ALGERIE : Sainte-ignorance

38

ALGERIE (Tamurt) – Légataires d’un régime tentaculaire aux pouvoirs maléfiques, l’impéritie est devenue monnaie courante. À défaut de focaliser toute leur énergie sur la formation, l’éducation et le savoir, les têtes dirigeantes tournent le dos à tout ce qui touche aux vertus de la science.

S’enorgueillir des résultats obtenus au baccalauréat et autres acquis ne peut en aucun cas refléter la réalité du terrain. Le rapport quantitatif survole le rapport qualitatif, et ce n’est pas anodin qu’une pléthore d’observateurs avisés tire la sonnette d’alarme, alertant les pouvoirs publics sur la déchéance du secteur de l’éducation au point d’en produire des diplômés illettrés.

Les rares universitaires qui tirent leur épingle du jeu ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Une hirondelle ne fait pas le printemps ! Les licenciés ou ingénieurs frais émoulus ne savent pas où donner de la tête en se butant à une ribambelle d’embûches.

Une kyrielle de lacunes béantes entache le tableau souvent présenté comme reluisant. La médiocrité exsude comme la sueur sourd du front d’un bonhomme halé par les dards du soleil. Le monde a tellement changé qu’il ne tolère plus l’amateurisme et le dilettantisme, de surcroît, nos dirigeants passeraient pour des champions en la matière.

Le meilleur investissement reste l’investissement humain. Former l’élite de demain semble le dernier souci de nos responsables politiques. Une politique timorée qui se veut de garder tant bien que mal la même équipe de perdants. Il est vrai que dans notre pays, on ne change pas une équipe qui perd !

La majeure partie de leurs réformes est accompagnée de velléité populiste sans résultat concret. Ce n’est vraiment pas la panacée. Depuis 1962 à nos jours, l’obscurantisme est hissé à son paroxysme. Le retour au tropisme naturel fait que la classe dirigeante s’interdit de promouvoir le savoir de crainte que le ″petit peuple″ ne puisse s’arroger ce qui est soi-disant réservé aux enfants du système. « Le fils du paysan restera paysan ». Telle était la devise du l’ex-président algérien ″Chadli″ que ses successeurs promeuvent avec minutie, ne laissant entrevoir un quelque fléchissement sur cette question. Une théorie absconse, indigeste et insipide. Le pays qui a vu naître Abane Ramdhane est aspiré par un vortex d’ignorance crasse. Il est grand temps de sortir des sentiers battus.

L’ignorance abyssale des adeptes de l’inculture ne fait qu’affaler le pays aux entrailles du cataclysme. La fuite des cerveaux est une véritable hémorragie qui se poursuit depuis deux décennies d’une manière effrénée. L’écrémage se fait au su et au vu de nos hauts responsables, qui trouvent leur compte de cette perte à profusion. Ces têtes pensantes et trouveurs de solutions font le bonheur des pays ayant su récupérer ces perles rares.

Le conflit générationnel tend à prendre de l’ampleur, de surcroît, une minorité de personnes valétudinaires tient mordicus à garder leur hégémonie sur le destin de toute une nation, arguant que l’engagement et la maturité politique de la nouvelle génération sont aux antipodes. L’agenda désuet et caduc des patriarches aux ambitions plus grandes que le nombre de jours affiché à leur compteur évoque la lancinante question du passage du flambeau à la nouvelle génération abondant d’optimisme et de volonté à terrasser les montagnes. Mais peut-on exciper de cette légitimité historique au détriment du potentiel des jeunes ? Ce sujet à controverse laisse pantois plus d’un, sinon comment expliquer la phraséologie de nos dirigeants quant à l’importance de cette catégorie sociale, les jeunes, de facto censés être les légataires de la nouvelle Algérie. Une Algérie qui ne peut se cacher derrière le pseudo « unité nationale », car en réalité tout converge à dira que le fossé se creuse davantage entre les communautés de divers horizons. Les Kabyles nourrissent le sentiment d’arracher leur vraie indépendance en s’émancipant pleinement dans leur terre natale.

Par ailleurs, dans un pays qui n’accorde de crédits au savoir ne peut prétendre à un meilleur avenir. Lorsque ces jeunes désabusés déchanteront de leur désillusion, il serait peut-être tard de les ramener à de meilleurs sentiments. L’Algérie n’est pas à l’abri d’un coup de Trafalgar.  « Lire est le seul moyen de vivre plusieurs fois », disait Pierre Dumayet.

Amnay