Abderrahmane Yefsah s’adresse aux assassins de l’Algérie

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Abderrahmane Yefsah
Abderrahmane Yefsah

KABYLIE (Tamurt) – Le 13 ème anniversaire de ce qui est officiellement appelé la réconciliation nationale en Algérie a été une occasion pour l’écrivain Abderrahmane Yefsah et également frère du journaliste Smail Yefsah, pour lancer un véritable cri du fond du cœur. Un cri pour dénoncer l’impunité dont bénéficient les criminels mais aussi leurs complices, y compris les partis politiques dits de l’opposition et une certaine presse.

Abderrahmane Yefsah rappelle tout d’abord qu’une certaine presse commémore une date, 13 ans après, celle de la reddition de l’Algérie combattante devant la horde intégriste. Abderrahmane Yefsah s’adresse directement aux terroristes qui ont tué des dizaines voire des centaines de milliers de citoyens et qui ont bénéficié de la clémence voire d’une réhabilitation : Vous continuez à entendre vos enfants vous appeler « Papa » alors que des centaines de milliers d’orphelins ont rayé ce terme de leur langage quotidien !
Éprouvez-vous de la joie, maintenant que celle-ci a quitté des milliers de foyers ?, écrit Abderrahmane Yefsah dans son témoignage très poignant. L’auteur de plusieurs romans et récits ajoute : Aucune image ensanglantée d’un innocent ne vient troubler le fond de votre plat ou la plage de votre conscience criminelle ? Remémorez-vous tous les villages incendiés, les bombes et tous les visages jeunes et moins jeunes. Qu’avaient-ils fait pour mériter cette mort atroce qu’aucune loi, encore moins divine, ne tolère ? « Et maintenant que vous avez écrémé l’Algérie de ce qu’elle avait de meilleur, ne vous sentez-vous pas perdus et seuls face à votre médiocrité débilitante et prédatrice ? Quelles satisfactions en avez-vous tiré, ou en tirez-vous, maintenant que vous avez réduit l’Algérie, ses espoirs et sa jeunesse en poussières cosmiques ? Continueriez-vous à avoir la conscience tranquille ? N’éprouvez-vous pas le besoin de vous confesser et de demander pardon aux familles des martyrs et à l’Algérie, voire à l’humanité tout entière? », ajoute Abderrahmane Yesfah.

Ce dernier poursuit son témoignage lucide, authentique et surtout sincère : « Ce qui me chagrine dans tout cela, c’est que l’histoire retiendra seulement les noms d’un Abassi Madani, d’un Belhadj, d’un Mezreg, d’un Ben Laden… et ne retiendra pas celui du jeune policier déchiqueté par une bombe qu’il tentait de désamorcer. Ni ceux de ces enseignantes massacrées pour services rendus aux écoliers ! De ce simple gagne-pain égorgé puis brûlé ? De… de… Que dire alors du jeune appelé qui, depuis le 11 janvier 1992 avait veillé sur la sécurité du général Larbi Belkheir, Mohamed Lamari, Toufik Médiene, Touati, des Goliaths, qui eux, mettront genou à terre sans combattre devant David ? Et l’avanie de la capitulation échoira au jeune militaire déjà ravi à la vie à la fleur de l’âge. Et que dire alors de toutes ces victimes, hommes, femmes et enfants, innocentes ? ».

Abderrahmane Yefsah pose encore plusieurs autres questions qui resteront sans réponse : « Comment extasiez-vous votre plaisir à décapiter vos semblables, à vider le ventre d’une femme enceinte ? Rapportez-nous comment criait un bébé enfourné ? Quel goût avait le morceau de pain imbibé de sang de la victime que vous avez fait avaler à son enfant ? Ou le morceau de foie offert à la maman du trucidé ? Mon Dieu, comme la liste est longue ! Et les dégâts de la tronçonneuse dans les corps frêles, et la noyade dans les puits profonds… ou comment on achève bien un militaire blessé ? Peut-être que les familles des victimes compatissantes, tourneront définitivement la page ». Abderrahmane Yefsah conclut en s’interrogeant encore : Pardonner comment et pourquoi, du moment qu’aucun regret n’est exprimé par ces bouches qui avaient bu du sang de leurs semblables et appelé à l’assassinat, que ce soit les islamistes ou les commanditaires de l’ombre ? Le sang de nos innocents souillera à tout jamais vos mains assassines et aucun remord ne réhabilitera la conscience des commanditaires. « J’exprime toute ma révolte impuissante, la justice frustrée à travers la lecture et l’écriture. La plume, en définitive, est la thérapie salvatrice, compensatrice dans ces moments de « Qui tue qui ? », termine Abderrahmane Yefsah dont le courage est à saluer en ces moments de grande trahison et de silences complices.

Tarik Haddouche