APW de Tizi-Ouzou – Délibérations : Tizi-Ouzou « zone sinistrée »

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En dépit du boycott maintenu par les élus, du Front des Forces Socialistes (FFS), du Front de Libération National (FLN) et du Rassemblement National démocratiques (RND), la session extraordinaire de l’APW de Tizi-Wezzu s’est tenue aujourd’hui, et ce, en conformité de l’article 15 du code de wilaya.

Au cours de ce rendez-vous, l’hémicycle Rabah Aïssat n’a été occupée que par les élus du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et les indépendants d’un côté et les directeurs des services déconcentrés de l’autre.

D’emblée, le président de l’APW, M. Mhafoud Bellabès, a donné la parole aux directeurs des services déconcentrés de la wilaya pour la lecture de leurs rapports respectifs.

L’un après l’autre, les responsables des directions, des Services Agricoles (DSA), des Travaux Publics (DTP), des Ressources en Eau (DRE), de la Poste et des Technologies de l’Information et de la Communication (DPTIC), du Logement et des Equipements Publics (DLEP) et de l’Energie et des Mines (DEM)., ont, chacun, lu le rapport établi par leurs services sur les dégâts occasionnés par les intempéries et, au même temps, sur les solutions d’urgence mises en avant.

Cependant, le premier responsable de la DEM, en dépit de certains détails qu’il a apportés sur les raisons de l’indisponibilité du gaz pour bon nombre de foyers, les élus dont même le président de l’APW l’ont formellement démenti. «Le ravitaillement en gaz vrac se fait par bateau. C’est ce qu’on appelle le cabotage. Et c’est à partir des ports que cette matière est acheminée ensuite avec des camions vers des centres enfûteurs. Il se trouve qu’à cause du mauvais temps, les responsables portuaires (les capitaineries) interdisent aux bateaux d’entrer dans les ports. C’est ce qui s’est passé cette fois-ci. Pendant six jours, soit durant les journées du 3I janvier, le 1er, 2, 3, 4 et 5 février, les bateaux n’ont pu s’approcher du port d’Alger. Le 7 février, nous avons envoyé nos camions à El-Khroub pour faire le plein de bouteilles de gaz. Il se trouve également que les routes menant vers cette région étaient enneigées d’où la difficulté de circulation. Il n’en demeure pas moins que nous avons reçu les chargements. Et parallèlement à cela, nous avons loué des citernes appartenant à des privés, soit l’équivalent de remplissage de 4.000 bouteilles de gaz. L’autre facteur qui a été à l’origine de cette soudaine demande de gaz butane a un rapport direct avec le comportement naturel du citoyen. Comme nous tous d’ailleurs. Quand il fait chaud, le citoyen ne s’inquiète pas du remplissage de ses bouteilles vides. A chaque fois qu’une bouteille se vide, il la met de côté. Et quand survient subitement la vague de froid, il se précipite alors vers le dépôt de gaz avec toutes ses bouteilles vides. Juste donc avant les intempéries, nous avions un stock mort important (bouteilles vides chez les citoyens). De ce fait, notre schéma classique a été perturbé. Il n’en demeure pas moins que les travailleurs de NAFTAL ont durement travaillé, puisqu’ils ont réussi à produire durant ces intempéries plus d’un demi-million de bouteilles si on inclut le chiffre de 25.000 bouteilles qu’on a obtenu des I2 autres wilayas du pays. Rien qu’au niveau du centre enfûteur de Oued-Aïssi, la production journalière était de 32.000 bouteilles », a-t-il expliqué.

A ce moment, le président de l’APW le coupe net : « La production nationale entière n’atteint pas ce chiffre de 500.000 bouteilles. D’ailleurs vous étiez présent à la réunion où le Directeur Général de NAFTAL a avancé le chiffre concernant la production journalière nationale et vous avez reconnu également à cette occasion que le centre enfûteur de Oued-Aïssi était dépourvu de responsables ». Le directeur de l’Energie et des Mines de la wilaya tenta de s’expliquer : « J’ai voulu dire par là que tout le monde travaillait comme un seul homme. C’est comme à la guerre où il n’y a pas de général. C’est tout le monde qui s’y met ». En dépit de ses explications et de son sang-froid, le directeur de l’Energie et des Mines n’a pas convaincu l’assistance. C’est pourquoi, les élus, l’un après l’autre, ont signalé l’ostracisme dont est victime depuis toujours la Kabylie de la part du pouvoir central. C’est M. Hadibi qui suggéra le premier le vote deux délibérations. La première sur la reconnaissance de la wilaya de Tizi-Wezzu comme « zone sinistrée » et la deuxième devant porter sur l’achat d’engins dits « chasse-neige » et de tracteurs pour les mettre à la disposition des communes. D’ailleurs ces deux délibérations numérotées 87 et 88 seront votées à l’unanimité. Cependant, le voile sera levé entièrement par M. Mahmoud Derridj par son intervention fracassante. Cet homme politique d’une valeur certaine a vraiment « cassé la baraque » en signalant le mal par son vrai nom. Avec un français hautement académique, M. Derridj dira tout de go : « Messieurs les directeurs, nous attendions de vous que vous nous fassiez un rapport sur les insuffisances dont vos services souffraient, pour que tous ensemble nous puissions étudier les voies et moyens susceptibles de nous mener vers des solutions idoines. Nous ne doutons absolument pas de votre engagement et des efforts que vous avez engagés. Nous sommes tous dans la même galère ». « La solution, s’écria M. Deridj, est de nature politique et non de moyens matériels. N’ayons pas peur de dire les quatre vérités ! Durant la guerre de libération nationale, les 2/3 des effectifs de l’ALN-FLN étaient actifs ici en Kabylie. Les 2/3 du matériel de guerre étaient stationnés et utilisés ici en Kabylie. Et les 2/3 des financements de la guerre étaient assurés par l’émigration kabyle. N’tsalas g rebbi t’murth agi ! (Nous ouvrons de plein droit à des droits dans ce pays) ».

Ensuite, l’élu du RCD, reviendra sur la visite du ministre de la santé qui a eu lieu, rappelons-le, lors des intempéries, et où le président de l’APW a refusé de le recevoir et de l’accompagner au CHU de Tizi-Wezzu où le ministre avait une mission. « Tout d’abord, il y a lieu de retenir, insiste M. Derridj, que la visite du ministre de la santé au CHU de Tizi-Wezzu a été provoqué par le directeur général de cet établissement. Ensuite, le ministre n’a pas remis, comme il l’a prétendu, 35 tonnes de médicament. Peut-être, il a voulu parler de 35 kg. (Il a avancé la quantité de 35 kg pour plaisanter). Quand j’ai interpellé ce ministre sur l’immobilisme du gouvernement lors de ces intempéries vis-à-vis de la Kabylie, il m’a répondu ceci : « Je représente un département et non un gouvernement ». Et naturellement, notre ministre a amené avec lui une équipe de l’ENTV pour marquer un coup médiatique. Encore une fois, je dis que la solution appropriée aux problèmes que vit notre région est d’ordre politique ». Telle a été l’intervention de M. Derridj qui, juste à la fin de son intervention, a été fortement ovationnée.

En ce qui le concerne, le président de l’APW, juste avant de donner la parole au wali, est revenu sur les graves manquements dont ont gravement souffert les citoyens de la wilaya de Tizi-Wezzu, et, au même temps, a jeté la pierre dans le camp des élus boycotteurs de la session comme l’a fait avant lui Mme Moula qui leur a fait une véritable diatribe. Cette intervenante est allé même jusqu’à remonter dans le passé pour signaler les « incartades » des groupes FLN, RND et FFS.

M. Mahfoud Bellabès, pour sa part, accusera les élus boycotteurs d’avoir préféré à celles et ceux qui les ont élus, la recherche d’autres privilèges personnels. Il dira également que l’ANP, contrairement à ce qu’elle a prétendu à travers les canaux de la télévision n’a rien fait pour aider les populations dans les opérations de déneigement.

Prenant enfin la parole, le wali apportera ses propres éclaircissements sur les moyens mis en œuvre par l’ensemble de ses services dès la perception du BMS (bulletin météorologique spécial), la façon dont la situation a été gérée depuis le début jusqu’à la fin, et sur les moyens à apporter ultérieurement, notamment, le dédommagement à faire pour celles et ceux ayant subi des pertes ainsi que la réparation des dégâts causés dans les secteurs publics. Tout en rendant un vibrant hommage aux élus locaux «qui n’ont lésiné sur aucun moyen pour apporter leur aide », le premier commis de l’Etat de la wilaya de Tizi-Wezzu, tentera de démontrer que s’il y a eu des dégâts, ce n’est pas par négligence humaine mais par la très forte puissance des intempéries. « Dès la réception du BMS, dira-t-il, j’ai convoqué une réunion d’urgence pour mobiliser les moyens matériels et humains nécessaires. Pas moins de 470 engins ont été mobilisés pour parer aux effets de neige sur les routes. A l’échelle nationale, la mobilisation a porté sur 2700 engins ; ce qui n’était quand même pas négligeable pour notre wilaya ». Le wali dira également que pour faire face à la situation, il a contacté les ministres de l’intérieur et des travaux publics de qui il a eu un retour d’écho, ainsi que ses confrères de l’Ouest du pays qui n’ont pas hésité à lui donner satisfaction.

S’agissant des finances nécessaires pour les réparations des dégâts et le dédommagement des citoyens ayant subi des pertes agricoles et animalières, le wali a rassuré l’assistance qu’ «il y aura plus d’argent que vous ne le pensez. Les dossiers sont à l’étude en ce moment au niveau du gouvernement ». Concernant le concept de « zone sinistrée », le wali a refusé d’y adhérer car, beaucoup de communes ont été épargnées par les intempéries. Le premier responsable de la wilaya est allé jusqu’à citer certaines communes qui auraient échappé à «la colère de la nature ». Toutefois, le wali a reconnu certaines insuffisances. Mais en général, la dure situation difficile à laquelle était confrontée la wilaya de Tizi-Wezzu était due à la très forte puissance des intempéries.

Notons enfin que le premier commis de l’Etat de Tizi-Wezzu a parlé longuement et dans le détail sur la mobilisation et les moyens mis en œuvre pour faire face à la situation par ses subalternes et lui-même, ainsi que les élus et autres responsables concernés. L’assistance a été convaincue de la bonne foi du wali. Toutefois, c’est à la fin de son intervention et avant la levée de la séance, que les deux délibérations en question ont été votées.

A noter qu’à l’issue de cette session, le groupe APW RCD a lu une déclaration dont une copie a été remise à la presse. Elle sera portée à la connaissance des lecteurs dans l’édition de demain ainsi que les rapports des différentes directions de la wilaya.