Amine Zaoui, intellectuel arabophone, défend les caractères latins pour Tamazight

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ALGERIE (Tamurt) – C’est la première fois qu’un intellectuel non-kabylophone se prononce sur la question et en faveur des caractères latins pour la transcription de la langue Tamazight. Amine Zaoui, écrivain-romancier et universitaire algérien arabophone s’est prononcé publiquement en faveur des caractères latins pour la transcription de Tamazight.

Dans sa récente contribution dans la presse, Amine Zaoui, auteur de plusieurs romans en arabe et en français a écrit que le débat sur les caractères de transcription de Tamazight est un faux débat en réalité. « Ce débat ou ce faux débat dissimule un piège politico-religieux tendu à notre société intellectuelle. Vigilance ! Poser cette question  avec des termes qui sont xénophobes ou ignorants, c’est engendrer une polémique qui gêne le processus de la promotion et de l’épanouissement de la langue amazighe », d’après Amine Zaoui. Ce dernier ajoute : « Les voix égarées veulent paralyser le parcours de la caravane historique entamé depuis 1949, et notamment depuis le printemps berbère, dont l’apôtre n’était que l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri ». Amine Zaoui rappelle que la réalité culturelle amazighe actuelle, elle aussi, nous propose quelques éléments de la réponse : « Ici, je porte un point de vue personnel. Dans notre société intellectuelle algérienne, largement absorbée par le discours politico-religieux, il existe ceux qui demandent la transcription en usant de l’alphabet tifinagh.  Ceux qui préfèrent l’utilisation des caractères arabes.

Ceux qui réclament l’utilisation des caractères latins adaptés, c’est-à-dire le thamammerit. D’abord, et afin d’éviter toute nuance, il faut signaler aux Algériens que le caractère latin n’est pas le français. Que le caractère latin est utilisé aussi pour transcrire le turc d’Erdogan président turc et chef du parti des frères musulmans, pour transcrire l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol, le portugais, le roumain… ».  Amine Zaoui se pose alors la question déterminante et honnête :  Laquelle parmi ces trois tendances de transcriptions a mené le combat tenace pour que la langue amazighe arrive à ce stade de “langue nationale, puis langue nationale officielle, langue reconnue constitutionnellement” ? Puis langue nationale officielle couronnée par une fête nationale Yennayer, journée chômée et payée? « Sans hypocrisie intellectuelle aucune, la plupart des recherches en sciences linguistiques, pédagogiques, historiques et anthropologiques en faveur du tamazight sont faites par les chercheurs francophones, réalisées en caractères latins thamammerit », répond lucidement l’universitaire et romancier célèbre et bilingue (français-arabe) Amine Zaoui. Et d’ajouter : « Encore une fois, de plus et sans hypocrisie politique aucune, sur le plan politique, qui a été  derrière le déclenchement du printemps berbère en 1980 ? La réponse est claire : Mouloud Mammeri le conférencier, le chercheur et le militant. Qui et comment, avec courage et défi, a assuré les premiers cours de langue amazighe à l’université d’Alger, dès les premières années  de l’indépendance et dans des conjonctures cruelles?  La réponse est éclatante : Mouloud Mammeri, le pédagogue et le militant ».

Amine Zaoui conclut enfin en révélant que ce n’est pas par amour à la langue arabe que ces quelques voix hurlent, réclamant la transcription de tamazight en caractères arabes, ce n’est pas par conviction et réflexion scientifique mais juste pour freiner tout ce qui a été réalisé depuis 1949 en faveur de la réhabilitation et la réconciliation des Algériens avec leur mémoire et leur Histoire. « Ce n’est pas, non plus par sentiment nationaliste mais pour créer du chaos », conclut Amine Zaoui. Notons qu’en dehors de ce dernier, tous les autres intellectuels arabophones d’Algérie, qui se prononcent, de façon saisonnière, sur la langue Tamazight, plaident, eux, pour les caractères arabes, sans jamais avoir rien écrit en Tamazight. Et sans doute rien lu en langue Tamazight. Sinon, ils auraient au moins su que tout ce qui s’écrit dans la langue de Massinissa se fait en caractères latins.

Tahar Khellaf