Abdelkader Merbah à Tizi-Ouzou : « Vous êtes mal conseillé M. le Président de la république »

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – L’orateur a voulu convaincre l’assistance de sa vaillance et ses performances politiques dans la défense « des intérêts citoyens et républicains ».

Il faut avouer que M. Abdelkader Merbah a eu tout le monde de court. En effet, l’homme venu à Tizi-Wezzu pour faire campagne électorale en faveur des candidats de son parti dont la tête de liste à Tizi-Ouzou est M. Rabah Mehrez, cadre de la wilaya de son état a commencé par souligner les grands mérites de la Kabylie et, au même temps, l’iniquité dont elle est victime. L’orateur qui n’a pas manqué de souligner qu’il est originaire du village de R’djaouna a déploré l’état de dégradation auquel est arrivé la Kabylie et l’indigence de ses habitants alors que cette Kabylie qui a tenu en échec Charles de Gaules en 1958. Et toujours cette Kabylie qui a donné la leçon au monde entier. Pour expliquer ce paradoxe entre le fait que cette Kabylie ait réussi à se faire admirer par le monde entier et la pauvreté de ses habitants, le président du RPR trouvera la réponse : « Vous êtes mal compris. A qui la faute ? A ceux qui dirigent le pays ». Pour une belle litote, c’en est bien une. Courtes phrases pour en dire beaucoup. « La faillite politique, a résumé M. Abdelkader Merbah, a créé la faillite économique et la faillite économique a créé une faillite sociale et morale ».

Ensuite, le président du RPR mettra en avant l’honnêteté du président de la république car en arrivant au pouvoir il était porteur d’un réel projet de société et « aujourd’hui encore, il veut sauver la république ». Pourtant, l’orateur ne manquera pas de signaler le point faible du président de la république en prenant le ton de s’adresser directement à lui : « Vous êtes mal conseillé M. le Président ». Et beaucoup de dirigeants algériens sont mal conseillés. C’est un Abdelkader Merbah qu’il vous faut M. le Président. C’est des dizaines d’Abdelkader Merbah, M. le Président. C’est des milliers d’Abdelkader Merbah qu’il vous faut M. le Président ». Cette fois-ci, le président du RPR fait recours à l’anaphore. Est-ce normal qu’un homme politique parle de lui à la troisième personne du singulier ? Si M. Abdelkader Merbah n’est pas imbu de sa personne, on peut alors le soupçonner d’avoir lu plus que de raison les poèmes et antiennes des trouvères du Moyen-âge. Et contrairement au président de la république en qui l’orateur a trouvé l’homme honnête, M. Ouyahia sera mal noté par le président du RPR. Il est reproché au secrétaire général du Rassemblement National Démocratique (RND) d’avoir déclaré à notre confrère Liberté que la démocratie en Algérie ne sera pas pour le dix mai. (Le tort d’Ahmed Ouyahia est d’avoir été réaliste et franc pour une fois de sa vie). Alternant le kabyle, l’arabe et le français, M. Abdelkader Merbah citera Rédha Malek qu’il ne manquera pas de saluer d’ailleurs : « la peur doit changer de camp ». « En ce qui me concerne, poursuit l’orateur, je dis que la souveraineté doit changer de camp ». S’agissant de solutions aux multiples problèmes dont se débat le pays, particulièrement la kabyle, le président du RPR prône la décentralisation et pour cela, il faut commencer par la révision du code communal pour donner plus des prérogatives au maire et insister également à ce que celui-ci soit universitaire car la connaissance de la gestion est une condition sine qua non pour diriger une commune.

Et dans le cadre de ce changement « indispensable », M. Abdelkader Merbah a appelé les électeurs de Tizi-Ouzou à voter pour les candidats de son parti. Là encore, le président du RPR a endossé le costume d’un laudateur. « Je suis votre fils et que tel, je suis revenu à vous pour vous demander de m’aider le changement ne peut être opéré que par vous et moi ».

Aussitôt « la drague et l’aumône du bulletin pour l’urne » faits, M. Abdelkader Merbah redevient l’homme politique qu’il a toujours été. C’est à ce titre qu’il a informé l’assistance que d’ici 2014, la cohabitation se poursuivra mais pas après la fin de mandat de M. Abdelaziz Bouteflika. « Et qui sait, peut-être, c’est moi qui serai président de la république », a-t-il conclu.

Addenda : qu’a-t-il voulu faire entendre par la déclaration : « la cohabitation se poursuivra jusqu’à 2014 » ? Est-ce à comprendre que l’actuel mandat de la députation n’ira pas jusqu’à son terme Ou tout simplement, le successeur de M. Abdelaziz Bouteflika choisira les membres de son gouvernement parmi le monde des technocrates ? Ou encore parmi les membres de son propre parti. Si c’est cette dernière formule à laquelle pense M. Merbah, il faudrait d’abord que son parti remporte dès maintenant la majorité des sièges à l’APN. A défaut d’une majorité absolue, quiconque occupera le fauteuil d’El Mouradia sera obligé à la cohabitation. Est-ce à soupçonner encore que M. Abdelkader Merbah dont la formation universitaire obtenue à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Wezzu fut complétée par l’école de feu Kasdi Merbah connaît quelques petits secrets du programme des décideurs ? Il faut avouer qu’avec l’intervention aujourd’hui à Tizi-Wezzu du président du RPR, il y a lieu de laisser place à pas mal de nouvelles conjectures. En effet, jusqu’à aujourd’hui, c’est M. Ahmed Ouyahia, le meilleur poulain du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), qui disait-on est l’homme à arracher le fauteuil présidentiel à Saïd Bouteflika, le frère du président actuel lors de ce rendez-vous de 2014. Mais peut-être encore que nos « gentlemen » du DRS sont en train de pousser l’opinion publique à nager dans le brouillard pendant qu’ils préparent tranquillement le véritable homme à succéder à M. Abdelaziz Bouteflika. Comment savoir la vérité dans cette Algérie où les décideurs ne sont pas bavards ? Dans les pays avancés où les principales données sont connues, les mathématiciens, à base de leurs calculs, réussissent à identifier à l’avance le futur président. Ici en Algérie, même les données offertes à l’analyse sont fausses. Dès lors, un derviche a plus de chances de deviner le futur homme « fort » du pays que l’« empereur » des mathématiciens à le déterminer.