Allocution de M. Kéchadi, élu RCD, à l’APW de Tuβiret (Bouira), le 28 Juin 2011 : Ostracisme et tribalisme dans la wilaya de Tuβiret (Bouira)

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TUVIRET (Tamurt) – En tant que membre de la commission de l’Agriculture, Forêts et Hydraulique, j’ai effectué des sorties avec mes camarades au niveau de toute la wilaya.

Dans toutes les daïras visitées, je relève :

1- Malgré les sommes colossales consenties par l’Etat, les fruits du développement ne sont pas encore là. C’est ainsi que les programmes qui sont sensés alléger les souffrances des populations rurales et améliorer leur cadre de vie ainsi que leurs conditions socio-économiques, je veux parler ici des fameux PPDRI (Projet de Proximité de Développement Rural Intégré), n’ont pas atteint leurs objectifs. Je peux donc parler de l’échec de ces programmes.
La cause est que ces programmes qui sont multisectoriels, et que, mis à part l’effort dans le secteur des forets et à un degré moindre celui de l’agriculture, les autres secteurs n’ont pas suivi du tout. Et ceci malgré la validation de ces programmes au niveau de CTW (Comité technique de wilaya), présidée par M le Wali.

N’est-il pas temps de réfléchir à un mécanisme pour remédier à ce problème ?

À mon avis il faut la création d’un fonds commun pour la réalisation des PPDRI, qui reste la seule lueur d’espoir du monde rural. D’autant que l’expérience des PPDRI pilotes (1 par daïra) financés dans le cadre des PCD-DR (Plans Communaux de Développement-Développement Rural) parait porter tous ses fruits. Ne serait-il pas judicieux de généraliser cette expérience ?

2 – Le 2ème point que j’ai relevé dans ma tournée à travers les daïras est l’existence de programmes supplémentaires destinés exclusivement à certaines daïras et qui ne bénéficient pas aux autres daïras de la wilaya.

Je suis sûr que beaucoup de mes camarades élus ignorent tout de ces programmes.
Il s’agit de :

– Les PPLCD (Programme de Proximité de Lutte Contre la désertification)
– Le HCDS (Haut Commissariat au Développement de la Steppe)
– Le PER (I et II) Programme d’Emploi Rural, co-financé par la Banque Mondiale.

Tous ces programmes n’ont bénéficié qu’à deux (2) daïras, à savoir : Sour El Ghozlane et Bordj Khris (10 communes)

La question qui se pose est la suivante : Pourquoi confiner la lutte contre la désertification dans 10 commune de la wilaya et exclure les communes voisines, qui doivent participer à cette lutte contre l’avancée du désert ?
La désertification est un problème mondial, et même l’Europe inscrit cette lutte comme une priorité.

De même pour ce qui concerne le développement de la steppe. Des communes qui présentent le même relief et climat, au sud de la wilaya, n’ont jamais bénéficié de ces programmes.

Que dire alors du programme de l’Emploi Rural qui devrait normalement concerner des dizaines de commune déshéritées ?
Comment ne pas parler d’une injustice flagrante, et même de tribalisme primaire de notre administration.

Comment se fait-il que ce sont toujours les mêmes qui bénéficient de plusieurs programmes à la fois, tandis que les autres régions sont ignorées ?

Tout cela en plus du colossal programme des Hauts Plateaux [[Programme spécial et supplémentaire de tous secteurs confondus estimé à 1700 milliards de centimes]], dont j’ai personnellement déjà soulevé les incohérences lors de précédentes sessions. Le programme Hauts-Plateaux (HP) est figé dans les mêmes communes et n’a jamais bénéficié aux autres communes avoisinantes qui pourtant vivent les mêmes conditions climatiques, géographiques, sociales, etc.

Nous avons déjà tiré la sonnette d’alarme pour que l’Exécutif prenne conscience du problème pour réaliser un glissement vers d’autres communes, comme cela s’est fait chez nos voisins de Médéa qui ont élargi le programme pour toucher plus de 50 % des communes au lieu des 4 communes choisies au départ.

M. le wali, M. le Président ;

Malgré toutes nos interpellations durant tout le mandat, j’ai le regret de constater qu’au lieu de rectifier les injustices, au contraire l’Exécutif n’a fait que les renforcer.

M. le wali,

Votre prédécesseur, dont vous revendiquez la continuité de l’œuvre, avait officiellement, ici-même devant notre auguste assemblée, affirmé que si notre wilaya a bénéficié du programme Hauts-Plateaux, c’est grâce au Secrétaire Général du Gouvernement, originaire de la localité bénéficiaire.

Chers camarades,

Sommes-nous dans une république qui doit fonctionner selon les lois et en respect des institutions et de leurs missions ou bien sommes-nous dans une royauté où le fait du prince l’emporte sur toute logique républicaine et toute gestion rationnelle ?
Pour ma part, j’estime que cet état de fait est le résultat d’un fonctionnement, ou plutôt d’un dysfonctionnement, de notre administration, qui a toujours fonctionné sur des critères tribalistes et subjectifs.

J’accuse l’administration de notre wilaya de pratiquer l’injustice, le tribalisme et l’ostracisme.

J’accuse notre administration de continuer à fonctionner selon des schémas préétablis, archaïques et anachroniques, mais en totale cohérence avec la politique du pouvoir en place depuis 1962.
Les premières implantations industrielles [[Programmes d’Equipements Locaux (PEL) des années soixante dix]] dans la wilaya ont imprimé une tendance qui s’est confirmée et s’est renforcée jusqu’à nos jours.

– Un complexe de fabrication de peintures à Lakhdaria
– Une cimenterie géante à Sour El Ghozlane, plus une usine de détergents
– Un complexe avicole à Aïn Bessam
Rien à M’chedallah [[M’chedallah est la Daira mère de la partie kabyle de Bouira]] .

Ce régionalisme continue toujours. Sinon comment expliquer que M’chedallah soit toujours la dernière à être servie dans tous les projets. Pire encore, comment expliquer que le versant sud du Djurdjura n’a bénéficié d’aucun projet de retenue collinaire pour préserver le précieux liquide ?

Achour Kechadi, Elu RCD à l’Assemblée Populaire de la Wilaya de Tuβiret (Bouira)

Tuβiret, le 28 juin 2011