Alors que l’insécurité fait ravage en Kabylie, Séminaire sur le tourisme solidaire à l’APW de Tizi-Ouzou

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Voici seulement quelques questions auxquelles devaient répondre ce matin les participants au séminaire sur le tourisme solidaire organisé par l’Assemblée Populaire de Wilaya que Mme la représentante du ministre du tourisme a daigné honorer de sa présence.

Hélas, et mille fois hélas ! Au lieu de réponses scientifiques attendues, les intervenants se sont contentés de faire des discours plus proches de la littérature que de la réalité touchant directement au sujet. A titre de preuves sur l’absence totale d’une volonté de développer le secteur touristique, Mme la représentante du ministre du tourisme a déclaré faire dans « l’improvisation car je ne me suis pas préparée à une telle rencontre ». Il est vrai que la dame du ministère concerné directement par ce séminaire est arrivée à l’hémicycle Rabah Aïssat les bras ballants. Même pas un petit bloc-notes pour se donner un air de participante. Toutefois, ce haut fonctionnaire a manifesté beaucoup de sympathie à l’endroit de l’assistance. Cependant, d’aucuns savent que la sympathie valorise sa personne et ne développe pas des projets ou des politiques de développement. En ce qui le concerne, M. Jean-Marie Collombon, Coordinateur général du Forum International Tourisme Solidaire et Développement Durable (FITS) a fait une communication au tour du thème : « Tourisme solidaire et développement local durable : enjeux pour l’Algérie et la Kabylie ».

Le thème en question est long et bien beau. Cependant, M. Collombon, en dépit de ses grandes prestances d’orateur, n’a pas réussi à convaincre quiconque. Et pour cause, l’invité de l’APW, venu sans doute d’outre-mer, a suggéré aux Kabyles d’imiter les familles du Rif marocain dont le seuil de pauvreté dépasse l’entendement dans la manière de faire le tourisme. « Le safran, un ingrédient culinaire, est très recherché par les ménages occidentaux, et, par conséquent, peut constituer une ressource financière assez subséquente », avance le conférencier. Le Coordinateur général du FITS n’omet quand-même pas de signaler que pour dégager un kilogramme de safran en poudre, il faut plusieurs dizaines de kgs de plantes. La projection power Point d’images sur écran par le biais de Data show prouve que l’exemple du tourisme dont vit la famille du Rif marocain est loin d’être encourageant. Il est même le dernier exemple à suivre. En effet, l’image montre des femmes pauvrement vêtues assises autour d’une petite table ronde (la meïda) avec un plat plein de safran. Et cette petite réunion est montrée dans un galetas.

Plus loin, le conférencier apprendra à l’assistance qu’au début du lancement de l’opération touristique, les touristes étrangers notamment sont hébergés par les familles de ces villa?ges. Est-ce à partir de là qu’on est arrivé à introduire le mot « Solidarité ». Ainsi, pour quelques pièces de monnaie, il est suggéré qu’un domicile d’un citoyen, censé être une propriété privée, se transforme en une auberge ou un hôtel. Donc, dès lors qu’il paye son hébergement, le touriste se trouverait en droit de se mettre en short dans le salon de la maison. Et si c’est un mâle solitaire et loin d’avoir le sang d’un cénobite, il ne serait dès lors que normal qu’il demande qu’une main féminine et bien tendre lui fasse un massage avec la crème locale. M. Collombon ne connaît rien aux us et coutumes kabyles. Ce n’est certainement pas de sa faute d’avoir suggéré aux Kabyles une telle politique touristique. Mais en revanche, ceux qui crient sur tous les toits qu’il faut encourager le tourisme ont une arrière-pensée. Le mot « tourisme » dans un pays pauvre et synonyme de tourisme sexuel. Dans les pays avancés, le créneau touristique est le dernier à être développé et encouragé. Aux USA par exemple, le tourisme ne rime absolument pas avec le sexe. Car il y a tant de choses à voir. Et si elles attirent l’oeil curieux, c’est parce que elles ont été développées d’abord. Une petite ballade en bateau sur le lac Michigan ou le fleuve Mississipi coûte une petite fortune. Les casinos de Las Vegas sont touristiquement attractifs. L’avenue des Champs Elysées en France attire des touristes. Mais au préalable, Américains et Français pour ne citer que ceux-là, ont pris le soin de créer des mythes autour de leurs éléments attractifs de tourisme. Or, la création d’un mythe n’est pas à la portée du premier venu. Un mythe demande de l’intelligence. En Kabylie, les forts et casernements que la France, la Turquie et tant d’autres envahisseurs y ont implantés ont été rasés dès les premières heures de l’indépendance. Donc l’élément vrai et réel devant servir de base ou de motif pour la construction d’un mythe n’existe pas. Vanter l’air « pur » des forêts de Mizrana ou de Yakouren ? L’innocent touriste risque de marcher sur une mine antipersonnel dès que les premiers buissons cachent sa tête. Les innocents sangliers et chacals sont là pour le prouver. Faire une ballade en mer du côté de Tigzirt ou Azeffoun ? Les bateliers vous diraient qu’ils sont spécialisés dans la capture du poisson. Un touriste occidental qui désire se mouiller le gosier avec un whisky un jour du vendredi ? « Il faut respecter le culte musulman ! », lui rétorquerait-on d’une voix gutturale. A cela s’ajoute les flics qu’il doit avoir derrière le dos dès sa descente à l’aéroport, car dès cet instant précis, il est vu et considéré comme un « espion potentiellement dangereux ». Dans pareilles conditions, on ose parler de tourisme ? Quel culot ! Les investisseurs étrangers sont empêchés d’investir en Kabylie. Si on n’arrive pas à le convaincre de « l’insécurité » régnante à chaque bout de rue, il se voit coller l’étiquette « d’espion ». Plus d’un a été harcelé même dans sa chambre d’hôtel. En somme, le développement touristique en Algérie en général et en Kabylie en particulier, ce n’est pas pour demain. Car ni les Algériens ni les Kabyles ne sont prêts pour le moment à investir dans le tourisme sexuel. Si la prostitution enrichissait sa personne, les prostituées de luxe, notamment celles ayant des chefs d’Etat et des souverains à la sexualité perverse, seraient à la tête de véritables empires. Et surtout, pas de tourisme à la marocaine ou à la thaïlandaise en Kabylie !

Addenda : L’APW de Tizi-Ouzou a innové dans la restauration à présent. En effet, à l’occasion de la tenue de ce simulacre de séminaire sur le tourisme, un agent a été chargé de distribuer des tickets donnant accès à la cantine de wilaya. Cependant, ce jeune homme, fort de son rôle de « donateur de repas » a pris le soin de ne donner un ticket qu’aux têtes qu’il a jugées « positives ». Nous, représentant de Tamurt, nous n’avons pas eu cette chance de présenter une tête « sympathique ». C’est pourquoi le ticket en question n’a pas atterri dans notre poche.

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