. C’est ainsi que des sexagénaires, des septuagénaires et même des octogénaires se sont fait tabasser, insulter, cracher à la figure et traîner dans la boue sur la place publique par des jeunes en colère et fanatiques. Les malheureuses victimes n’avaient ne le droit ni le moyen de placer un mot face à des troupes de jeunes en «folie». Quand le monde entier se révolta, Mao Tsé-toung devait dire quelque chose pour «justifier» le plan machiavélique que lui-même imagina et mis à exécution : «La révolution n’est pas un dîner de gala», a tout simplement déclaré à ceux qui l’ont interpellé sur l’innommable produit sous sa responsabilité. Toute la démarche d’Abdelaziz Bouteflika au cours de ces deux dernières années, notamment, indique qu’il veut copier sur Mao Tsé-toung pour justifier l’échec de sa politique. Nous tenons à rappeler, encore une fois, que M. Abdelaziz Bouteflika n’est pas partisan de la violence.

Addenda : portrait de Mao Tsé-toung selon le Larousse :

Homme politique chinois (Shaoshan, Hunan, I898-Pékin 1976). Il participe à la fondation du parti communiste chinois (1921). préconisant une tactique qui utilise le potentiel révolutionnaire des masses paysannes, il dirige l’insurrection de Hunan (1927) : son échec lui vaut d’être exclu du Bureau politique du P.C.C (parti communiste chinois). Gagnant le Giangxi, il fonde la République soviétique chinoise (1931), mais doit battre en retraite la Longue Marche, 1934-35) devant les nationalistes. Réintégré au Bureau politique 51935), il s’impose comme le chef du mouvement communiste chinois, tout en s’alliant avec Jiang Jieshi (Tchang-Kai-Chek) contre les Japonais. Il rédige alors, à Yan’ an, ses textes fondamentaux (problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine, 1936 ; De la contradiction, De la pratique, 1937. De la démocratie nouvelle, 1940), dans lesquels il adapte le marxisme aux réalités chinoises. Après trois ans de guerre civile (1946-1949), il contraint Jiang Jieshi à abandonner le continent et proclame à Pékin la République populaire de Chine (1er octobre 1949). Président du Conseil puis président de la République (1954-1959) et président du parti, il veut accélérer l’évolution du pays lors du Grand Bond en avant (1958) et de la Révolution culturelle (1966-1976) dont le programme est donné par son « Petit Livre rouge ». Mais cette politique est très largement remise en cause après sa mort – Sa femme, Jiang Quing ou Kiang Ts’ing (Zhu-Cheng, province du Chandong, v. 1914 – Pékin 1991), joue un rôle actif durant la Révolution culturelle et devient membre du Comité central du parti communiste chinois (1969). Arrêtée en 1976, jugée et condamnée à mort (1980), elle voit sa peine commuée en détention à perpétuité.

Abdelaziz Bouteflika : Il est né en 1937 dans l’Ouest algérien. A 20 ans, il a déjà d’excellents bagages scolaires et intellectuels. C’est aussi à cet âge qu’il décide de s’enrôler dans les rangs de l’ALN-FLN. Avec son instruction et sa jeunesse, il a servi de son mieux la révolution. A l’instar de nombreux valeureux combattants de l’ALN-FLN, Abdelaziz Bouteflika eut la chance de ne pas être fauché par la mort où pourtant elle était fortement présente sur le sol algérien durant ces années de feu. A l’indépendance, le jeune homme est âgé de 25 ans. Son instruction et ses relations ont fait de lui un ministre. Jusqu’à 1965, Abdelaziz Bouteflika avait la charge du portefeuille du ministre de la jeunesse et des sports. Après le coup d’Etat opéré par la junte militaire, à sa tête feu Houari Boumediene, contre le président Ahmed Ben Bella, un nouveau gouvernement fut mis sur pied. Les nouveaux maîtres de l’Algérie firent appel à l’ancien ministre de la jeunesse et des sports pour lui confier cette fois-ci un portefeuille plus lourd : les affaires étrangères. Selon des avis compétents, entre 1965 et 1979, la diplomatie algérienne était fort active. Les mêmes avis ajoutent que probablement en raison de sa jeunesse, la vie privée d’Abdelaziz Bouteflika était au cours de ces années pleine de « tendres piquants ». Peu d’hommes au monde, nous dit-on, eurent la chance d’accueillir dans leurs lits autant de femmes que Abdelaziz Bouteflika. Sur ce point, hormis ceux qui prennent Cupidon à l’envers (expression de feu Georges Brassens), aucun homme ne peut lui en vouloir. A la mort de Houari Boumediene, Abdelaziz Bouteflika fut évincé par la nouvelle équipe dirigeante. Le nouvel homme fort (le président Chadli Ben Djedid) provoqua même un procès contre le ministre des affaires étrangères de l’Algérie sous le règne du président défunt. Etait-il coupable ou innocent de quoi l’a-t-on accusé ? C’est aux historiens d’apporter la réponse à cette question. Quoi qu’il en soit, à l’arrivée de président Chadli au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika, la mort dans l’âme partit en exil. Où ? En Péninsule arabique. Cependant, au lieu de noyer son chagrin dans l’alcool, l’homme plongea dans le travail. Comme chacun le sait, l’exil d’Abdelaziz Bouteflika dura 20 ans. On dit que durant cette période, l’homme a beaucoup lu et a noué beaucoup de relations. Il a même suivi de très près l’évolution politique algérienne et internationale. Quand le président Liamine Zeroual a été victime d’un coup d’Etat (assassinat de Lounès Matoub), les militaires n’avaient d’autre choix que de dérouler un tapis rouge pour Abdelaziz Bouteflika. On dit qu’un officier supérieur de l’armée, aujourd’hui décédé, aurait confié à un des candidats à la présidentielle d’avril I999 : « Nous avons décidé de faire passer Abdelaziz Bouteflika pour l’utiliser comme une pelote pendant quelques temps et nous le jetterons à la poubelle ensuite ». Une telle information aurait-elle parvenu aux oreilles d’Abdelaziz Bouteflika ? Sans doute puisque même Tamurt en a eu l’écho. C’est peut-être ça même qui a poussé le président à déclarer jusque quelque temps après son investiture qu’il ne pouvait pas se contenter d’être un quart de président. Cette déclaration a fait, rappelons-le, le tour du monde. Avec l’âge et les nouvelles responsabilités, la passion d’Abdelaziz Bouteflika pour les femmes diminua considérablement. L’homme n’est pas misogyne. Il n’est pas non plus féministe. Ses intentions politiques réelles qu’il a commencé à afficher un an après ses prises de fonctions en qualité de chef d’Etat ont commencé sérieusement à déranger certains notables du régime. Leur réaction fut traduite par les événements sanglants de Kabylie connus sous l’appellation de « Printemps Noir ». C’est le premier échec politique cuisant d’Abdelaziz Bouteflika. Il a promis d’identifier publiquement les commanditaires des assassinats et les sanctionner. Onze ans après ces crimes contre l’humanité, assassins directs et commanditaires continuent à jouir de l’impunité. Cette incartade du régime algérien a été, par conséquent, derrière la revendication du peuple kabyle à avoir son autodétermination. L’autre échec cuisant d’Abdelaziz Bouteflika est sa lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics. Les vols opérés par les hauts dirigeants, presque au vu et au su de tout le monde sans pour autant susciter une quelconque réaction à l’exception naturellement de la presse, a engendré la poussé de l’islamisme et la fuite de jeunes démocrates vers d’autres cieux. Par sa rancune également contre la Kabylie qui lui refuse le statut de « Prophète », Abdelaziz Bouteflika l’a sévèrement sanctionnée économiquement et socialement. Il lui a refusé même des aides humanitaires en provenance de l’étranger. L’autre défaut d’Abdelaziz Bouteflika est sa flagrante faiblesse pour le pouvoir. Sa faiblesse est telle qu’il a décidé de changer l’amendement de la constitution limitant l’exercice présidentiel à deux mandats. Bien sûr, si Abdelaziz Bouteflika a réussi à cracher sur la merveille exécutée par le président Liamine Zeroual (constitution limant à deux mandats l’exercice présidentiel), c’est parce qu’il a bénéficié de la complicité et la lâcheté de certains. Aujourd’hui donc, au lieu de faire son mea culpa, le président de la république crie à qui veut l’entendre que l’échec enregistré par la maison « Algérie » est causé par les « autres ». Sa ténacité et son entêtement, semblables à ceux de Mao Tsé-toung, l’ont poussé à mobiliser les jeunes contre tout « vieil cacochyme » du système. Cependant, nous tenons à rappeler, encore une fois, au risque d’exagérer, que la ligne de démarcation entre Mao-Tsé-toung et Abdelaziz Bouteflika est le sang. Le premier n’a jamais hésité à ordonner des liquidations physiques et le second n’a jamais été partisan d’une telle méthode. C’est vrai qu’en tant que Méditerranéen, Abdelaziz Bouteflika est impulsif. Quand il est pris de son impulsion, il pourrait même vous balancer un coup de poing en pleine figure en présence des caméras de toutes les chaînes de télévisions de la planète. Mais de là à réfléchir tranquillement dans son bureau au moyen de « raccourcir » la vie à quelqu’un comme le font tant d’autres hommes et femmes, non, non et non. Il ne l’a jamais fait ; et il ne le fera jamais.

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